opinions et documents sur le 30 avril

Dernier ajout : 4 mai 2015.

- http://indomemoires.hypotheses.org/18213

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- Envoyé : lundi 27 avril 2015 17:43

Objet : réaction à l’émission sur Vietnam la sale guerre diffusée par ARTE le 14 Avril. L’avis assez représentatif d’un Internaute dans un forum

Merci pour tous vos documents intéressants, mais comme l’approche du 30 Avril devrait nécessiter quelque chose de
plus approprié, permettez moi de profiter de cette tribune pour partager avec vous tous, le plaidoyer d’un peuple sans voix ...

Aux réalisateurs du film :

Je n’en reviens pas que vous n’ayez interviewé aucun des boat people, et le seul vétéran sud-vietnamien qui parle est au VN, vivant sous un régime qui peut emprisonner n’importe qui n’importe quand sous les lois 79, 84 et 85 de la constitution de la République socialiste du VN ( de 12 ans à emprisonnement à vie ou exécution pour des activités considérées contre le gouvernement). Qu’oserait-il dire ?

La peur des représailles envers nos familles est vraie pour la grande majorité des vietnamiens, mais malgré cela, plusieurs d’entre nous sommes prêts à parler. C’est incroyable qu’étant journalistes, vous n’ayez pas fait plus d’efforts pour nous trouver. C’est comme si les sud vietnamiens qui ne voulaient pas du communisme n’existaient pas. Ne pas vouloir un régime communiste semble équivaloir à être fantoche, sans valeur... Mais mon grand choc, c’était d’entendre " les soldats sud- vietnamiens ne savaient pas pourquoi ils se battaient". Combien de soldats sud-vietnamiens avez vous interviewés pour dire une pareille chose ?

Des milliers de mort, pour que le VN du Nord puisse imposer un régime communiste, et pour ensuite, dans les années 80, se rendre compte que le communisme était en train de ruiner le pays. Le parti a dû virer de bord et adopter un système économique quasi capitaliste. Oui aujourd’hui le Vietnam se développe, mais c’est malgré le système politique uni parti communiste encore en place, et en partie grâce aux contributions financières de plus de 4 millions de Vietnamiens à l’étranger ( oui, les anciens boat people !) qui envoient 11 billions de dollars par année, une somme qui représente 6% du produit intérieur brut ! ( la raison pour laquelle le gouvernement parle d’ouverture envers la communauté vietnamienne à l’étranger).

Le Nord a forcé le Sud à faire la guerre pour établir le communisme, pour ensuite se rendre compte que le communisme ne marche pas économiquement ? Aujourd’hui il ne reste qu’un système politique uni parti communiste totalitaire. L’économie suit la voie capitaliste de l’ancien Vietnam du Sud depuis un bon bout de temps ! Si le Nord avait laissé le Sud en paix aujourd’hui le Sud, avec son esprit d’entreprise, aurait dépassè la Corée du Sud qui en 1960 nous regardait avec envie !

Quant aux crimes de guerre, vous mentionnez My Lai mais passez à travers des massacres à Hue en 1968. Mon père était dans son village à Hue. Les cadres Vietcong sont venus rassembler tout les jeunes hommes. Ils les ont amenés dans un camps de rééducation. Celui ci était seulement d’une journée, pour expliquer la "bienfaisance de la révolution". le lendemain ils sont revenus. Cette fois, les jeunes du village, n’ayant plus peur, se sont tous rapportés. Mon père heureusement s’est enfui entre temps. Car tous les hommes du village de mon père qui se sont rapportés le lendemain ont été exécutés et leur corps enterré dans des fosses communes. Pres de 6000 corps en été découverts dans des fosses ensuite. Leur crime ? Vivre sous un régime pro Américain ! Allez lire le livre de l’écrivaine vietnamienne Nha Ca, " Mourning headbands for Hue", traduit par Olga Dror en 2014.

Vous ne mentionnez pas non plus les victimes du barbarisme de la réforme agraire dans le Nord. Parmi le million de vietnamiens qui ont choisi de partir pour le sud en 54, plusieurs ont été témoins du barbarisme de la réforme agraire, des tortures, des exécutions sommaires. Dix mille personnes exécutées ( certains estiment 50000) , et tout cela passé sous silence ! J’ai parlé récemment à deux vieilles dames, familles de petits commerçants pas trop aisés, bouddhistes, dont les familles ont pris la décision de tout abandonner pour partir vers le sud en 54, après avoir été témoins des exécutions lors de la réforme agraire. Elles se souviennent encore des têtes décapitées promenées dans les villages.

C’est vrai que les massacres comme ceux de Hue en 1968 ne se sont pas répétés en 75. Il n’y a pas eu de bain se sang. Mais les camps de rééducation établis en 75 sont en réalité des goulags. De 1 a 2 millions sud vietnamiens envoyés aux camps de rééducation, pendant des années, plusieurs jamais revenus, ou revenus presque morts de faim et de torture. Quand ils ont été convoqués, c’était aussi simplement pour expliquer la bienfaisance du nouveau régime pendant quelques jours. Ces quelques jours sont devenus des années. Que de mensonges ! Travailler simplement comme superviseur du bureau de poste était déjà une bonne raison, comme c’était le cas du père d’une amie, qui ne voyait pas pourquoi il devait s’enfuir en 75 comme le lui conseillait sa femme, dont la famille est partie du Nord en 54. Il a écopé 12 ans au camps de rééducation et est décédé 6 mois après son retour, tout émacié. Son crime : avoir collaboré comme fonctionnaire du gouvernement du Sud Viet Nam.
.
En parlant de mensonges, on ne peut pas compter le nombres de mensonges que le Parti a sorti. Les soldats du Nord ont apportés des petits sacs de riz pour aider les membres de la famille au Sud, car le parti leurs a dit que le Sud, exploité par les Américains, mourrait de faim. Ils étaient fiers de leurs missions pour sauver le Sud. Chaque famille du Sud ayant des membres au Nord a une histoire de ce genre. C’est incroyable comment le régime du Nord a menti à sa population.

Et aujourd’hui ? Lisez le rapport du sénat canadien "Viet Nam human rights report". Vous ne pouvez ignorer le fait que le Vietnam est un des pire pays en termes de violation de droits humains. Ce qui est spécial, c’est que plusieurs des bloggers en prison aujourd’hui sont des jeunes, et je cite Dang Chi Hung, qui venant d’une famille de cadres du parti communiste, a quand même osé s’exprimer, et a été emprisonné pour avoir accusé le gouvernement de falsifier l’histoire dans les manuels scolaires.

Près de 2 millions vietnamiens ont risqué la mort pour ne pas vivre sous un régime communiste. Ils sont partis sur des petits bateaux, mains blanches. De 1 a 2 millions envoyés aux camps de rééducation, dont plusieurs non revenus. Ces 4 millions de personne sont ils tous des fantoches ? Pourquoi ont-ils été ignorés dans ce film qui se dit documentaire sur la guerre du Vietnam et qui ignore toute cette population sud vietnamienne ?

Tant de vies perdues pour finalement adopter un système économique quasi capitaliste, et un système politique dix fois plus totalitaire que tout ce que le Sud a vécu. Et en plus un régime qui a tellement peur de la Chine qu’il emprisonne les Vietnamiens qui osent protester contre les agressions chinoises. Les Vietnamiens nationalistes ont mal au cœur aujourd’hui de voir ce gouvernement reculer chaque fois que la Chine avance, de voir les iles Paracel concédées, même la marine vietnamienne recevant l’ordre de ne pas retourner feu contre les frégates chinoises. Le gouvernement semble vouloir se tourner vers les Américains pour pouvoir contrer la force de la Chine. On offre maintenant la bienvenue aux investissement américains. N’est ce pas ironique ?

En tant que journalistes, vous ne pouvez ignorer tout point de vue différente de la votre. J’attends un documentaire qui permettrait aux vietnamiens ignorés dans celui ci de s’exprimer !

 [1]http://www.internationalaffairs.org...

Vietnam : 40 Years From the Day the War Ended

By Helen Clark

The Vietnam War left a generation of Australians and Americans with an indelible memory of jungles, helicopters, Agent Orange and landmines. The war left its imprint on those who observed and reported on the war. Helen Clark was one of them.

It is over now and the parades through the city are finished, but last week marked the 40th anniversary of the end of the Vietnam War and the Fall / Liberation of Saigon. In the lead up there were all sorts of reminiscences over the war and long profile pieces on Vietnam today and how it looks back at the ‘American War’. Nick Davies’ piece in The Guardian and Elizabeth Rosen’s in The Atlantic are two standouts. Meanwhile in Saigon streets were blocked off for parade rehearsals.

I was based in Hanoi for just over six years – 2006 to near the end of 2012 – as a magazine editor and later foreign correspondent. There were always war stories and any advance in US-Vietnam diplomatic ties prompted the usual mentions of the war, as did, say, lawsuits against Dow for their role in manufacturing the chemical defoliant Agent Orange.

But the war was the preoccupation of the fly-in journalists and travel hacks who couldn’t go half a paragraph without the words “war-torn” or “formerly war-torn” or “formerly war-torn communist nation now enjoying unprecedented economic success.” The really clever ones would get excited by the KFC outlets, too.

For reporters working there day-to-day and for the general population it was that unprecedented economic success that preoccupied us. In the mid-2000s Vietnam had one of the highest growth rates in the region and our relentless cliché was “booming’, not war-torn.
By 2010 that boom was beginning to quieten. Systemic corruption, lumbering state-owned enterprises and inefficiency were catching up. Shipbuilding SOE Vinashin defaulting on a US$600 million loan in December that year seemed somehow emblematic of both the rampant hopes and ultimate failures of Vietnam’s 21st Century boom times, or what the Wall Street Journal called a “poorly-policed transformation.”

Freedom of speech remains an issue and human rights are still an apparent barrier to closer relations with the United States, something Vietnam mostly wants to hedge against China whilst keeping relations with its large northern neighbour and staying friendly with everyone else, from the Philippines to Russia and India. There is also the visit by Party General Secretary Nguyen Phu Trong to the White House coming up. He has also been invited to visit Xi Jinping by Beijing. There have been plenty of high-level Vietnam-US meetings in recent years (2015 also marks the 20th anniversary of formal ties) but that between the head of the Communist Party and not the government is a new one.

With a Party Congress next year and opaque factional fighting from within it’s an interesting time in Vietnam. Chinese aggression in the South China Sea last year got to the point where it caused domestic security and economic issues after rioting at what turned out to be Taiwanese-owned factories. Chinese businesses were boycotted and citizens evacuated. There is still, according to reports, a downturn in the Chinese sector of the tourist market.

Dissidents are happy to use the China issue and the alleged failure of government to ‘stand up’ to China as a cloak to explore wider issues. Protests against Chinese incursions into Vietnam’s Exclusive Economic Zone in the South China Sea have been allowed over the past few years to send a message to Beijing, but they have been carefully managed. All this is the briefest précis, but this is the Vietnam of today and the war, that ‘American War’, does not figure in these issues.

What does the 40th anniversary mean in this context ? The communists are still in power and there are speculations next year’s Congress may well see some sort of showdown between Party men and government ; the two being separate entities and the latter far more business oriented. Keeping those in power where they are and managing public opinion to do this is important. In this way the huge celebrations in Saigon (yes, it’s still called that) can at least remind the public : we won, we have peace and prosperity and if we beat one great power we have nothing to fear from China. Certainly the April 30 parade was a very old fashioned, communist affair with goose-stepping soldiers and varied ethnic minorities in traditional dress. As war-era reporter Donald Kirk wrote for Forbes, “You had to be a VIP or a journalist to witness the display… While state TV footage repeated the parade endlessly, nobody could get near the parade route, less than a mile long, without a pass.” Lucky then, that no one cared enough to want to get anywhere near the parade. For most it was business as usual, except for even worse traffic.

But still, the symbolism remains important to those in power. Vietnamese-American writer Nguyen Qui Duc wrote on the 35th anniversary, from his home in Hanoi :
“They sure like to make a big deal of that victory. And believe me, 35 years later, that victory—the ‘liberation of South Viet Nam’ and the ‘nation’s reunification’ is a big deal. Some say it’s just a way for the party to maintain moral authority. We did it. We defeated a big country. We reunified the nation. That just went on and on and on on the loudspeakers for most of April.”

May Day followed, which could reinforce the communist narrative but most people were just happy for a long weekend, especially given how many restaurants and shops offer specials and discounts.

Though I was watching from a distance the whole thing reminded me of the 2010 Millennium celebrations in Hanoi. A ten-day cycle of events was planned and mismanaged at every turn. They were greeted with deep cynicism by Hanoians who despaired at the wasted money and total inefficiency even as hundreds of people in the central coast areas lost their homes to floods and storms. It didn’t help that the giant cache of fireworks planned for the tenth and final day of events blew up days early and killed four, leaving a mushroom cloud across the southwest part of the city which blazed across social media but only made into the press briefly, before being pulled.

Younger people are not cynical about that war ; they are curious. Their education regarding it was scarce. On the one hand a grand historical narrative and myth of selfless heroism and victory against the odds (very similar in that way to Australia’s Anzac myth and Gallipoli, minus the victory). On the other painstaking but banal detail : this much ordnance, this many troops. The gulf in between is hazy but they know what is in there is still “sensitive”. Not just the forced labour in malarial re education camps or the exodus by sea of so many, but even much of the context of what was first a civil war.

The death of General Giap, architect of earlier victory against the French, meant something to everyone. The events surrounding his funeral were respectful and sombre. Anecdotally I heard the same thing from many friends, foreign and Vietnamese : Giap represented what was best in the national spirit and reminded people of a time when they might have been poor, but there was still a strong sense of community and sacrifice. These days that seems gone in the headlong rush into capitalism and development. However the war-era nostalgia is actually older than that. Diplomat and author Ho Anh Thai was writing about it decades ago. His novella Behind the Red Mist imagines a young man sent back to 1967 to war-era Hanoi. He not only sees his parents’ courtship but learns more about the war no one talks about in his present-day Hanoi. What is striking in the story is the yearning for belief : back then people were prepared to undergo hardship or even death, because they believed in a cause, or their country. Now, wartime privations make a fun theme for a fashionable restaurant, or chain of cafes.

But in the end the conclusion seems to be the same : we have peace finally and prosperity. It shares the same shape as the official narrative, but the difference could be that people are willing to question parts further, when they’re not too busy making money.

Helen Clark writes for The Diplomat’s Oceania section. She was based in Hanoi for six years as a magazine editor and reporter writing for numerous outlets including Time, The Economist, The Global Post and the Australian Associated Press.

La diaspora vietnamienne en Suisse / 1975-2005
Caroline Thuy Co Hoang

Etudiante en Lettres

Je suis moitié vietnamienne née en Suisse. Je ne suis jamais allée au Vietnam, je n’étais même pas née le 30 avril 1975, alors de quoi puis-je donc bien
témoigner aujourd’hui ? Que représente pour moi le 30 avril 1975 ?

Le témoignage que je viens aujourd’hui apporter, c’est celui d’une jeune Vietnamienne qui n’a pas connu la guerre, qui n’a pas connu les camps, qui n’a pas connu les bateaux, les privations, les souffrances. Ce dont je viens témoigner, c’est du point de vue qu’un jeune peut avoir à l’égard de l’histoire.

Car le 30 avril 1975 est une date historique. Tout jeune Vietnamien devrait connaître cette date qui représente l’un des repères de l’histoire du 20 siècle, tout autant
que la fin de la Première Guerre mondiale en 1918, et de la Deuxième Guerre
mondiale le 8 mai 1945. Avec le 30 avril 1975, l’histoire du Vietnam a basculé, et
avec elle, c’est l’histoire d’un peuple tout entier, et c’est aussi notre histoire, à
nous les jeunes Vietnamiens de la deuxième génération. Sans le 30 avril 1975,
nous ne serions certainement pas ici.

Chaque jeune Vietnamien en Suisse revendique son origine avec fierté. Nous
aimons le Vietnam, nous aimons la cuisine vietnamienne, nous aimons les valeurs
vietnamiennes, nous aimons la notion de famille et de solidarité vietnamiennes.
Nous aimons aussi la Suisse, la vie en Suisse, nous avons la chance de connaître
une existence stable avec le droit à l’éducation, les libertés fondamentales et
notre avenir est ouvert dans ce pays. Cette double identité est le fruit du 30 avril
1975. C’est la raison de notre double appartenance. Chaque fois que j’explique autour de moi que je suis d’origine vietnamienne, ces mots me rappellent qu’il y
a eu avril noir, qu’il y a le non-retour pour les Vietnamiens qui étaient déjà partis,
comme mon père et beaucoup d’autres, et qu’il y a eu tous les boat-people après
eux.

En tant que Vietnamienne de la deuxième génération, je pense qu’il faut affirmer
sa double culture, mais je pense aussi qu’il ne faut pas oublier pourquoi nous
avons cette double culture, pourquoi nous sommes des Vietnamiens de la diaspora,
pourquoi nous vivons en Suisse et pas au Vietnam. A cet égard, le 30 avril 1975 fait
partie intégrante de notre identité de Vietnamiens de la deuxième génération
parce qu’il marque le symbole de la naissance des communautés vietnamiennes à
l’étranger, dont nous faisons partie.

Il ne s’agit pas aujourd’hui de faire revivre le passé, il ne s’agit pas de vengeance.
Il s’agit de respect. De respect pour notre propre identité, pour nous-mêmes.
Comprendre avril 1975 c’est pour moi comprendre ma propre histoire, et
l’histoire de tant d’autres. Vouloir oublier cela, c’est comme vouloir effacer notre
origine, effacer le tournant de l’histoire qui nous a conduit où nous sommes. On
n’efface pas l’histoire. L’histoire reste. Et respecter l’histoire, c’est aussi la
comprendre et en tirer les leçons. Et celle d’avril 1975 est pour moi une grande
leçon de vie. C’est l’histoire de millions d’espoirs brisés, d’illusions perdues, de
rêves volés. Car le 30 avril 1975 n’est pas la simple et heureuse réunification du
Vietnam. Si ça avait été le cas, personne ne serait parti.

Il y a un an, lors d’un colloque que la Ville de Genève organisait avec les autorités
vietnamiennes, j’ai posé la question à un cadre communiste vietnamien du
Ministère de la Culture : « Pourquoi croyez-vous que plus d’un million de
personnes ont quitté le nord en 1954, pourquoi croyez-vous que plus de deux
millions de personnes ont fui le pays après 1975, sans compter tous ceux qui sont
morts ? Pourquoi ont-ils risqué les pirates, la famine, les viols, la pire pauvreté, la
solitude, la mort ? Pourquoi ? » – Parce que, m’a-t-il dit, ils ont été trompés par les
mirages de l’Occident. Le gouvernement communiste vietnamien a encore
aujourd’hui une attitude hypocrite et pernicieuse à l’égard de l’histoire du peuple
vietnamien. Il ne veut pas reconnaître l’échec de son système et jette plutôt le
blâme sur l’Occident. Grosso modo, nous avons été aveugles, et notre vie en
Occident n’est qu’un mirage. Un mirage ? Je pense plutôt que c’est la liberté et les perspectives d’avenir au Vietnam qui ne sont que des mirages. Les promesses du gouvernement vietnamien sont des mirages, même des mensonges.
Je me suis beaucoup intéressée à l’histoire du Vietnam et comme n’importe quelle
jeune en Suisse, j’ai accès à l’information des bibliothèques, des sites internet de
tout genre. Et à force de recherche, je me suis rendue compte que l’analyse de
l’histoire du Vietnam est remplie de mensonges. De mensonges que le
gouvernement communiste a subtilement introduit et laissé grandir, des fausses
idées que l’inconscient collectif accepte aujourd’hui comme des vérités historiques.
Alors en venant parler aujourd’hui d’un événement passé, j’essaie de jeter un
regard nouveau sur le 30 avril, je viens témoigner et rappeler certains événements
que trop de gens ne connaissent pas et qui viennent donner un autre éclairage à
l’histoire.

Je vais simplifier au maximum car la liste serait longue mais voici quelques
caricatures dont s’est nourri le gouvernement communiste, contrebalancées par
ma vérité :
La guerre a été une guerre du peuple vietnamien contre l’envahisseur colonialiste
impérialiste américain. NON ! La guerre a été voulue par le gouvernement de
Ho Chi Minh, soutenu par le bloc communiste de l’Est, Moscou en tête, pour
étendre l’emprise communiste à tout le Vietnam. C’est une guerre fratricide où
Hanoi a su tromper de bons nationalistes en leur faisant croire que le seul moyen
d’acquérir l’indépendance du Vietnam, c’était la guerre.
Les Américains ont été les auteurs des pires horreurs durant la guerre, notamment
le massacre de My Lai. VUE PARTIELLE ET INCOMPLETE !! Les génocides n’ont
pas été le privilège des Américains. Les Viet Cong et l’armée du nord ont rompu
la paix du Têt Mâu Thân en 1968 et ont attaqué de nombreuses villes au Sud, tué
des milliers de civils, leurs propres frères, dans des exécutions sommaires, en les
jetant dans des fosses communes, notamment à Huê où la population a été
massacrée.

Des moines se sont immolés en 1963 en signe de protestation face au
gouvernement de Ngô Dinh Diêm au Sud. Longtemps, les bonzes de l’Eglise
bouddhiste unifiée ont été les partisans de la paix. Oui, mais qui sait au monde
que à peine six mois après cette paix tant attendue par certains, en novembre
1975, 15 religieux se sont immolés à la pagode de Duoc Su en signe de protestation
face à la violente répression de la religion par le gouvernement communiste. Ce
même gouvernement s’est hâté de camoufler l’affaire en affirmant qu’il s’agissait
de détraqués sexuels. Les membres de cette même Eglise sont encore aujourd’hui
emprisonnés, maltraités et réclament haut et fort la liberté de religion et les
droits fondamentaux pour le peuple vietnamien.
La population chinoise a fui le Vietnam par centaine de milliers de personnes.
Complot de Pékin, clame le gouvernement vietnamien. MENSONGE à nouveau.
La population chinoise a été particulièrement maltraitée par le gouvernement
communiste et a choisi l’exode plutôt que les privations, les humiliations,
l’endoctrinement, voire la mort dans les camps. Et elle n’est pas la seule, plusieurs
millions de Vietnamiens ont fait ce choix au nom de la liberté.
Aujourd’hui, 30 ans après, ces mensonges perdurent dans l’imaginaire des gens.
Alors moi qui n’ai rien vécu de tout cela, moi qui ai la chance de vivre en sécurité,
en paix en Suisse, la moindre chose que je puisse faire, c’est jeter un regard
respectueux sur le passé. Un regard dénué de haine ou de vengeance, mais un
regard lucide et honnête. Mais aussi un regard plein d’espoir. D’espoir que rien
de tout cela ne pourra jamais se reproduire, et c’est aussi la leçon que l’histoire
peut nous apprendre. Connaître l’histoire pour éviter qu’elle se répète, pour
éviter que l’indicible ne devienne banal, éviter que le crime ne s’humanise ou soit
dénué de son horreur. Il s’agit d’espérer que bientôt chaque personne au Vietnam
pourra être libre de témoigner de sa propre histoire sans craindre les
répercussions gouvernementales sur sa famille, sur ses proches, sans se sentir
forcé d’encenser le régime pour sauver sa propre peau ou vivre un peu mieux.
J’espère sincèrement que viendra bientôt le temps où chaque Vietnamien pourra
vivre librement dans un pays où il sentira qu’il peut œuvrer, et non dans un pays
où le rêve collectif est de pouvoir s’en échapper.