Les mémoires de Madame Binh

Dernier ajout : 30 août 2015.

Les mémoires de Madame Binh
Nguyen Thi Binh, Mémoires - Ma famille, mes amis et mon pays, 2015, Université Hoa Sen Editions Tri Thuc, Hanoi.
Terminé en 2009, complété en 2013, 2014
Préface de Nguyên Ngoc
Traduction Luong Thi Mai Trâm, Nguyên Thi Ngoc Suong, Pham Nhu Hô, révision Nelly Krowolski
In 8°, 388 pp dont 33 de photographies, chronologie.
100 000VND/15€


Publiés en vietnamien en 2009, traduits en anglais par Lady Borton en 2013, voici enfin disponibles en français les Mémoires de Madame Binh. C’est un événement car Madame Binh n’a guère été prodigue de confidences jusqu’à présent et cette autobiographie éclaire à la fois sa vie personnelle et des aspects majeurs de l’histoire récente.
De Madame Binh, on connait surtout son rôle dans les négociations de Paris auxquelles elle a participé comme représentante du FNL (novembre 1968) puis comme ministre des Affaires étrangères du GRP à partir de sa création (juin 1969). Son charme, sa sobre élégance retournent en faveur du Vietnam une partie de la presse d’abord hostile. Des correspondants américains s’étonnent de la souriante détermination de celle qu’ils décrivent comme « a petite lady », une dame fluette.

Sa famille, ses amis, son pays, ces trois éléments fondent, selon l’écrivain Nguyen Ngoc, sa force intérieure et apparaissent étroitement liés tout au long de son histoire.
Son grand-père maternel, Phan Chau Trinh décédé en 1926 et qu’elle n’a donc connu que par les récits de sa mère, a été une figure majeure de la lutte pour l’indépendance du Vietnam, au point que des esprits chagrins ont craint que sa mémoire ne fasse de l’ombre à Ho Chi Minh. Madame Binh a fondé un prix à son nom. L’enfance de la petite Nguyen Thi Chau Sa était heureuse jusqu’au décès prématuré de sa mère lorsqu’elle n’avait que 16 ans. La voilà chargée de ses cinq frères et sœurs, ce qui ne l’empêche pas de militer, toute jeune, pour l’indépendance de son pays. Arrêtée en 1952 pour « atteinte à la sécurité nationale », elle est condamnée à 5 ans de prison, torturée et ne retrouve la liberté qu’après Dien Bien Phu. Elle reprend la lutte pour l’application des Accords de Genève malgré la « terreur » qui règne en 1957-1959.

En 1946 elle avait rencontré pour la première fois Dinh Khang et ils se marieront en 1954, après neuf ans d’attente en raison des événements. Elle a été, dit-elle, une femme heureuse et ils ont eu deux enfants dont Madame Binh regrette de n’avoir pas pu s’occuper comme elle le souhaitait à cause de ses multiples missions.

Si Madame Binh est, selon Nguyen Ngoc, la Vietnamienne qui a le plus d’amis dans le monde, c’est la conséquence la mission que lui a confiée Ho Chi Minh en 1962 : développer la « diplomatie des peuples », nouer des contacts de personne à personne, « de cœur à cœur ». Malgré les difficultés que l’on devine, elle sillonne alors le monde pour rallier les sympathies envers le Vietnam. La place nous manque pour énumérer ses voyages. Notons quand même cette photo qui la montre dominant la situation du haut d’un chameau au superbe caparaçon : c’est en Egypte, en 1964. Notons aussi qu’elle les a poursuivis durant les entr’actes des négociations de Paris.

Le rôle de Madame Binh comme ministre de l’Enseignement (1976-1978) reflète, en une période où il faut d’abord reconstruire le pays en ruines, l’importance qu’attachait à la culture son grand-père Phan Chau Trinh. Son action comme Vice-présidente de la République (1992-2002) apprend bien des chose, tout comme son inlassable activité après sa retraite officielle. Si les Mémoires de Madame Binh font « réfléchir sur le passé très mouvementé mais aussi sur le présent et l’avenir » du Vietnam (Nguyen Ngoc), c’est notamment en raison de ses analyses lucides et fines du rôle du sentiment national des Vietnamiens. Du rôle mal compris de personnages comme Duong Van Minh, des occasions manquées lors de la réunification, des défis actuels et des débats en cours, Madame Binh donne une image qui bannit tout schématisme.
Merci, chère Madame Binh ! Marie-Hélène Lavallard

On peut se procurer l’ouvrage auprès de l’UGVF. Contact : M. Can Van Kiet, galmaisonvietnam yahoo.fr, 06 77 79 34 88