Nguyen Khac Huynh

Dernier ajout : 19 janvier 2013.

Ambassadeur NGUYÈN KHÂC HUYNH
Membre de la Délégation de la RDV aux Pourparlers de Paris

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Pourquoi 5 ans de négociations à Paris ?

Nguyen Khac Huynh a participé aux négociations entre le Vietnam et les Etats-Unis (EU) de 1966, année où Hanoï a entamé la stratégie « combat-négociation », jusqu’à la fin de la guerre en 1975.
Dans une conférence prononcée en 2008 à l’occasion du 35ème anniversaire de la signature des Accords de Paris, il rappelle les étapes de la lutte pour la fin de la guerre et le retrait des troupes américaines et montre à chaque étape le lien entre le militaire, le politique et le diplomatique.

Deux diplomaties - contraste et compromis
Les négociations de Paris ont été longues et acharnées. Leur déroulement a été semé d’embûches. Tous les problèmes ont dû être longuement discutés.
Les diplomates américains étaient tous très habiles et aguerris. Les EU avaient une stratégie de négociation clairement définie : combiner les négociations avec la position dominante sur le champ de bataille pour, d’une part, obliger la République Démocratique du Vietnam (RD V) à abandonner son soutien au peuple et au Front National de Libération du Sud du Vietnam, et de l’autre, maintenir le régime de Saigon sous l’emprise américaine.
De son côté, la diplomatie vietnamienne était toute jeune. Fondée en 1945, la RDV n’avait pas d’héritage en matière de diplomatie. Après la bataille de Dien Bien Phu, sortant de la jungle pour rentrer à Hanoï, la diplomatie vietnamienne a dû tout commencer à zéro, faute de
diplomates professionnels. Nous avons été contraints de tout apprendre sur le tas. Nous sommes venus à Paris avec l’esprit du peuple et la diplomatie de la morale pour faire face à la diplomatie de la force des EU. Notre stratégie a été de mettre la diplomatie et les pourparlers au service
de la lutte armée, et nous avons bénéficié du rassemblement des amis internationaux et du mouvement de protestation du peuple américain contre la guerre. Le Vietnam a exigé avec persévérance que les EU mettent fin à la guerre et qu’ils retirent inconditionnellement leurs troupes. Les EU n’ont pas cessé de demander le retrait simultané de l’armée des deux côtés et de rétablir la zone démilitarisée afin d’interrompre le ravitaillement du Nord par le Sud du Vietnam.
Les EU ont scandé le slogan « Que les deux côtés procèdent simultanément à la désescalade », mais durant 4 ans, ils n’ont rien obtenu. Le Vietnam n’a pas avancé ce slogan, mais il a su tirer parti des difficultés des EU pour les pousser à des désescalades unilatérales.
35 ans après, un regard rétrospectif prouve bien que c’était indéniablement un chef d’oeuvre de l’art du compromis, fruit d’un long travail de marchandage et d’échanges difficiles. Dix neuf des vingt et un articles des Accords de Paris reflètent bien des compromis dont le plus important était le maintien du statu quo du Sud du Vietnam avec deux administrations, deux armées et deux zones contrôlées distinctement par chacune des parties. Les deux articles restant ont été acceptés unilatéralement par les EU : l’article 3, le retrait des troupes américaines du Vietnam, et l’article 21, la contribution des EU à la guérison des blessures de la guerre et à la reconstruction de la République démocratique du Vietnam. En fait, la guerre a pris fin, il n’y avait plus de raison que les EU prolongent leur présence au Vietnam. En ce qui concerne l’article 21, il s’agissait d’un calcul des EU, ils voulaient se servir des aides économiques pour tempérer la RDV afin de maintenir le régime de Saigon, au moins pour un temps limité. Ceci dit, dans ces Accords de Paris, chaque côté a réussi le minimum de ses attentes ; les objectifs non atteints ou les compromis ont été fonction des rapports de forces, et ce n’était pas du tout à cause des imprudences ou des erreurs de calcul.

Les Pourparlers et les Accords de Paris dans l’Histoire du Vietnam
Nous considérons les pourparlers de Paris comme un grand événement dans l’Histoire contemporaine du Vietnam. Les négociations ont rempli par excellence leurs fonctions au service de la lutte, en combinant les deux volets militaire et politique. Les Accords de Paris ont posé sans aucun doute un jalon important dans la diplomatie vietnamienne, en ce qui concerne l’acheminement vers la victoire finale et le destin de la nation.
En entrant en guerre avec les EU, le Vietnam a fait beaucoup de calculs sur la voie et les mesures pour gagner la bataille. De 1963 à 1972, les dirigeants vietnamiens ont envisagé à trois reprises la possibilité de « remporter une victoire décisive » :
- En 1964 : renverser le régime de Saigon avant l’arrivée des Américains,
- En 1968 : remporter une victoire décisive par les offensives généralisées de Mâu Thân (Têt année du serpent),
- En 1972 : remporter une victoire décisive par les offensives généralisées de Printemps-Eté 1972.
En réalité, à chaque fois, le Vietnam a remporté de grandes victoires mais aucune n’a été décisive. Les Accords de Paris ont été obtenus grâce à la mise en faillite de la stratégie américaine de « vietnamisation », et à la victoire du Vietnam lors des bombardements américains par les B52 ; tout cela a conduit à la signature des accords de paix, à la fin de la guerre et au retrait des troupes américaines. Pour nous, c’était la « Victoire décisive ».
Elle a décidé de la conjoncture et du dénouement de la guerre. Elle a ouvert la voie à la victoire finale du Printemps 1975.
Ainsi, la formule de « victoire décisive » dans une lutte avec un ennemi puissant est la fusion des victoires militaire, politique et diplomatique. A elles seules, les victoires militaires sur le champ de
bataille ne seraient pas décisives.

Portfolio

  • NGUYÈN KHÂC HUYNH et JC de Miscault en mai 2008 au Trocadéro