Lu dans la presse en 2015

Dernier ajout : 1er août 2015.

http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2015/07/31/pekin-etend-son-influence-en-mer-de-chine-avec-des-iles-artificielles/

31 juillet 2015

Pékin étend son influence en mer de Chine avec des îles artificielles

La Chine construit des pistes d’atterrissage sur des îles de l’archipel des Spratleys, comme ici au récif de Fiery Cross. (REUTERS/CSIS Asia Maritime Transparency Initiative/DigitalGlobe/Handout via Reuters)

Dans une enquête largement illustrée (et en édition abonnés), le New York Times revient sur l’opération visant à réhabiliter sept îles de l’archipel des Spratleys menée depuis mars 2014 par la Chine. En faisant des opérations de remblaiement pour transformer des récifs coralliens en ports et infrastructures diverses, la Chine entend ainsi accroître son influence sur une zone que se disputent de nombreux pays.

En mai, les Etats-Unis, via le secrétaire américain à la défense, Ashton Carter, avaient estimé que la Chine n’était "pas en phase avec les règles et les normes internationales" en construisant des îles semi-artificielles dans l’archipel des Spratleys.

Comme le rapporte le New York Times, les autorités chinoises ont annoncé en juin que les travaux de création des îles étaient sur le point de se terminer. Pour Mira Rapp-Hooper, directrice de l’AMTI (Asia Maritime Transparency Initiative), ces aménagements vont permettre à la Chine de renforcer ses revendications territoriales dans une zone attractive au niveau de la pêche et des ressources en gaz et en pétrole.

La mer de Chine méridionale, zone de vives tensions
La mer de Chine méridionale est une zone de vives tensions entre la Chine, les Philippines, la Malaisie, Taiwan ou encore le Vietnam. Ces pays revendiquent des îles et des archipels dans cet espace de 3,5 millions de kilomètres carrés. Le gouvernement chinois estime lui que la totalité de la mer de Chine méridionale fait partie de sa sphère d’influence.

La Chine n’est d’ailleurs pas le premier pays à exploiter les récifs locaux pour en faire des îles. Mais elle a en revanche accéléré le processus comme aucun autre auparavant. La construction de pistes d’atterrissage sur ces nouvelles îles lui permettra désormais de renforcer ses patrouilles aériennes dans la région, accentuant ainsi un peu plus les tensions avec les autres pays.

Victimes collatérales de cette course à l’aménagement, les récifs coralliens et leur écosystème subissent des dégâts considérables. Certains ont d’ailleurs déjà été totalement détruits afin de servir de fondation aux nouvelles îles

http://www.nytimes.com/interactive/2015/07/30/world/asia/what-china-has-been-building-in-the-south-china-sea.html?_r=0
July 31, 2015

What China Has Been Building in the South China Sea

By DEREK WATKINS

China has been feverishly piling sand onto reefs in the South China Sea for the past year, creating seven new islets in the region. It is straining geopolitical tensions that were already taut.

The speed and scale of China’s island-building spree have alarmed other countries with interests in the region. China announced in June that the creation of islands – moving sediment from the seafloor to a reef – would soon be completed. “The announcement marks a change in diplomatic tone, and indicates that China has reached its scheduled completion on several land reclamation projects and is now moving into the construction phase,” said Mira Rapp-Hooper, director of the Asia Maritime Transparency Initiative at the Center for Strategic and International Studies, a Washington research group. So far China has built port facilities, military buildings and an airstrip on the islands. The installations bolster China’s foothold in the Spratly Islands, a disputed scattering of reefs and islands in the South China Sea more than 500 miles from the Chinese mainland.

The new islands allow China to harness a portion of the sea for its own use that has been relatively out of reach until now. Although there are significant fisheries and possible large oil and gas reserves in the South China Sea, China’s efforts serve more to fortify its territorial claims than to help it extract natural resources, Dr. Rapp-Hooper said.The islands are too small to support large military units but will enable sustained Chinese air and sea patrols of the area. The United States has reported spotting Chinese mobile artillery vehicles in the region, and the islands could allow China to exercise more control over fishing in the region.

The Chinese were relative latecomers to island building in the Spratly archipelago, and “strategically speaking, China is feeling left out,” said Sean O’Connor, principal imagery analyst for IHS Jane’s. Still, China’s island building has far outpaced similar efforts in the area, unsettling the United States, which sees about $1.2 trillion in annual bilateral trade go through the South China Sea. At the end of May, Defense Secretary Ashton B. Carter criticized China’s actions in the region.

Several reefs have been destroyed outright to serve as a foundation for new islands, and the process also causes extensive damage to the surrounding marine ecosystem. Frank Muller-Karger, professor of biological oceanography at the University of South Florida, said sediment “can wash back into the sea, forming plumes that can smother marine life and could be laced with heavy metals, oil and other chemicals from the ships and shore facilities being built.” Such plumes threaten the biologically diverse reefs throughout the Spratlys, which Dr. Muller-Karger said may have trouble surviving in sediment-laden water.

What Is on the Islands ?
Vietnam, Malaysia, the Philippines and Taiwan have all expanded islands in the Spratlys as well, but at nowhere near the same scale as China.

For China, the Fiery Cross Reef is the most strategically significant new island, with a nearly completed airstrip that will be large enough to allow China to land any plane, from fighter jets to large transport aircraft. But China’s airfield is not the first in the region – every other country that occupies the Spratlys already operates one as well.

China’s reefs hosted smaller structures for years before the surge in construction. By preserving these initially isolated buildings, China can claim that it is merely expanding its earlier facilities, similar to what other countries have done elsewhere in the region.

China continues to expand islands at two locations, Mischief Reef and Subi Reef. It is unclear what structures will be built on the islands, though each will have straight portions long enough for airfields.

 [1]http://www.monde-diplomatique.fr/20...
Lundi 27 juillet 2015

Dernière ligne droite pour le partenariat commercial transpacifique (TPP) ? Les douze nations du TPP, dont les Etats-Unis et le Japon, se retrouvent cette semaine à Hawaï pour leurs négociations finales. Cet accord de libre-échange, marqué par la volonté des Etats-Unis de contenir la puissance de la Chine et négocié en parallèle du grand marché transatlantique avec l’Union européenne, est présenté par les experts américains comme « le pacte commercial du XXIe siècle ».

Les Etats-Unis espèrent endiguer la puissance chinoise
Libre-échange, version Pacifique

Conçu par les Etats-Unis, le traité transpacifique de libre-échange « serait incomplet sans la Chine », a lancé début octobre le vice-ministre des finances chinois, à la surprise générale. Jusqu’à présent, Washington a fait de ce pacte une arme pour contenir le géant asiatique. Pékin lui-même est resté à distance, préférant lancer sa propre alliance. Il y a fort à parier que les deux capitales évolueront en parallèle.

par Martine Bulard, novembre 2014

En rejetant l’accord concocté par les experts de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les produits agricoles, le 31 juillet 2014, le nouveau premier ministre indien, M. Narendra Modi, a signifié au monde l’avis de décès du cycle de Doha, déjà moribond . Bien sûr, l’objectif – continuer à subventionner les céréales – est avant tout intérieur. Mais si l’affaire a fait du bruit alors que l’Inde n’en est pas à son premier veto, c’est que les oppositions aux prétentions de l’OMC se font de plus en plus nombreuses, les pays émergents s’alliant au gré de leurs intérêts contre les puissants, Etats-Unis en tête. La machine à libéraliser est en grande partie bloquée.

En guise de parade, les pays occidentaux (et les multinationales) ont opté pour des traités de libre-échange bilatéraux (Union européenne - Canada, Etats-Unis - Corée du Sud, etc.) et surtout par zones géographiques : le grand marché transatlantique (GMT) entre les Etats-Unis et l’Union européenne ; le partenariat transpacifique (PTP, connu sous le nom anglais de Trans-Pacific Partnership, TPP) entre les Etats-Unis et onze pays du Pacifique… Avec cette division de la planète en régions, Washington peut espérer mener la danse.

A l’origine, en 2005, le PTP ne réunissait que quatre nains politiques et commerciaux (Brunei, Chili, Nouvelle-Zélande, Singapour), qui tentaient de résister au rouleau compresseur de leurs voisins. Quatre ans plus tard, les Etats-Unis reprennent l’idée, avec la volonté de contenir la puissance de la Chine, qui s’est rapprochée des pays de l’Asie du Sud-Est via des accords de libre-échange. Washington craint de perdre son hégémonie dans la région et entraîne dans son sillage l’Australie, la Malaisie, le Pérou et le Vietnam, puis le Canada et le Mexique, déjà liés par l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena). Mais il a fallu attendre novembre 2011 pour que le Japon, alors premier partenaire de la Chine, rejoigne le cortège… du bout des pieds. Depuis, le très nationaliste premier ministre Abe Shinzo y a vu l’occasion de renforcer son rôle de bras droit asiatique de l’Amérique.
Ainsi se profile ce que les experts américains nomment « le pacte commercial du XXIe siècle ». En cas de succès, il engloberait près de la moitié des richesses produites dans le monde, 35 % du commerce international et 30 % de la population. De quoi consolider le volet économique du « pivot asiatique » défini par M. Barack Obama à son arrivée au pouvoir – le volet militaire se déployant grâce à l’élargissement d’accords stratégiques avec les Philippines, l’Australie, le Vietnam et bien sûr le Japon. Comme le souligne Arvind Gupta, l’ex-directeur de l’Institute for Defence Studies and Analysis de New Delhi, il s’agit d’un « plan global visant à intensifier l’engagement, l’influence et l’impact des Etats-Unis sur les questions économiques, diplomatiques, idéologiques et stratégiques dans la région » afin de couper les ailes à la Chine. Le siècle doit être américain – et non chinois, comme certains l’imaginent.

Pour autant, il y a loin des rêves de M. Obama aux réalités. Sa tournée de printemps chez ses alliés les plus proches (Japon, Malaisie, Philippines et Corée du Sud) n’a débloqué aucun dossier. Les négociations ne seront pas bouclées avant les élections de mi-mandat de novembre aux Etats-Unis, ni même d’ici à la fin de l’année.

Pourtant, les Américains ne mégotent pas sur les moyens. Selon la chercheuse australienne Patricia Ranald, Washington aurait mobilisé pas moins de six cents conseillers pour épauler les négociateurs officiels. Quant au grand public, il en est réduit à aller à la pêche aux informations sur ce qui est pourtant présenté comme « le plus vaste libre marché du monde ». Le contenu des discussions serait resté secret sans le travail et la ténacité d’organisations non gouvernementales comme Electronic Frontier Foundation, Public Citizen et bien d’autres, ainsi que de hackers comme WikiLeaks. Le ministre du commerce extérieur de la Malaisie reconnaissait au lendemain de négociations infructueuses en novembre dernier : « Ce sera très difficile [d’aboutir à un accord]. Ce qui a été révélé par WikiLeaks ces derniers temps ne va pas aider le processus . »

Selon ces documents, pratiquement aucun domaine de la vie ne saurait échapper aux multinationales. Le PTP veut classiquement éradiquer les droits de douane restants, mais aussi élaborer des normes communes sur tous les produits (alimentaires, phytosanitaires, industriels...), sur les services (banques, caisses d’épargne, caisses de retraite, etc.), sur la propriété intellectuelle, sur le règlement des litiges avec ces fameux tribunaux d’exception permettant aux géants du privé de mettre en cause les décisions d’un gouvernement .
Tiraillements au Japon

Sur les droits de propriété intellectuelle, l’appétit des grands groupes apparaît sans limites. Ainsi, pour les brevets « détenus par les entreprises, les Etats-Unis proposent quatre-vingt-quinze ans de droits exclusifs [et même] cent vingt ans quand les travaux n’ont pas été publiés ». Ce qui, dans le domaine médical, signifierait la fin des médicaments génériques (la plupart des brevets sont actuellement valables vingt ans). Les ayatollahs du marché exigent même que le brevetage s’applique aux « méthodes de diagnostic (…), de traitement et d’opérations chirurgicales ». Les techniques d’opération du cœur, par exemple, ou les protocoles novateurs pour le dépistage ou le traitement du cancer seraient donc soumis à paiement de droits par les utilisateurs ! A force de bataille, le cas des opérations chirurgicales semble avoir disparu du dernier texte connu . Mais rien ne dit que les Etats-Unis en resteront là.

On pourrait tout aussi bien citer le brevetage des plantes naturelles, la disparition des mesures de contrôle des capitaux, d’étiquetage des produits alimentaires et notamment des organismes génétiquement modifiés (OGM). La liste, infinie, ressemble à un inventaire à la Prévert. Toutefois, même les gouvernements les plus libéraux renâclent, tant la loi du plus fort écrase les intérêts de leurs propres groupes capitalistes. Le Canada refuse certaines extensions du droit de propriété intellectuelle. L’Association médicale australienne (AMA), qui regroupe les professionnels de santé, a demandé au pouvoir de rejeter tout engagement qui « réduirait le droit du gouvernement de développer une politique de la santé conforme aux besoins nationaux » dans le domaine du médicament, de la traçabilité des produits alimentaires et de la lutte contre le tabagisme. Pour l’heure, Sydney n’a pas cédé aux exigences américaines. Au Vietnam, le pouvoir voudrait protéger ses productions textiles. Singapour, la Malaisie et Brunei s’opposent à l’instauration de clauses sur le règlement des différends entre investisseurs et Etats.

Mais c’est au Japon que la résistance paraît la plus forte. Subventions, normes, quotas et droits de douane constituent de sérieuses barrières que les Japonais n’entendent pas lever si facilement pour les beaux yeux de l’Amérique. Certes, le premier ministre Abe a annoncé son entrée réelle dans les négociations avec d’autant plus d’enthousiasme et d’éclat qu’il était resté discret lors des élections de 2012 l’ayant porté au pouvoir. Le PTP représente « notre dernière chance, a-t-il lancé, lyrique, lors de sa conférence de presse. Rater cette occasion reviendrait tout simplement à pousser le Japon hors des lieux de pouvoir du monde ».

En attendant, les discussions achoppent sur les cinq « vaches sacrées » nippones : le riz, le blé, la viande de bœuf et de porc, le sucre, les produits laitiers – soit cinq cent quatre-vingt-six produits protégés par un système de quotas. Les importations de riz ne peuvent pas dépasser 5 à 8 % de la consommation intérieure, au-delà le gouvernement impose des droits de douane pouvant aller jusqu’à 780 % ; pour le blé ou les produits laitiers, ceux-ci atteignent 252 %. Inutile de dire que leur suppression s’avère acrobatique politiquement. Le Parti libéral-démocrate (PLD), au pouvoir, demeure majoritairement réticent, les ruraux et leurs familles constituant une de ses bases électorales. Cependant, il est peu probable que M. Abe renonce. Il y voit en effet l’occasion pour le Japon de retrouver en Asie la place que lui a ravie Pékin – et c’est bien en renforçant ce discours nationaliste qu’il espère imposer les réformes qu’aucun pouvoir n’a réussi à faire passer jusqu’à présent, dans l’agriculture comme dans l’industrie. Les mesures prises pour relancer la machine économique – les fameuses « abenomics » – ne marchant pas , le premier ministre mise en effet sur l’arrivée des investissements directs étrangers (IDE) pour compenser les délocalisations des grands groupes japonais et moderniser un appareil de production vieillissant : les IDE ne représentent que 4 % du produit intérieur brut (PIB), contre 20 % en moyenne dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Autre miracle attendu du PTP : l’ouverture de marchés tiers afin d’accroître les exportations, notamment dans les domaines nucléaire et ferroviaire (d’où la volonté de Mitsubishi de s’allier à Alstom), mais aussi et surtout pour le matériel militaire, jusqu’alors interdit de vente à l’étranger. M. Abe négociera-t-il l’abaissement des droits de douane sur les produits laitiers ou le bœuf contre l’accès aux marchés extérieurs de l’automobile, par exemple ? Le compromis est dans l’air. Le gouvernement japonais ne cache pas sa volonté d’utiliser le traité de libre-échange en cours de discussion avec l’Union européenne pour faire plier ses agriculteurs (plus disposés à accepter les normes alimentaires européennes que celles des Américains), obtenir une ouverture européenne pour ses voitures et, fort des résultats obtenus, réclamer aux Etats-Unis une baisse de leurs droits de douane sur les camions (25 %). Un jeu de billard à trois bandes. Evidemment, avec cette approche, la signature du PTP n’est pas pour demain. Et, du côté américain, il n’est pas sûr que le projet passe aisément au Congrès : les républicains y sont majoritairement opposés, par hostilité viscérale à M. Obama, et une partie des démocrates également.

Cela n’empêche pas la Chine de prendre au sérieux ces manœuvres. Christian Edwards, chroniqueur patenté de l’agence officielle Xinhua, est très direct : « Cachés dans l’enveloppe du PTP se trouvent les écrous et les boulons d’une machine à imposer un cadre réglementaire à l’américaine, en fonction des besoins et même des caprices des principales industries exportatrices des Etats-Unis, qui engagent des millions de dollars dans les fonds électoraux afin de s’assurer des revenus garantis ). » Il y a bien eu ici ou là quelques déclarations laissant entendre que Pékin pourrait rejoindre les négociations, notamment celle du vice-ministre des finances début octobre. Certains économistes chinois sont convaincus que cela permettrait d’accélérer la vague de réformes et de privatisations planifiée par le président Xi Jinping et son équipe, ainsi que d’apaiser les relations avec Washington.

Du point de vue économique, le pouvoir chinois n’a rien contre l’élargissement des champs livrés au libre-échange. Mais il cherche à rester maître du mouvement et à conserver des outils d’intervention, notamment dans les technologies de l’information et le contrôle des capitaux. Du point de vue géopolitique, il n’entend pas s’engouffrer dans une discussion où l’axe Washington-Tokyo saperait (ou en tout cas minorerait) sa puissance.

Il a donc mis au point son propre projet de partenariat économique régional intégral (Regional Comprehensive Economic Partnership, RCEP) avec les dix pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Anase, ou Asean en anglais) – Birmanie, Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam –, ainsi qu’avec le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Inde et la Corée du Sud – ces deux dernières n’étant pas engagées dans le PTP. Pékin ne manque pas de faire remarquer que l’ensemble totaliserait la moitié de la population mondiale et un tiers du commerce. Les pourparlers sont déjà engagés, avec une attention particulière pour la Corée du Sud. En délicatesse avec le Japon en raison d’une dispute territoriale sur les îles Dokdo/Takeshima et du révisionnisme de M. Abe, inquiet du ralentissement de la croissance, Séoul s’est rapproché de la Chine, malgré ses désaccords sur la Corée du Nord (lire « Sur “l’île de la paix”, un village sud-coréen menacé »). Le président chinois presse désormais son voisin de signer un nouvel accord de libre-échange bilatéral avant le forum de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC), qui réunira ce mois-ci à Pékin les membres de l’Anase, tous les pays concernés par le PTP, le Mexique et la Russie – un accord avec la Corée du Sud, traditionnel allié américain, constituerait une bonne prise pour les dirigeants chinois.

Pour éviter de s’enfermer dans un tête-à-tête avec Washington et pour donner quelque lustre à son projet, M. Xi a accompagné ses ambitions commerciales d’un grand discours sur la renaissance des « routes de la soie », en référence à ces caravanes qui, à partir du IIe siècle avant Jésus-Christ, parcouraient l’Asie centrale ou, plus tard, à ces marchands qui s’élançaient sur les mers pour relier la Chine à l’Europe. Sur mer, les marges de manœuvre chinoises paraissent faibles. Sur terre, c’est bien parti. Fin 2013, le président Xi s’est lancé dans une tournée au Kazakhstan, au Kirghizstan, au Turkménistan et en Ouzbékistan. En mars dernier, il a pris la peine de visiter le terminus d’une voie ferrée reliant Duisbourg, en Allemagne, à Chongqing, en Chine (en seize jours, contre un mois en bateau), via la Pologne, la Biélorussie, la Russie et le Kazakhstan. Il multiplie les accords avec le gouvernement russe.
Cette version moderne des mythiques « routes de la soie » suffira-t-elle à contrecarrer le « pivot asiatique » de l’Amérique ?