Jacques Maître

Dernier ajout : 9 mars 2013.

HOMMAGE A JACQUES MAITRE

Paris, le 17 octobre 2013

Madame Odile Maître,
Mesdames,
Messieurs,

Jacques Maître appartenait à la plus jeune génération de résistants. Je ne garde de ces années que les souvenirs d’un petit enfant et, comme Jacques n’a jamais évoqué son action devant nous, je ne puis rien en dire. Plus tard, il poursuivra une longue carrière de chercheur en sciences sociales, à propos de laquelle il est toujours resté discret. Parallèlement, et sans doute dans le prolongement de son engagement antérieur, il a été, pendant la longue guerre américaine, un actif militant de la paix au Vietnam. Il est possible que nous ayons participé, sans nous connaître, aux manifestations, délégations et rassemblements qui ont scandé cette cause en France, mais comme il n’y faisait que de brèves allusions, je ne saurais être plus précis. Il a participé au colloque que notre Association d’amitié franco-vietnamienne a organisé au Sénat en 2005 pour faire connaître la tragédie induite par les épandages de produits toxiques et nommer les responsables. Venant à peine de rentrer d’un long séjour à l’étranger, je n’y avais pas été convié et me suis donc contenté d’en lire les actes.
Toutefois, quelques mois après, alors que notre association traversait une crise dont je ne saisis toujours pas l’ensemble des données, Jacques avait accepté d’en assumer la présidence, prenant ainsi sur le temps qu’il voulait consacrer à l’enquête collective poursuivie dans la vallée d’A Luoi, l’une des zones les plus affectées par l’Agent orange, enquête dont les travaux sont enfin disponibles aujourd’hui. C’est à partir de ce moment là, et au cours des années suivantes, que j’ai rencontré et fréquenté Jacques Maître, que j’ai pu apprécier son calme, son sens de l’équilibre, son honnêteté intellectuelle, sa rigueur morale. Ces vertus ont grandement contribué à calmer les passions, à relancer le travail et à rétablir la situation. Tout particulièrement précieuse a été sa démarche, collective, à l’écoute de chacun, attentive à la continuité des choses. S’étant retiré de la présidence en 2008, il avait animé un temps notre comité local de la Vienne et a contribué de manière déterminante à susciter une réflexion d’ensemble sur ce que peut être, de nos jours, la solidarité avec un pays comme le Vietnam.
C’est en partant de son embouchure ou de son delta pour remonter son cours, repérer ses affluents, reconnaître les terres qu’il a baignées, que l’on peut prendre connaissance d’un fleuve. Ce que j’ai appris ces derniers mois sur la vie si pleine de Jacques Maître me permet de mieux comprendre l’homme que j’ai connu et de percevoir, dans les qualités dont il a fait montre au sein de notre association, la fidélité du fleuve à sa source, la cohérence d’une existence. Ces qualités se résument pour moi en la plus haute d’entre elles, qui est rectitude. Jacques Maître était un homme droit. Nous nous honorons qu’ « Anh Jacques », Jacques le frère aîné, ait été des nôtres. Nous lui savons gré de ce qu’il a fait pour notre association et, plus encore, pour l’amitié entre les peuples français et vietnamien. C’est ce chemin qu’il nous faut suivre.
Patrice Jorland

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Jacques Maître par Bernard Doray

I Jacques Maître et la décolonisation

Pour parler de ce que je connais de Jacques Maître, je commencerais par une Interviewe de lui que j’ai faite pour un livre dont il sera question plus loin.
Il relate ainsi les sentiments et pensées qui furent les siens quand, en 1947, alors que la Grande-Bretagne faisait le Commonwealth, la France voulu refaire son Empire. L’histoire a retenu que Haiphong fut bombardé par les homme de l’Amiral d’Argenlieu et que cette brillante initiative fit 6 000 morts ce qui engagea sans retour possible la guerre française du Vietnam. [1]

B. D. : Tu suivais ces événements ? ou la construction politique d’un jeune homme)
« J’étais très jeune. Au moment du débarquement, j’avais dix-huit ans, et quand on m’a dit, par la suite, que les vietnamiens voulaient leur indépendance et s’étaient insurgés, je ne connaissais rien en politique, parce que dans la Résistance, j’aurais bien été incapable de faire la différence entre un communiste et un socialiste, parce que je ne m’étais pas trouvé dans des circonstances où il était important de savoir ça. Mais, en revanche, il y a une chose que je savais en politique, c’est que si l’on était occupé par une armée étrangère, il fallait prendre les armes.
On m’avais appris ça. J’avais 17 ans, la première fois où j’étais avec une mitraillette avec les allemands. Alors, pour moi la guerre française du Vietnam, ça a été la découverte de la vie politique. Et j’ai pensé : « ce sont des frères, il font exactement ce que nous avons fait ! ». Et l’on me disait : « Oui, mais ils se battent contre l’armée française. » et je répondais : « raison de plus pour les considérer comme des frères : c’est nous qui leur faisons ça ! ». Autrement dit, je trouvais que pour un Français, il était particulièrement mobilisateur que ce soit contre la France en tant que puissance conquérante, impérialiste, que ça se passait. »
Cette rectitude pour embrasser la cause de l’humain en grand format plutôt que de choisir les aisances d’un patriotisme chauvin, il l’a emportée sur les bancs de l’Université :
« Après, quand je me suis retrouvé étudiant je me suis retrouvé tout naturellement dans les organisations étudiantes qui luttaient pour la décolonisation. Il y avait une expression qui devait venir du Parti communiste : « l’émancipation des peuples colonisé ». Emancipation, c’est un peu pédagogique, un peu juridique, mais pour nous, c’était très clair : il fallait qu’ils aient le droit de disposer d’eux-mêmes. On disait aussi : « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Et donc c’était vrai pour le Vietnam.
Et puis, par la suite, quand les vietnamiens ont dû continuer la guerre, contre les États-Unis cette fois, les État-Unis qui avaient gagné la seconde guerre mondiale et qui n’avaient jamais perdu un guerre, la guerre du Vietnam acquit une dimension qui entrait dans l’histoire de l’humanité.
En effet, si l’on se place du point de vue de l’histoire de la colonisation, le départ des Américains du territoire vietnamien, marque la grande période de descente de la colonisation, jusqu’à son effondrement.

Le temps des Universités

Dans les mois qui ont suivi la Libération, au Quartier Latin, il y avait une activité très intense contre l’idée de reconquérir les colonies. C’était un mouvement de soutien des peuples colonisés. J’ai encore un souvenir précis d’avoir été assis à côté de Jacques Vergès, à l’époque où l’on luttait contre la colonisation. Vraiment. Il y avait un mouvement très fort. Beaucoup de dirigeants issus de la Résistance étaient pour la reconquête de l’Indochine, mais il on voyait bien qu’il y avait des nouvelles générations qui n’étaient pas pour le culte de l’Empire. Le parti communiste avait pour slogan l’émancipation, des peuples coloniaux. Et puis dans le cas de l’Indochine, ce courant a été redoublé par le fait que dans ce cas, c’était une lutte pour l’indépendance et en même temps une lutte pour la révolution pour instaurer le socialisme. Alors que la situation était beaucoup moins claire pour l’Algérie.
Dans ce contexte, j’étais étudiant en philo, autrement dit un milieu particulièrement à gauche, dans la cadre de l’UNEF [2] , qui à l’époque, avait des activités très intenses sur le plan international… Donc, je n’avais pas de mérite particulier à penser à gauche : je suis tombé comme ça en un moment ou c’était dans l’air du temps dans les catégories sociales dans lesquelles j’étais.

B. D. Peux – tu nous parler du mouvement, en France des chercheurs, pour soutenir le peuple vietnamien dans la guerre américaine ?
Et à partir de quand as-tu milité activement pour la cause du Vietnam ?

Et après, chercheur au CNRS, je me suis de nouveau trouvé dans un milieux privilégié. Là, ce n’était pas l’UNEF, c’était dans le mouvement syndical des chercheurs.
Je représentais le mouvement des chercheurs scientifiques dans le collectif intersyndical universitaire Vietnam, Laos, Cambodge, qui était un le principal organisateur des actions dans les lieux universitaires.
Ainsi, j’ai appris à connaître les vietnamiens. Il y avait une représentation du gouvernement révolutionnaire provisoire qui avait des locaux dans la rue de Verrière.
Quand nous leur avons demandé ce que l’on pouvait faire pour eux, ils nous demandaient d’envoyer des livres pour la bibliothèque de Hanoi.
Ce que nous avons fait. Cette bibliothèque existe.
Alors, j’étais quand même très étonné de voir que des gens à qui on faisait une guerre, qui se heurtaient à des moyens militaires absolument gigantesques, que l’on n’avait jamais dans l’histoire de bombardements aériens, nous demandaient des livres, pendant que les B 52 bombardaient. Eux, ils travaillaient à faire des fiches de bibliothèque pour les bouquins que nous envoyions.
Et ils nous ont expliqué pourquoi. Ils nous disaient : gagner la guerre, ça va être dur, mais c’est après que ça va être encore plus dur. Et l’expérience l’a montré.
Au fond, la guerre ne les intéressaient pas. Ce n’étaient pas la guerre qui intéressaient des gens qui font des bibliothèques pendant qu’on les bombardaient. Ils voyaient autre chose : la construction de la paix, et de l’indépendance matérialisée dans le développement du pays.
Et la fréquentation des vietnamiens que nous voyions en France dans le Comité, pour mois, c’était une grande leçon.

B. D. Est-ce qu’il y avait des membres du Comité de soutien qui travaillaient sur le terrain ? Je pense par exemple de Docteur Carpentier ?

Il y avait des missions sur le terrain mais presque tous étaient des médecins. C’était autour de la médecine que cela s’organisait.

II Jacques Maître, le chercheur

L’ensemble de son itinéraire scientifique a comporté successivement trois orientations dominantes assez différenciées.
1) La prime vocation de Jacques Maître était philosophique avant qu’il devienne l’un des jeunes chercheurs qui ont fondé les sciences sociales pour le CNRS dans l’après guerre. Il y est entré en 1953, il fut membre fondateur du Groupe de Sociologie des Religions, au sein d’un laboratoire du CNRS : le Centre d’Études Sociologiques et il a été membre de la section de sociologie et démographie du Comité national de la recherche scientifique de 1975 à 1980.
Chercheur, sa premières orientation fut vers la mathématique sociale appliquée au champ religieux, notamment à travers l’algèbre et les statistiques. Ses travaux ont notamment porté sur des enquêtes de terrain, telles que les pratiques cultuelle du clergé rural. Autre source d’inspiration, chercheur dans le Groupe de sociologie des religions, il suivait les cours d’algèbre du mathématicien Georges-Théodule Guilbaud, fondateur et directeur du Centre d’Analyse et de mathématiques sociales au Centre d’analyse et de mathématiques sociales de l’École des hautes études en sciences sociales qui a joué un rôle important dans la diffusion des méthodes mathématiques dans l’économie et les sciences humaines. On y avait notamment l’ambition de rapprocher l’algèbre et la psychanalyse et plus généralement la culture scientifique et la littérature. Dans cette phase de sa vie de chercheur, Jacques Maître a écrit notamment un article connu sur la fréquence des prénoms de baptême. Il a démontré que dans la paroisse qu’il étudiait, quelque soit la mode des prénoms en cour, avec les garçons comme avec les fille, il y avait toujours un prénom qui, statistiquement, occupait 8,5% du total, ce qui pourrait suggérer la présence d’une meta-fonction furtive, si je l’ai bien compris.
Puis Jacques Maître s’est tourné vers la sociologie de la santé, avec notamment un important travail sur le CMPP de Vitry-sur-Seine, puis une recherche sur la socialisation des personnes de petite taille, après sa rencontre avec la psychanalyste Ginette Raimbault dans une fameuse Unité de l’INSERM, la 158.
Cette inflexion de Jacques Maître du côté de la clinique l’a amené à travailler des cas dans ce qu’il a appelé baptisé la psychanalyse socio-historique, c’est-à-dire « une démarche psychanalytique aussi clinique que possible mise en œuvre sur la base de dossiers historiques fortement documentés et replacés dans leur contexte social. Le matériel provenant pour l’essentiel de textes ou propos émanant de femmes qui ont rendu compte de leurs expériences mystiques en contexte catholique du treizième au vingtième siècle. »
Les cas de Thérèse Martin et de Pauline Lair Lamotte [3] , pour restituer le nom réel de cette mystique fétichisée par Pierre Janet sous un autre nom, ces cas, donc furent des révélations.
Dans un entretien pour un livre qui croisait la psychanalyse et les sciences sociales, Jacques Maître nous dit. : « Quand j’ai commencé à lire les textes de Thérèse, j’avais, par avance, une notion la concernant : je savais, à partir d’articles publiés il y a une vingtaine d’années, qu’on avait beaucoup falsifié ses textes autobiographiques. Ses sœurs avaient caviardé ses manuscrits avant de les publier. Quelque chose m’était resté : cette idée qu’on l’avait réduite au silence ; qu’elle nous avait adressé une parole qu’on nous a ensuite cachée, défigurée. [4]
Cette situation répond évidemment à quelque chose dans ma problématique personnelle. Or, il se trouve que, dans ma famille, il y a une situation tout à fait typée de ce point de vue : c’est que ma mère sait très peu de chose de sa propre mère.
« Dans ma représentation de la mystique, j’ai, très fortement présente, la question de la lignée féminine. Je pense que c’est quelque chose qui a une grande importance dans la tradition mystique que j’étudie (avec, en particulier, la féminisation de l’image de Dieu) : une relation mère-fille qui se répercute indéfiniment de mère en fille, la fille devenant à son tour mère d’une fille, etc.
Or, il se trouve que, dans ma famille, il y a une situation tout à fait typée de ce point de vue : c’est que ma mère sait très peu de chose de sa propre mère...

III Le retour au Vietnam

Ce retour de Jacques au Vietnam est venu d’un heureux hasard. En 1997, peu de temps après le décès de Nguyen Khac Vien, le Centre international de l’enfance m’avait (B.D.) missionné pour aller au Vietnam pour y participer à une rencontre destinée a faire connaître des produits français pour les enfants, tels que des ludothèques ou des maison vertes comme Françoise Dolto les avait conçues ou encore des conférences sur Donald Winnicott. Cet événement se passa à Hanoï et Ho Chi Minh Ville, mais, par solidarité avec une collègue algérienne qui était des nôtres, je lui cédait mon billet pour Ho Chi Minh. Sans cette circonstance, il n’aurait pas eu de recherche à A Luoi.
En effet dans la courte journée où je suis resté seul à Hanoï j’ai pu aller dans un village de l’amitié et visiter un musée dédié aux victimes de l’Agent orange. Je décidai d’une mission scientifique qui serait pluridisciplinaire sur l’agent orange. Le Centre international de l’enfance avait été fermé entre temps mais avec Michèle Bertrand qui en fut la première présidente, Jacques maître, Odile Maître, Conception Doray, Yves Clot et moi-même, avons fondé une association, le Cedrate, et nous avions le soutien de l’association Les enfants de la dioxine de Nguyen – Vu Thi Xuan Phuong. C’est dans un voyage à travers le Vietnam organisé en 2002 par Phuong pour les gens du Cedrate que Concepcion Doray et moi-même sommes montés dans la très pauvre vallée de A Loi. Nous avons beaucoup filmé et interviewé : des enfants malformés, dénutris au stade du kwashiorkor, un blessé défiguré par une bombe au phosphore, des traumatisés… Au retour dans la plaine, il n’y pas eu besoin de beaucoup d’explications dans notre petit groupe pour que la motivation soit là. Pour les missions qui allaient se succéder pendant une dizaine d’années, notre triade française (Concepcion Doray, Jacques maître et moi-même) avons travaillé sur le mode de la recherche-action. Nous avons eu la très bonne chance de rencontrer au début, les collègues du Centre d’études du genre, de la famille et de l’environnement dans le développement (CGFED) à Hanoï dirigés par Madame LE THỊ NHAM TUYẾT et nous avons toujours été soutenus par la Croix Rouge de Hué.

On soulignera la participation très efficace de la collègue du CGFED et de divers étudiants ou professionnels des sciences sociales ainsi que d’un séminaire à Paris animé par Jacques Maître pour les étudiantes vietnamiennes sur les histoires de vie.
Les résultats de cette longue et fructueuse recherche seront restituées dans un livre à une quinzaine d’auteurs que Jacques Maître a accepté la tache d’organiser.


- Odile Maître, son épouse,

- François et Hélène,
- Élisabeth et Patrice, - Sophie (†), - Claire et Philippe, ses enfants,
- Marie et Micka, Adam, Margot, Ulysse, Lou, ses petits-enfants,
- Zoé et Éva, ses arrière-petites-filles,

ont la tristesse de faire part de la mort de
Jacques MAîTRE, sociologue, directeur de recherches au CNRS,
dit « Charles » dans la Résistance,
survenue le 6 mars 2013.
L’inhumation aura lieu dans l’intimité
familiale auprès de sa fille,
Sophie.
Un hommage lui sera rendu
prochainement à Paris.

Maître,
11, boulevard du Temple,
75003 Paris.

JACQUES MAITRE 24 octobre 1925 EST DÉCÉDÉ le 6 mars 2013
à Paris, à l’âge de 88 ans

« Au fil des décennies, l’objet, la problématique et le chercheur ne cessent de muter. »
J.M.

C’est en effet un parcours hors du commun que celui de Jacques Maître. Voici comment il le résume, dans Mon itinéraire de chercheur :

Entré au CNRS dès 1953, j’ai commencé ma carrière de chercheur comme membre fondateur du « Groupe de Sociologie des Religions », au sein d’un laboratoire du CNRS, le « Centre d’Études Sociologiques ». Puis j’ai quitté le GSR pour entrer à l’Unité 158 de l’INSERM, « Savoirs et pratiques dans le champ médical : histoire, sociologie, psychanalyse », localisée à l’hôpital parisien des Enfants Malades.
En prenant ma retraite, j’ai cessé d’appartenir au CNRS, mais j’ai poursuivi mes activités de chercheur.
L’ensemble de cet itinéraire a comporté successivement trois orientations dominantes très différenciées :
1) Une orientation vers la mathématique sociale appliquée au champ religieux, notamment à travers l’algèbre et les statistiques. Le matériel était constitué par des données recueillies au cours d’enquêtes ou enregistrées administrativement.
2) Une orientation vers ce que j’ai appelé « psychanalyse socio-historique », c’est-à-dire une démarche psychanalytique aussi clinique que possible mise en œuvre sur la base de dossiers historiques fortement documentés et replacés dans leur contexte social. Le matériel provenait pour l’essentiel de textes ou propos émanant de femmes qui ont rendu compte de leurs expériences mystiques en contexte catholique du treizième au vingtième siècle.
3) Une orientation vers l’anthropologie avec une enquête au long cours menée à partir de 2002 dans une société de chasseurs-essarteurs vietnamiens victime d’une catastrophe environnementale et sanitaire apocalyptique : l’épandage par l’armée américaine, entre 1961 et 1973, de défoliants qui comportaient une haute teneur de dioxine. Les données proviennent des observations directes et des récits de vie recueillis parmi trois minorités ethnolinguistiques montagnardes vivant dans la cordillère de Truong Son (la « cordillère annamitique »).

On reviendra sur les étapes de cette vie scientifique marquée par une fermeté souriante dans le franchissement des obstacles, qu’il s’agisse de prôner un usage « éclairé » de la mathématisation des Sciences humaines, des démêlés avec une hiérarchie catholique mécontente de voir l’Eglise traitée en objet d’étude sociologique ou des traquenards des traductions de ses interprètes à A Luoi par exemple.

Ici, et maintenant, c’est sa vie de militant qui retient l’attention. Engagé à 16 ans dans la Résistance, il est resté fidèle à son esprit et n’a cessé de lutter pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, de la guerre d’Indochine à la guerre d’Algérie, comme étudiant à la Sorbonne puis comme syndicaliste au CNRS. Il a été des fondateurs de l’Intersyndicale Vietnam-Laos-Cambodge (SNESUP-SNCS-CNTRS) et a participé activement au soutien au Vietnam pendant la guerre américaine. En 1968 il a rencontré certains des négociateurs vietnamiens venus à Paris et s’est lié avec madame Nguyen Thi Binh d’une amitié attentive. De 2006 à 2008, il a accepté avec une grande générosité la présidence de l’AAFV, alors en difficulté, malgré les travaux ethnologiques qu’il brûlait de mener à bien avec des collègues vietnamiens. Il s’est attaché à ramener la sérénité et soulignait a nécessité de maintenir la solidarité avec les plus démunis du Vietnam. Il laisse un ouvrage inachevé sur la situation des populations de la vallée de A Luoi, au sud-ouest de Hué, victimes de l’Agent orange.
La reconnaissance des amis du Vietnam, en particulier de l’AAFV, accompagne sa mémoire. Marie-Hélène Lavallard

http://www.jacquesmaitre.net où l’on trouvera de nombreux textes dont des inédits et une bibliographie. Quelques liens internes n’étant pas encore installés, le plus aisé est de passer par le Plan du site.


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A l’Attention de monsieur Patrice Jorland,
Président de l’Association d’amité franco-vietnmienne (AAFV)
Monsieur le Président et très cher ami,
Nous avons appris avec une douloureuse émotion le décès de Jacques
Maitre le 6 mars dernier, à Paris, à l’âge de 88 ans.
Un des fondateurs de l’Intersyndicale Vietnam-Laos-Cambodge au plus
fort moment de la guerre américaine et Président de l’Association d’amitié
franco-vietnamienne, Jacques Maitre reste dans le cœur des Vietnamiens
l’image exemplaire du soutien et de la solidarité indéfectibles que réservait
sans relâche le peuple de France à la lutte du peuple vietnamien naguère
pour son droit à disposer de lui-même et à son nouveau combat pour la
reconstruction et le développement nationaux d’aujourd’hui.
Jacques Maitre a quitté ce monde. Cependant notre reconnaissance pour
l’attachement qu’il éprouvait lui-même jusqu’aux ses derniers souffles de
vie pour le sort des plus démunis et des victimes vietnamiennes de l’Agent
orange accompagne toujours sa mémoire.
Recevez, chers amis de l’ AAFV et tous celles et ceux qui lui sont
proches, nos condoléances les plus attristées pour cette perte commune si
pénible et notre sympathie et amitié les plus profondes et chaleureuses.

pour le Comité national
le président de l’AACVF
Nguyen Huy Quang


Chère Madame Lavallard,

C’est avec beaucoup de tristesse que nous avons lu votre message annonçant le décès de Jacques Maître.
Nous avons sous les yeux sa photo publiée dans "Perspectives France Vietnam" n°74 de juillet 2010 (page 9) où il a publié un article intitulé "Solidarité" qui commence ainsi :
"Les actions de solidarité avec le peuple vietnamien ont toujours tenu une place centrale dans la vie de l’AAFV".
Le mieux que nous pourrions faire pour honorer sa mémoire serait, je pense, de contribuer aux actions de solidarité, par exemple avec les habitants de la vallée d’A Luoi ou toute autre collectivité avec laquelle il était en contact.
Si nous vous rencontrons le 28 prochain, nous vous demanderons comment passer concrètement à l’action dans ce sens.
Veuillez recevoir, au nom de l’AAFV, nos plus sincères condoléances,

Pour l’Association Belgique Vietnam,
Edouard Jason

Notes

[1L’histoire a retenu que Haiphong fut bombardé par l’Amiral d’Argenlieu, et que cette initiative fit 6 000 morts, ce qui engagea sans retour possible la guerre française du Vietnam.

[2Union Nationale des Étudiants de France.

[3Le cas de Pauline Lair Lamotte a été publié dans un livre : Jacques maître, Une inconnue célèbre, la Madeleine de Janet, Ed. Antropos 1993. Janet fut, pour le dire rapidement, un grand précurseur de la psychanalyse actuelle.

[4Du coup, nous ne pouvons plus entendre ce qu’elle a voulu nous dire Michèle Bertrand et Bernard Doray, psychanalyse et sciences sociales, La découverte,1989.