les ateliers du matin et les débats

Dernier ajout : 21 juin 2015.

2e Journée des Associations d’Amitié et de Solidarité avec le Vietnam
Montreuil 6 juin 2015

Atelier 2 : Education Francophonie

Une soixantaine de personnes ont participé à cet atelier qui s’est tenu dans la Salle des Fêtes de la Mairie de Montreuil.

L’atelier a été animé par Nicole Trampoglieri, Présidente du Comité Choisy le Roi – Val de Marne de l’Association d’Amitié Franco – Vietnamienne.
Dans son introduction, elle rappelle les grandes questions qui peuvent être abordées concernant l’éducation et la francophonie :
-  alphabétisation des adultes, scolarisation des enfants (problèmes des ethnies minoritaires et des populations rurales), qualité de l’enseignement, formation des spécialistes vietnamiens de l’enseignement du français, formation professionnelle, développement d’une offre privée …
-  représentation de la langue et de la culture françaises, francophonie culturelle et francophonie économique, formation et emploi, responsabilité des entreprises françaises et des jeunes ingénieurs ou entrepreneurs formés en France, rôle de la consommation, ouverture aux pays membres de l’OIF.

Puis elle invite les participants à intervenir, en présentant leur association, ses finalités, son expertise, ses actions, les moyens mobilisés, les partenaires et les buts atteints.

Annick Suzor-Weiner (AUF) et Tuong H. Nguyen (AVSE et CONFLUENS), acceptent d’assurer le secrétariat de séance et le rapport en séance plénière.

Monsieur Le Hong Phan , Ambassadeur du Vietnam auprès de l’UNESCO et Représentant personnel du Président du Vietnam auprès de l’OIF, procède à l’ouverture des travaux.
Il rappelle l’attachement de son pays à la francophonie, à la fois à la langue française et à la culture et aux valeurs qu’elle porte.
Il s’attache à décrire les moyens de développer la francophonie au Vietnam, en particulier la coopération économique, force motrice pour l’utilisation de la langue française.

L’introduction et l’ouverture ont été suivies d’interventions au nom d‘une large palette d’associations impliquées dans l’éducation, la formation, la francophonie, avec une forte concentration sur l’enseignement supérieur (voir liste en annexe).
Ces interventions ont permis de dégager quelques conceptions partagées et des principes d’action :
-  conception d’une francophonie ouverte, le français n’étant pas un but en soi mais un véhicule culturel, social, économique. Cette conception conduit à éviter d’enfermer les relations dans une bilatéralité obsolète.
-  la coopération d’assistance doit évoluer vers une coopération de partenariats, impliquant les deux parties, française et vietnamienne, tant sur le plan décisionnel que financier.
-  dans l’Enseignement supérieur, on sent une évolution des disciplines traditionnelles (lettres, sciences humaines) vers les sciences et les technologies, en particulier la biologie, les biotechnologies, l’agronomie (sans parler des formations à la santé, traitée dans un autre atelier). Cette évolution doit être encouragée et soutenue, avec les moyens et les conditions qu’elle implique.
L’accent est également mis sur les formations au français juridique.

-  Plusieurs intervenants insistent sur la nécessité de développer les formations professionnelles, formations d’ingénieurs mais aussi de techniciens supérieurs (IUT).
-  Des exemples concrets sont donnés d’initiatives vigoureuses de jeunes allant dans ce sens (diaspora et anciens boursiers, par exemple AVSE créée en 2011, CONFLUENS et les anciens boursiers de l‘AUF, créée en 2015).
-  La promotion des femmes doit être un objectif partagé par les différents acteurs.
-  Quelques pistes d’action : s’efforcer de faire coopérer les associations de jeunes avec des associations plus anciennes reposant sur des seniors, pour cela travailler sur des projets où l’on fait appel à la contribution de diverses associations, cette démarche étant plus opérationnelle et plus porteuse que d’essayer de faire évoluer les structures.

En conclusion, on peut dire qu’un atelier comme celui-ci est très fructueux (quoique trop court). On retiendra en particulier deux idées fortes ; donner, dans l’éducation et la formation, plus de place aux sciences, aux technologies et au numérique, développer les partenariats.
Le livret des associations inclus dans la pochette distribuée par l’Ambassade sera d’une grande utilité pour les nouvelles actions et les collaborations à venir.

Nicole Duchet Trampoglieri

Intervenants :

VCL - France Business Club (France, Vietnam, Laos et Cambodge)
Association pour la Promotion du Français des Affaires
Union Générale des Vietnamiens de France (UGVF)
Association Vietnamienne de Scientifiques et d’Experts (AVSE)
CONFLUENS - Alumni AUF
Association Internationale pour le Développement de l’Enseignement au Vietnam (AIDEV)
Association pour la Promotion des Femmes Scientifiques Vietnamiennes (APSFV)
Auteurs Libraires Editeurs partenaires (ALEP)
Barreau de Paris (pour le français juridique)
Les Amis de Dalat sur les traces de Yersin (AD@LY)
Association du Business des Vietnamiens de France (ABVIETFRANCE)

 Atelier « Solidarité et santé »

Compte-rendu
Pour la 2ème journée des Associations France Viêt Nam à Montreuil, trois thématiques avaient été retenues par les organisateurs (Ambassade du Viêt Nam en France, AAFV, UGVF) :
. « Développement et environnement » . « Education et francophonie »
. « Solidarité et Santé »
Concernant l’atelier « Solidarité et santé » l’objectif était de dessiner les grandes lignes d’une coopération renforcée, à partir d’un état des lieux des échanges France - Viêt Nam dans ces deux domaines que sont la solidarité et la santé, en tenant compte des demandes et des contraintes auxquelles sont soumis les partenaires, ici et là-bas, et, bien sûr, des mutations de la société vietnamienne en 2015.
Préalable
La coopération « Solidarité » inclut la santé, mais aussi de nombreuses autres thématiques : la précarité sociale, l’éducation, la dépendance (personnes âgées), la vulnérabilité environnementale, l’accès à la culture, l’accès aux ressources telles que l’eau et l’énergie...
La coopération « Santé » inclut la solidarité, mais aussi d’autres axes de partenariats : la formation médicale et paramédicale, les échanges universitaires, les transferts de technologie, le management hospitalier, le développement de réseaux de compétences... Dans le domaine de la solidarité, la coopération « Santé » accorde une large place à l’accès aux soins pour les plus démunis.
Contexte
. Le Viêt Nam a connu en 40 ans des mutations fondamentales dans le sens d’une « modernisation », ce qui lui a permis de quitter le groupe des pays en voie de développement pour accéder au rang des pays « intermédiaires ».
. Une bonne partie des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) a été atteint au Viêt Nam. En particulier, la pauvreté y a régressé de façon considérable. Mais des disparités de revenus persistent d’une région à l’autre. Celles-ci se sont parfois accrues avec des contrastes importants entre les métropoles et les districts isolés. En ville, une précarité croissante est apparue au sein de certains groupes sociaux devenus plus vulnérables.
. La nature même de l’Etat vietnamien, fondé sur un idéal qui porte en soi l’exigence d’une attention particulière aux familles démunies afin de les accompagner vers une sortie de la pauvreté, va dans le sens d’une réponse équitable à leurs besoins, en renforçant l’égalité des chances dès la naissance.
. Par sa situation géographique, le Viêt Nam développe des partenariats de plus en plus étroits avec les pays de la région Asie-Pacifique, ce qui favorise indéniablement son développement économique, et contribue à renforcer les liens de solidarité entre ces pays culturellement proches.
. De son côté, la France subit depuis plus de 15 ans une crise économique, et peut-être aussi culturelle, qui peut rendre difficile son maintien au sein du peloton de tête des pays engagés dans la solidarité internationale.
Néanmoins, les liens historiques tissés entre la France et le Viêt Nam, associés à une volonté et à un engagement durable des partenaires de cette coopération, ont permis le maintien entre les deux parties d’échanges de qualité et souvent de haut niveau , tout particulièrement dans les domaines associatif et solidaire.
Compte-rendu des échanges
Une trentaine d’associations se sont retrouvées pour échanger sur les actions de coopération France- Viêt Nam en lien avec la santé et à la solidarité, sur leurs difficultés dans la réalisation des projets et sur leurs souhaits afin que les programmes engagés soient cohérents et en phase avec les demandes de leurs partenaires, mais aussi avec la réalité du Viêt Nam en 2015.
Après un tour de table (45 mn : le temps pour chaque association de se présenter le plus brièvement possible !), quelques grands thèmes ont été abordés.
. Qui sommes-nous ?
Sur 67 associations (47 étaient présentes à Choisy-le-Roy il y a trois ans), une trentaine a participé à cet atelier, dont une moitié environ (15) coordonne des programmes médicaux, les autres soutenant des actions de solidarité au sens large.
Comme dans de nombreuses associations de coopération avec le Viêt Nam, plusieurs générations se retrouvent :
. Les « seniors », qui ont souvent une longue expérience du Viêt Nam depuis les années d’après-guerre et sont les témoins des mutations rapides de ce pays.
. Les « juniors », qui participent à des programmes de coopération avec, souvent, une expertise professionnelle d’excellent niveau et des exigences en phase avec une nouvelle génération de partenaires locaux.
L’enracinement au Viêt Nam de ces associations est d’autant plus fort qu’elles sont souvent animées par des adhérents d’origine vietnamienne.
. La santé
Cette rencontre se situe dans le prolongement du colloque « Coopération santé France – Viêt nam » du samedi 21 mars 2015 à HCM-ville. Réunies à l’Université Pham Ngoc Thach, 25 associations et institutions regroupant des professionnels de santé français et vietnamiens issus d’horizons divers ont fait le point sur l’actualité de la coopération médicale France – Viêt Nam, et échangé sur des thématiques telles que santé et famille, formation, prévention, risque médico-légal ...
Oeuvrant en partenariat étroit avec des institutions sanitaires (hôpitaux, sociétés savantes, université de médecine, GIP ...), les associations médicales présentes à Montreuil ont rappelé la nécessité de s’adapter aux besoins d’un pays en voie de modernisation, afin de répondre au plus près des demandes liées aux problématiques sanitaires actuelles : le vieillissement de la population et ses nouvelles pathologies (gérontologie...), les mutations sociales et le développement de la psychiatrie (enfants et adultes), mais aussi les techniques médicales de haut niveau (radiologie, néphrologie, urgences, pédiatrie, cardiologie, réadaptation fonctionnelle ...), le management hospitalier, l’organisation des soins et le travail en réseaux.
La formation post-universitaire apparait comme un axe commun à ces actions de coopération médicale, dans un pays où les médecins ont acquis un excellent niveau et attendent de leurs partenaires français des échanges de compétences adaptés à leur pratique quotidienne.
La présence d’une association dédiée à la formation des professions paramédicales témoigne d’une volonté d’agir aussi au niveau de ces dernières, clefs de voûte indispensables au bon fonctionnement des hôpitaux au Viêt Nam.
A l’interface de la solidarité et des actions liées aux techniques médicales, la question de l’accès aux soins pour les familles démunies constitue un enjeu de coopération essentiel pour plusieurs associations présentes à cette table-ronde.
. La solidarité
Dans un pays où la pauvreté a considérablement régressé en 20 ans, de nouvelles vulnérabilités sont apparues. La « solidarité » englobe aujourd’hui de nombreuses thématiques d’actualité : la précarité économique, la vulnérabilité environnementale, l’accès aux soins, à l’éducation et à la culture...
Plusieurs associations ont présenté leurs projets, souvent menés dans le cadre de « petites » actions et avec des moyens modestes : microcrédit, soutien à l’éducation et à la formation, éducation nutritionnelle, accompagnement psychologique des familles démunies, victimes tardives de l’agent orange ... avec un investissement particulier dans les districts de minorités ethniques.
Les risques sanitaires liés à l’utilisation des OGM en agriculture au Viêt Nam ont été abordés avec force par les représentants de la plate-forme porteuse d’un appel dénonçant les agissements de la société Monsanto dont on rappelle la responsabilité dans les intoxications massives de la population civile par l’agent Orange pendant la guerre de libération.
. La connaissance du milieu
Acteurs de terrain au cœur d’une société en pleine mutation, plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité d’avoir une bonne connaissance du Viêt Nam, d’une part pour que les actions sont en phase avec les besoins de la population, d’autre part pour ne pas tomber dans les travers d’un pays « idéalisé », avec un fort risque de déconvenues quand les programmes se heurtent aux aléas d’une réalité parfois contraignante.
Cette réflexion vaut autant pour la construction des projets que pour la préparation des personnes missionnées quand elles sont peu expérimentées.
. Le partage des expériences et les synergies de coopération
Plusieurs intervenants ont insisté sur l’intérêt de valoriser l’expérience de terrain des uns et des autres.
Qu’il s’agisse des missionnés travaillant sur des programmes inscrits dans la durée (microcrédit, soutien à la formation ...) et ayant acquis une bonne connaissance du Viêt Nam, ou des jeunes stagiaires (étudiants en médecine, jeunes paramédicaux ...) qui partent sur des actions ponctuelles en immersion dans des structures de santé ou au sein de la population, comment mutualiser des expériences qui sont souvent passionnantes, dans le sens d’un partage de compétences et d’une valorisation des actions ?
Comment des associations travaillant sur des thématiques voisines peuvent-elles mieux échanger et fédérer leurs moyens afin de renforcer l’efficacité de leurs programmes ?
Quels outils permettraient à une telle dynamique de s’inscrire durablement dans la coopération franco- vietnamienne : site internet, newsletters, organes de presse... ?
. Les procédures administratives et l’exercice des associations
Du côté vietnamien, la procédure d’agrément « PACCOM » est complexe. Elle exige un ensemble de documents officiels traduits et certifiés conformes, français et vietnamiens, de courriers de recommandation et d’attestations, dont celles des partenaires locaux. Par ailleurs, une certaine disparité est constatée dans les conditions d’exercice des associations au Viêt Nam selon qu’elles exercent de façon isolée ou dans un cadre institutionnel (partenariat hospitalier, coopération décentralisée ...). Plusieurs propositions ont été émises : un regroupement d’associations pour effectuer des demandes collectives, une simplification des procédures pour l’obtention de l’agrément PACCOM.
Du côté français, l’obtention des visas pour les partenaires vietnamiens venant en formation en France demeure un parcours délicat, avec des contraintes parfois peu compréhensibles. En dehors des filières officielles de type DFMS et DIU, les professionnels de santé reçus par les associations en France n’ont droit à un visa que pour des stages « d’observation » d’une durée d’un mois. Nombreuses sont les associations qui témoignent d’un refus de visa de la part des autorités consulaires pour des médecins vietnamiens en attente d’un stage en France. Pour la venue en stage de nos partenaires, un assouplissement de la procédure est demandé par l’ensemble des associations.
. Les financements
Le financement des programmes de coopération est de plus en plus difficile pour les associations. Désormais pays de niveau « intermédiaire », le Viêt Nam n’est plus un pays prioritaire pour les bailleurs de fond, privés et institutionnels. Les donateurs sont moins nombreux et moins généreux dans un contexte de forte restriction financière.
Dans le contexte de la réforme des collectivités territoriales, qu’en sera-t-il dans l’avenir pour le financement des programmes soutenus par la coopération décentralisée ? Cf. les futures Assises de la coopération décentralisée à Can Tho en juin 2016.
N’est-il pas temps de solliciter désormais les entreprises et les donateurs privés vietnamiens ?
Certains participants se sont même interrogés à haute voix sur la pertinence de poursuivre au Viêt Nam des programmes de coopération quand on observe le niveau de plus en plus élevé en termes de revenus et de compétences professionnelles dans ce pays ?
A cette interrogation, d’autres intervenants ont soutenu avec conviction la nécessité de poursuivre des actions de coopération dans le domaine de la solidarité auprès des populations qui ne bénéficient pas du progrès économique, en particulier en milieu rural dans les districts de minorités ethniques mais aussi dans les zones urbaines défavorisées.
Commentaires
Avec près de 50 participants, et des échanges certes limités faute de temps mais riches en termes d’observations et de propositions, cette table ronde « Solidarité et santé » peut être considérée comme un succès. Au-delà de la frustration pour les associations de ne pas avoir pu présenter le détail de leurs actions, et de pas avoir pu profiter de cette occasion (rare moment de rencontre entre acteurs de terrain de la coopération au Viêt Nam) pour débattre de façon approfondie, cette journée a permis aux porteurs de projets de mieux se connaître et d’échanger dans la perspective d’actions conjointes.
Associer « santé » et « solidarité » pouvait apparaitre paradoxal, tant ces deux thématiques posent des questions parfois divergentes dans un pays en voie de modernisation et où les demandes en matière médicale sont de plus en plus « pointues ». A posteriori, le déroulement de l’atelier a, au contraire, mis en avant les nombreuses passerelles qui confirment la complémentarité de ces deux domaines : l’accès aux soins pour les plus démunis, les relations entre la précarité et des pathologies telles que la malnutrition, les maladies infectieuses transmissibles, les affections psychiatriques...
Faute de temps, de nombreux thèmes n’ont pas pu être abordés : des sujets de fond telles que la lutte contre la pauvreté, la vulnérabilité environnementale, les techniques médicales (Cf. les programmes de dialyse, le suivi des enfants vulnérables, la gestion des urgences médicales), mais aussi les questions logistiques telles que l’organisation des missions, la traduction des documents, le recrutement des interprètes, l’équipement et la maintenance, la francophonie ...
Au-delà d’une identification des acteurs associatifs de la coopération France – Viêt Nam (Cf. le livret publié par l’Ambassade du Viêt Nam), l’un des intérêts de cette journée est certainement le constat d’une envie commune de poursuivre ensemble une réflexion de fond à partir des thèmes abordés. Les participants ont donc conclu sur la nécessité de s’organiser pour prolonger ce temps d’échanges : regroupement des associations par thématiques, échanges de bonnes pratiques, consolidation des partenariats avec des newsletters, des colloques, des sites Internet partagés... En ce sens, le collectif organisateur du colloque « Coopération Santé » du 21 mars 2015 travaille à la création d’une structure qui regroupera les professionnels de santé coopérant avec le Viêt Nam sur la base de thèmes fédérateurs, en particulier la formation. (Cf. le blog http://blog.santefrancevietnam.com)
Le succès de cette journée ne doit pas faire oublier qu’il existe aussi des actions de coopération, sans doute davantage dans le domaine médical que dans celui de la solidarité, entre des partenaires français et vietnamiens collaborant « en direct », sans appartenir à une association, mais qui, par les compétences et leur enracinement local, contribuent aussi à la richesse des échanges entre les deux pays.
Enfin, la fragilité des projets de coopération « Solidarité et santé » ne doit pas être sous-estimée : bénévolat épuisant, solitude des porteurs de projets, renouvellement incertain des générations, difficultés croissantse de financement, contraintes administratives, manque de reconnaissance ...
Conclusion
Fortes du succès de cette table ronde « Solidarité et santé », et porte-paroles de tous les partenaires vietnamiens qui, pour des raisons matérielles évidentes, ont été peu représentés à cette journée de Montreuil, les associations présentes ont confirmé, au-delà des bénéfices évidents de leur investissement en faveur des populations les plus vulnérables, leur rôle irremplaçable de témoins de l’évolution du Viêt Nam, pays avec lesquels les uns et les autres entretiennent des liens amicaux et confiants exemplaires, et sans lesquels aucune coopération durable ne serait possible.
Gildas Tréguier
Pédiatre, hôpital de Lorient (CHBS), APPEL Rapporteur de l’atelier Santé et solidarité

Deux débats le 6 juin

 

Dans le cadre de la journée du 6 juin 2015 des associations d’amitié et de solidarité avec le Vietnam, deux débats ont eu lieu, réunissant un public nombreux et intéressé et donnant lieu à de riches échanges.

Le premier portait sur le Vietnam d’aujourd’hui « 40 ans après la libération du pays en 1975, où en est le Vietnam en 2015 ? ». Animé par Jean-Pierre Archambault, secrétaire général de l’AAFV, il réunissait Nguyen Bich Hue, ministre-conseillère de l’ambassade de la République socialiste du Vietnam en France, Daniel Roussel, journaliste et cinéaste membre du CN de l’AAFV et Henri Dang, membre du bureau permanent de l’UGVF, chargé des relations extérieures.

Un pays émergent à revenu intermédiaire
Si le Vietnam a fait la une de l’actualité pendant des décennies, ce fut pour les guerres française et américaine et leurs atrocités, pour son combat héroïque et victorieux. Aujourd’hui, la paix chèrement conquise, pays émergent à revenu intermédiaire, le Vietnam connaît un développement considéré comme exemplaire par les Nations-Unies. Quelques chiffres : son PIB est de 184 milliards USD en 2014. Il a connu une croissance annuelle moyenne de 7,2% pour la période 2000-2010, 5,98 % en 2014. La France est son 5ème partenaire commercial européen et le 2ème investisseur européen. Le revenu annuel par habitant a été multiplié par 11 de 1986 à 2013. Son PIB/habitant est de 2030 USD contre 400 dollars en 2000. La grande pauvreté qui frappait 58 % de la population en 1993, n’en affectait plus que 22 % en 2003 et 6% en 2014. Les réalisations en matière de santé publique et d’éducation sont importantes.

Le Vietnam comptait environ 90 millions d’habitants en 2014. C’est un pays à démographie jeune, plus de 60 % de la population active ayant entre 20 et 40 ans. Il est attaché à son identité culturelle tout en étant ouvert sur la modernité. 54 ethnies et 13 religions (30 millions de croyants) cohabitent pacifiquement.

Le Vietnam entretient des relations diplomatiques avec 180 pays. Il a signé un partenariat stratégique avec la France. Il connaît une intégration mondiale et joue un rôle actif dans l’ASEAN. Il commerce avec plus de 200 pays et territoires et sa balance commerciale est excédentaire. Le français est parlé par 600 000 Vietnamiens. Le tourisme se développe : 7,8 millions de voyageurs étrangers en 2014 sans compter le tourisme local en plein essor.

Le pays se modernise avec l’ambition de devenir un pays industrialisé en 2020. L’industrie et la construction représentent 38,5 % du PIB, les services 43,3 % et l’agriculture 18,2 % (avec 60 % de la population active). Le Vietnam est 1er exportateur mondial de poivre et de cajou, 2ème de riz, 3ème de café, 4ème de caoutchouc... Grand producteur de thé et de fruits, il éprouve des difficultés à exporter. Il est un pays maritime à grande potentialité économique.

Le changement se voit très concrètement. Le développement des infrastructures (autoroutes, ponts…) est manifeste. Ainsi, en 1993, l’aéroport Tan son Nhut à Ho Chi Minh Ville était désert : un seul avion sur le tarmac. En 2015 les avions font la queue pour décoller.

Il reste des problèmes à résoudre comme la dépendance aux investissements étrangers, une demande immense en matière de nourriture, l’éducation et la formation notamment des paysans. Le Vietnam figure parmi les pays les plus touchés par le réchauffement climatique. Une hausse de 3 degrés entraînerait une montée du niveau de la mer d’un mètre d’ici 2100. La sécurité alimentaire serait menacée. Le Vietnam agit pour un règlement pacifique de la question des archipels de la Mer orientale. Et Monsanto veut implanter ses semences OGM, ce qui provoque de vifs débats dans la société vietnamienne.

Un passé qui pèse encore
Mais l’on peut se montrer optimiste quand on se souvient de l’état dans lequel se trouvait le Vietnam après un siècle de colonisation et des décennies de guerres en regard de ce qu’il est aujourd’hui. Après aussi l’embargo des Etats-Unis et des pays occidentaux qui n’a pris fin qu’en 1994. Comprendre le Vietnam suppose de connaître son passé, son histoire.

40 ans après la fin de la guerre, l’Agent Orange tue encore. Il y a 4 millions de personnes contaminées. Le général Westmoreland, commandant des opérations militaires avait déclaré que les Etats-Unis ramèneraient le Vietnam à l’âge de pierre (c’est beau les droits de l’homme...). Ils s’y sont employés entraînant une catastrophe humanitaire, des millions de victimes, le plus grand désastre écologique de tous les temps, un écocide, une nature dévastée. Crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Des destructions et des souffrances à n’en plus finir. L’après 1975 ce sont des bâtiments, hôpitaux et écoles notamment, et des maisons en ruine. Pas de voitures privées dans les rues, quelques motos et des vélos. L’eau et l’électricité dans les villes rationnées et coupées, des routes défoncées, la faune et la flore décimées, la forêt tropicale disparue... on n’en finirait pas d’énoncer les conséquences de la guerre dans la chair des Vietnamiens et dans leur pays.

Des questions et des réponses
Le débat avec la salle fut riche et sans tabou. Ainsi à la question de savoir si, constatant le fossé existant entre les privilégiés et le reste de la population, le Vietnam était toujours socialiste, il fut répondu que toute croissance économique induit des inégalités dans un premiers temps. Les entrepreneurs sont ainsi favorisés et Il incombe à l’Etat de redistribuer la richesse produite. Or la politique de l’Etat pour réduire les inégalités porte ses fruits même s’il existe encore des poches de pauvreté. Des efforts notables sont faits dans le système éducatif notamment avec la construction d’écoles jusque dans le plus petit village. Il fut mentionné la diminution des superficies cultivables et donc un problème concernant la sécurité alimentaire. En effet, il y a des abus dans la construction de terrains de golf. L’Etat a pris des mesures pour limiter ces pratiques. Concernant la sécurité alimentaire, les organismes de contrôle ne peuvent pas être aussi structurés comme dans les pays développés comme la France. D’une façon plus globale, on ne peut comparer le Vietnam avec les pays développés dans la mesure où l’industrialisation y a débuté il y a 3 siècles. Pour le Vietnam les débuts datent d’une trentaine d’années. Et il fut rappelé que le PIB du Vietnam représente environ 6 % du PIB de la France. La question fut posée de savoir s’il existe un droit du travail au Vietnam. Oui, avec un salaire minimum, un âge légal pour la retraite, un SMIC etc…

Le temps imparti au débat arrivant à son terme, il a bien fallu interrompre les échanges qui ne demandaient qu’à se poursuivre. En guide conclusion de ce passionnant débat : le Vietnam va de l’avant, la tendance est bonne, la population est dynamique...

Jean-Pierre Archambault, Henri Dang, Nguyen Bich Hue, Daniel Roussel

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Le second débat était intitulé « Vietnam, Algérie, guerres coloniales, quels enseignements ? », avec Alain Ruscio, historien spécialiste de la décolonisation, membre du CN de l’AAFV.

Le 20 juillet 1954, à Genève, négociateurs français et vietnamiens signaient les accords de cessez-le-feu, couverts de son autorité par la communauté internationale. Quelques semaines auparavant, le 7 mai 1954, les derniers défenseurs du camp de Dien Bien Phu, harassés, avaient reconnu, la mort dans l’âme, la supériorité de l’adversaire. Une guerre s’achevait. Ainsi donc, des combattants de ce que l’on commençait à appeler le Tiers-monde étaient venus à bout de l’une des principales armées occidentales, soutenue par le puissant allié américain.

On imagine mal l’écho que put avoir cet événement dans le monde colonisé ou dominé, en particulier dans l’outre-mer français : les colonialistes avaient été vaincus, une armée régulière défaite.

Mais, bien avant Dien Bien Phu, la lutte politico-militaire menée par le Viet Minh, l’organisation politico militaire créée par Ho Chi Minh, a considérablement influencé les colonisés nationalistes, mais aussi certains éléments des populations misérables. Et ce, dès le début.

L’écho de la proclamation de l’indépendance par Ho Chi Minh, le 2 septembre 1945, parvint dans tout le monde colonisé : un « petit homme », frêle, un « petit peuple », défiaient le colonialisme tout puissant. La contagion ne s’arrêtera plus : le Vietnam devint, pour de nombreux colonisés, un modèle.

En 1962, dans la préface de La Nuit coloniale, le leader nationaliste algérien Ferhat Abbas écrit : « Dien Bien Phu ne fut pas seulement une victoire militaire. Cette bataille reste un symbole. Elle est le Valmy des peuples colonisés. C’est l’affirmation de l’homme asiatique et africain face à l’homme de l’Europe. C’est la confirmation des droits de l’homme à l’échelle universelle. A Dien Bien Phu, la France a perdu la seule légitimation de sa présence, c’est-à-dire le droit du plus fort ».

Alain Ruscio