Initiation à la poésie vietnamienne
(Autour de l’œuvre de Ngô Tu Lâp)

Lectures en Vietnamien et en français

Au Siège de l’Association Les amis du Viet Nam
108 Boulevard Longchamp 13001 Marseille

Ngô Tu Lâp est né à Hanoi en 1962. Après avoir servi dans la Marine Nationale, il obtient le diplôme d l’Université de droit de Hanoi en 1993. Ce qui lui permet de travailler pour la Cour Suprême Militaire, puis pour les Editions de l’armée et les Editions de Hanoi. En 1996 il est diplômé en littérature de l’Ecole Normale Supérieure de Fontenay/ Saint Cloud, Paris. En 2006, il obtient un PhD à l’Illinois State University/
Ngô Tu Lâp a publié des nouvelles, de la poésie, des essais et un grand nombre de traductions du russe, de l’anglais et du français. Une partie de son œuvre a été traduite et publiée en France, aux Etats-Unis, en Inde, en Suède, en Belgique, au Canada. En 1914, Les Editions de la Frémillerie ont publié un recueil de nouvelles Une tempête hors saison.
Outre des poèmes de Ngo Tu Lâp, pour insérer notre auteur dans l’histoire de la poésie vietnamienne, seront lus, en français et en vietnamien, des œuvres de grands poètes vietnamiens classiques : Hô Xuân Huong, Nguyên Du, Nguyên Khuyên.


L’influence d’une culture sur une autre ne passe pas seulement par les traductions et le choix d’écrire dans la langue de l’autre mais aussi par les jeux des références. C’est pour illustrer ce propos que nous publions la traduction de deux poèmes de Ngo Tu Lâp qui révèlent sa profonde connaissance de la culture et de littérature française. En effet, Ngô Tự Lập nous parle des violences de la seconde guerre du Viêt Nam, celle qui oppose Vietnamiens et Américains et Vietnamiens entre eux, en consonance avec une chanson qui évoque l’un des épisodes les plus douloureux de l’histoire de la France, la Commune, et l’œuvre d’un écrivain français prix Nobel de littérature, Claude Simon.

La Cerisaie

…il est bien court le temps des cerises

J.B Clément

Rosée froide sur l’autre versant de la colline …
Mais le jardin reste éveillé
Happé en silence par les halos de l’aube.

J’ouvre ma porte sur la nuit
Les merles n’ont jamais chanté
Leur tête pendue avec mélancolie sur les épaules.

Le sang avait culé tout un mois sans répit
Ayant noirci comme de globes d’yeux desséchés
S’étant dispersé sur le chemin d’herbe.

J’ai hurlé jusqu’à plus voix
J’ai couru sans fin sur les feuilles de l’automne déchu.
L‘été est encore loin …
Mais je sais que derrière la haie
Dans mes souvenirs virés au gris sombre
Ma mère dresse une natte de bambou pour protéger son feu de
Souffre fumée blanche lilas qui parsème la cour ;

Toi seule, maman connaît mon chagrin.
Montreuil, 13-98-1996 Traduit par l’auteur et Stéphane Wattier

La route des Flandres

D’un horizon à l’autre,
Est-ce la Route des Flandres ?

Pas une âme qui vive
Pas de lataniers décapités, de flancs de collines criblés de peur
Ici j’ai su
Le sang des vierges arroser l’herbe ses fleurs jaunes épanouies
Et le sable brûlant assécher
Les sanglots étouffés du désir, dans la nuit noire.

Ce ne serait pas la route des Flandres ?
Ici j’ai su
Les oiseaux noirs, les bombes qui oscillent puis tombent
Sur la terre battue de la cour de l’école
Peut-être que les chapeaux de paille ont gardé leur jaune intact
Que les écoliers planent encore dans les airs.

Ce ne serait pas la Route des Flandres ?
Je sais seulement que j’ai une autre patrie
Une autre enfance, d’autres femmes.

Je n’ai pu échapper à, l’imposture des mots
Route des Flandres –
Je nomme ainsi cette patrie, cette enfance et ces femmes.

Oui, l’imposture des mots
Une route, un nom.
Je vais d’un horizon à l’autre.

Traduit par l’auteur et Stéphane Wattier