Linda Lê Lame de fond Ed. Christian...

Dernier ajout : 8 avril 2013.

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Linda Lê Lame de fond
Ed. Christian Bourgois

Linda lê : Dalat 1963 : Un père du Nord Vietnam, une famille maternelle naturalisée française, Saïgon en 1969, La France en 1977 avec sa mère et ses sœurs, Paris en 1981.
Et dès 1986 le premier roman Un si tendre vampire, qui engage son auteur dans une vie de romancière et de critique.
Plus connue du monde littéraire que du grand public, Linda Lê a reçu plusieurs prix et Lame de fond a figuré cette année au deuxième tour du Goncourt.

L’œuvre de la romancière est connue pour être traversée par la question de l’absence, de l’héritage culturel, de la langue, son ton pour mêler volontiers ironie et morbidité, la structure de ses romans pour être essentiellement labyrinthique, faite d’épisodes enchâssés, narrés par des voix différentes.
En cela, Lame de fond est parfaitement représentatif de l’écriture de Linda Lê.
Les discours de quatre personnages s’entrecroisent : celui d’un mort, Van, vietnamien expatrié, amoureux de la langue française, correcteur dans l’édition, ceux de trois femmes : la sienne, Lou, qui est aussi celle dont la voiture l’a renversé et tué, sa fille, Laure, l’adolescente tiraillée entre amour et haine pour ses parents, sa demi-sœur et maîtresse incestueuse, l’Eurasienne mystérieuse réapparue brutalement un an avant le jour de « l’accident ».

Unité de temps : 24 heures, unité de « lieu » : le langage ; langage écrit — journal, lettres au destinataire incertain, notes prises pour se comprendre à la veille d’un possible procès—, ou oral : monologue d’outre-tombe de Van… Unité d’action ? Le destin de chaque personnage est reconstruit par un lecteur actif des récits croisés qui « invente » ainsi lui-même sa propre cohérence de l’intrigue. Une péripétie : l’intrusion d’Ulma, la demi-sœur à l’équilibre incertain dans l’univers de Van et les bouleversements qu’elle opère et qui précipite le dénouement ...
Un écho de Tragédie dans la construction romanesque, donc, et une langue qui sait souvent être incisive et riche ; Linda Lê et son personnage de « correcteur » communient manifestement dans l’amour des mots.

Pourquoi, alors, l’ensemble ne « prend-t-il » pas ? Peut-être parce que l’hésitation identitaire s’exprime de façon attendue, que les personnages secondaires indirectement évoqués par les quatre narrateurs sont moins des « types » que des clichés, du père absent, militant insensible de l’armée populaire vietnamienne aux caricatures de provinciaux français racistes. Peut-être parce qu’il n’y a rien de vraiment nouveau dans l’analyse de l’exil, celle de l’adolescence révoltée, ni dans celle de la passion amoureuse. Ou parce que la « polyphonie » de l’incommunication qui veut donner à chacun son idiome, inaudible par l’Autre, outre ses effets : la langue « jeune » de Laure sonne faux, la richesse de celle de Van peut séduire, sa virtuosité finit par être artificielle.
Tout est un peu pesant, raide… Au fond, on n’y croit pas, on n’est pas emporté …
Françoise Paradis