Nguyen Huy Thiêp Un général à la retraite...

Dernier ajout : 27 novembre 2015.

Nguyen Huy Thiêp Un général à la retraite
Ed. de l’Aube, 1990.

Nguyên Huy Thiêp est né à Hanoi en 1950. Représentant d’une nouvelle génération d’écrivains vietnamiens qui se sont affranchis du réalisme socialiste, il a déclenché un scandale en 1987 avec sa nouvelle Un général à la retraite, publiée au moment de la politique d’ouverture du Doi Moi.
Le vieux général à la retraite, revenu dans sa famille, ne reconnaît plus guère le monde pour lequel il a livré bien des guerres, ni les idéaux qui l’ont conduit. Cette figure d’un ancêtre vénérable, apparaît vite comme une gêne pour chacun, pour le narrateur, son fils, en particulier. Le vieil homme découvre une société en pleine mutation économique et sociale et voit régner l’avidité et la dureté personnifiées ici par sa belle-fille. Une jeune fille simple d’esprit est la seule de son entourage qui lui paraisse être restée authentique et bonne. Il repart se faire tuer sur le front. Lequel ? Quelle importance, puisqu’il semble que le sens ait déserté ce monde nouveau ?
Le deuil des idéaux, de l’héroïsme, est au cœur de ces textes. Le motif du « trésor perdu » y renvoie. La jeune simplette, un instituteur sans illusion mais plein de courage généreux (Leçons paysannes) éclairent parfois ce monde, et c’est … une famille de singes qui fait renaître un peu d’humanité dans le cœur d’un riche chasseur, borné et plein de hargne (le Sel de la forêt). Quant à la bonne fortune et la déchéance d’une dynastie de marchands de cochons atteignant au fil de cent années au mandarinat pour retourner à la terre sous le coup d’une malédiction, La dernière goutte de sang nous les conte comme parabole du mauvais usage du pouvoir, voire du savoir.
Les nouvelles de Thiep sont cruelles (elles peuvent nous rappeler celles de Maupassant, qu’il apprécie), ironiques et désolées. Elles interrogent son temps et son pays sur leurs choix, leurs valeurs ... Si leur auteur n’est pas persona grata aux yeux du pouvoir en place aujourd’hui, il ne renonce pas à porter le fer sur les plaies d’une société entre deux mondes, qui se débat entre les pesanteurs du dirigisme et la violence du libéralisme (on peut lire à ce propos son roman A nos vingt ans, L’Aube, 2011).
Il faut entendre sa voix car elle pose avec une âpreté douloureuse des questions qui ne concernent pas que le Vietnam. Françoise Paradis