PAYSANNES : « Femmes méritantes pourtant méconnues » !

Dernier ajout : 13 novembre 2014.

PAYSANNES : « Femmes méritantes pourtant méconnues » !

Les femmes constituent un facteur essentiel dans le développement global de la société vietnamienne.
Au sein de l’Assemblée Nationale, la plus haute autorité du pays, les femmes vietnamiennes occupent 27,3 % des sièges, pourcentage qui fait dire aux représentants onusiens que « les Vietnamiennes sont les plus représentées politiquement au monde ». Quant au niveau de formation, elles sont 36,24 % à accéder au niveau licence, 33,95 % au niveau master et 25,96 % à celui du doctorat.
Représentant 51 % des forces de travail au Viêt Nam, les paysannes « bienfaitrices de l’économie » (selon le journal Femmes vietnamiennes du 8/3/ 12) jouent le rôle principal dans la production agricole, tout en assumant les travaux domestiques et en s’occupant d’élever et d’éduquer les enfants.

Pourtant constamment ce sont elles les moins reconnues, les moins récompensées :
Au sein du foyer :
-  Dans la tradition qui privilégie le sexe masculin, elles sont refoulées au rang inférieur, quelquefois d’elles-mêmes, inconsciemment elles se rangent en arrière. Très souvent du fait de la pauvreté, la famille n’ayant pas les moyens de faire faire des études par tous les enfants, elles en excluent les filles au profit de leurs frères.
-  Elles doivent assumer toutes les tâches des champs, y compris les plus lourdes et aussi toutes les tâches familiales.
-  Les femmes doivent également s’occuper de la famille du mari, prendre soin des vieux parents de leur conjoint (les centres d’hébergement pour personnes âgées n’existent pratiquement pas encore au Viêt Nam sauf cas très rares, seulement dans de grands centres urbains).
Dans la société :
-  Ayant un petit niveau d’instruction, peu d’occasions d’accès à une formation plus avancée, elles n’ont que de minimes chances de promotion. Elles ont renoncé aux rêves de métiers de leur jeunesse.
-  Travaillant essentiellement dans l’agriculture et traditionnellement en riziculture, elles vivent repliées dans le village natal. La plupart n’osent pas aller à la ville. Mais elles maîtrisent leurs cultures, leurs paires de buffles, leurs cochons… ;à l’intersaison elles font commerce de quelques fruits et légumes, de poissons, de crevettes au profit de l’amélioration du menu familial et des études des enfants.
Beaucoup de femmes, faute de terres disponibles pour la culture, ou sans occupation à l’intersaison, cherchent du travail en dehors de l’agriculture.
*Dans leur région même :
-  Si la région recèle des métiers artisanaux et si ces femmes connaissent le métier, leurs gains peuvent être notables.
-  Mais certains métiers impliquent des risques, les accidents du travail guettent la main d’œuvre manuelle des carrières de pierre, des briqueteries artisanales ; l’effondrement d’une briqueterie a ainsi, en 2008, tué 6 ouvrières, en blessant 4 autres, des mères, des épouses de moins de 40 ans.
*En ville :
-  Sans formation professionnelle, la plupart du temps, ces femmes choisissent de petits métiers sans trop d’exigences, comme aide dans la restauration populaire et, plus nouvellement, aide-ménagère dans les familles : un métier très demandé mais où elles se font arnaquer au niveau du salaire, de l’horaire de travail…sans parler des risques de soupçons, de jalousie, pouvant induire de mauvais traitements.
-  Nombre de femmes, cherchant notamment à payer les études de leurs enfants, s’orientent vers la brocante/collecte ambulante des déchets (buôn dông nat ), ou vers le travail de manœuvre sur les chantiers de construction, tous travaux précaires, fatigants, aux longues journées, très exposés aux accidents.
-  Parmi les jeunes quittant la campagne, un grand nombre va dans les centres industriels. Ces ouvrières, en général n’ayant pas de formation professionnelle, doivent se contenter d’un petit salaire sans espoir de promotion. Il ne leur reste presque rien à épargner. Si elles se marient, ont un/des enfants, le couple se retrouve souvent incapable de couvrir les besoins primaires de sa petite famille, la grande difficulté étant la garde des enfants qu’il faut se résoudre à confier aux (vieux) parents restés à la campagne.

Il faut évoquer particulièrement de sérieux points noirs.
- La pauvreté engendre parfois la honte.
Le trafic des femmes, jeunes filles ou même fillettes, alimente les maisons closes notamment de la Chine, du Cambodge, de la Malaisie…et fournit des épouses aux Chinois, surtout de la campagne profonde.
Hors trafic, notons le choix volontaire de jeunes campagnardes, surtout des zones difficiles, pour atténuer les difficultés de leur famille, d’accepter des mariages avec des étrangers, en particulier avec des Chinois. Mais les différences culturelles, de mœurs et surtout le fait de devoir payer (l’agence matrimoniale et la famille de la jeune fille) sont, dans la grande majorité des cas, la source de mauvais traitements que le mari et sa famille ne se privent pas d’infliger aux femmes vietnamiennes tombées à leur merci.
- Le problème de l’égalité sexuelle.
Malgré les nombreux progrès enregistrés au Viêt Nam, beaucoup reste à faire en matière d’égalité sexuelle, notamment pour les paysannes subissant encore maintes inégalités.
*dans les rapports familiaux où les actes de violence des époux envers leurs conjointes, certaines restant handicapées pour la vie, mais aussi les abus sexuels et les atteintes au moral touchent 58 % des femmes (selon une étude conjointe du gouvernement vietnamien et d’organismes de l’ONU en 2010).
*dans les rapports de travail l’inégalité sexuelle se manifeste par l’offre aux femmes de postes à bas salaires jugés du genre « féminin » comme nurse (gardienne d’enfants), cuisinière des cantines… ou bien pour un travail identique au même niveau de qualification par un salaire inférieur à celui des hommes. S’y ajoute le handicap des maternités et des interruptions du travail pour élever les enfants.
Mais le comble des inégalités qu’endurent les femmes paysannes , c’est
qu’elles ne bénéficient toujours d’aucun régime social de maternité. Sur une
population féminine de plus de 45 millions, environ 30 millions de femmes
vivant à la campagne (on doit y ajouter les citadines qui font des métiers libres)
sont exclues des droits au régime social de maternité, notamment elles n’ont pas
de suivi médical durant la grossesse, elles ne jouissent pas de congés pré ou
post natal. Les paysannes s’interrogent : pourquoi sont elles privées de ces
droits ?
C’est une honte qui persiste 69 ans après notre Déclaration
d’Indépendance. Il s’agit des intérêts à long terme de la Nation. Naturellement
la question des sources financières se pose mais la mise en application d’une
politique de maternité au profit de toutes les femmes vietnamiennes sans exception est un devoir indispensable. Le problème doit être examiné avec sérieux par tous les organismes responsables pour aboutir à une solution.

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Les agriculteurs ont apporté la part la plus importante à la sauvegarde et à la préservation de la Nation . Mais le paysan ne jouit que très peu des acquis du « Dôi Moi ». La paysanne laborieuse, soigneuse, méticuleuse, bonne gestionnaire, est encore moins bien lotie. Pourtant elle est en tête de la contribution aux énormes succès vietnamiens.
Comment pouvons-nous continuer à méconnaître ses apports ?
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