RÉDUCTION DE LA PAUVRETÉ : OBJECTIF DE L’ÉTAT OU DU PAUVRE ?

Dernier ajout : 13 novembre 2014.

RÉDUCTION DE LA PAUVRETÉ :
OBJECTIF DE L’ÉTAT OU DU PAUVRE ?

En 1945, juste après la Déclaration de l’Indépendance du 2 septembre, l’Oncle Hồ a dit “La survie du pouvoir révolutionnaire est menacée par 3 ennemis : la faim, l’ignorance, les agresseurs étrangers”.
Après 30 années de lutte, notre peuple a réussi, fondamentalement, à vaincre les agresseurs étrangers. Pour assurer le développement de notre peuple, il nous reste à vaincre les 2 ennemis restants.
Selon une estimation de la FAO, en 2008, 90% des Vietnamiens pauvres vivaient à la campagne.

De nombreuses politiques pour la réduction de la pauvreté ont été mises en place. Ce combat a été bien mesuré, notamment dans le cadre des objectifs millénaires de l’ONU, quand, en vingt ans (1990-2010), le taux des pauvres est passé d’environ 60% à 20,7%, sur une population de près de 90 millions d’habitants. En 2005, le Vietnam a même été salué comme l’un des pays pauvres ayant atteint avant terme le premier objectif millénaire, la lutte anti-précarité (réduction de 50% du taux de pauvreté en 2015).
Ces politiques couvrent de nombreux domaines, de l’amélioration des infrastructures (notamment l’électricité, les routes & communications, les établissements scolaires, les centres médicaux) à l’aide pour l’accès à un logement solide, l’aide en semences (végétales, animales), la formation professionnelle, l’accès au crédit à faible taux d’intérêt, l’aide pour une embauche à l’étranger…
Cependant, les résultats de ce travail se révèlent non-durables. Il reste de nombreux problèmes :
1. faiblesse de l’investissement dans l’agriculture,
2. éparpillement des politiques de réduction de la pauvreté,
3. contexte de dégradation économique actuelle,
4. le problème central c’est qu’il n’y a pas de connexion entre des politiques d’ensemble de développement économique national et régional avec celles de réduction de la pauvreté.

Dans la logique des choses, il est clair que la réduction de la pauvreté ne pourra avoir de résultats durables que si :
-  l’économie nationale se développe réellement et durablement,
-  l’appareil étatique aux divers niveaux fonctionne bien et raisonnablement,
-  l’environnement est respecté, protégé, préservé.

CES TROIS FACTEURS EXERCENT UN IMPACT MAJEUR SUR LA RÉDUCTION DURABLE DE LA PAUVRETÉ or :

A. Le modèle économique actuel est obsolète

Nous avons choisi de développer l’industrie en nous appuyant sur l’exploitation des ressources naturelles, de la main-d’œuvre à bas prix et des investissements étrangers pour développer les exportations. Mais l’économie mondiale évolue maintenant vers le développement durable.
Dans son texte “Sur la réalisation des politiques de réduction de la pauvreté, de la faim au Vietnam de 2011 à 2020”, le Professeur Docteur Trần Ngọc Hiên, (Institut National de Politique et d’Administration de Hồ Chí Minh Ville) analyse le problème tant dans le secteur officiel que dans le non-officiel.
Dans le secteur officiel – secteur étatique – la pauvreté est due aux bas salaires qui ne couvrent que 60 à 65% des besoins essentiels. Ce niveau de salaire est insuffisant pour la simple récupération de la force de travail, il ne peut donc être question de créativité en vue de l’augmentation du rendement et de l’élévation du niveau de vie du travailleur.
Le paradoxe c’est que les entreprises – domestiques comme étrangères – s’empressent de se baser sur ce niveau de salaire pour fixer le leur sans tenir compte ni du rendement, ni de la qualité ou de l’efficacité du travail.
À la campagne, à l’heure actuelle, la pauvreté est différente de ce qu’elle était autrefois. De nos jours, elle subit le rythme de mise en place de projets qui ne se préoccupent que d’en attirer d’autres pour viser la croissance économique et oublient l’obligation d’assurer la vie de la société. Cette défaillance se remarque nettement dans la récupération des terres, le relogement des habitants locaux. La conséquence la plus visible c’est la perte de l’emploi, des moyens d’existence, et l’accroissement de la pauvreté.

La réalité montre qu’« il faut accoupler le travail de réduction de la pauvreté avec le changement de modèle économique, la rénovation de la réflexion et les méthodes de gestion ».

B. La faiblesse en organisation, en administration de l’appareil étatique à tous les échelons

Quand on fait le bilan des résultats du travail de réduction de la pauvreté, ce facteur n’est pratiquement jamais pris en compte alors que ses effets sont assez importants. Plus profondément, c’est du fait de la perception de la pauvreté comme étant de la faute du pauvre lui-même, que ce dernier est mésestimé sous l’effet d’une attitude de supériorité des distributeurs de faveurs, générant un comportement de “quémandeur-octroyeur” dénué d’humanité, de sentiment de responsabilité.

L’impact est plus grave lorsqu’un programme est construit de manière passive, poussé par un événement, une situation plutôt que de plein gré, d’une manière bien réfléchie à la suite d’études menées sur toutes les dimensions du problème.

Faute d’organisation et de gestion sérieuses, on assiste à d’importants gaspillages lors de l’étude et de la réalisation des projets socio-économiques. Un exemple typique : le projet de plantation de cannes à sucre et de fabrication du sucre de 1995. “Ce projet n’est pas simplement économique, il comporte une dimension humanitaire, avait insisté, à l’époque, Nguyễn Công Tạn, alors Vice Premier Ministre responsable de l’agriculture, la canne jouant le rôle de plante pour la réduction de la pauvreté des populations de la campagne profonde, créant beaucoup d’emplois”. Le projet comporte deux volets : agricole et industriel. D’après Nguyễn Thanh Sơn, Directeur de la Compagnie par Actions Canne à sucre – Sucre de Bến Tre, le volet industriel occupe 20 – 25 % du prix de revient et “marche assez bien”. Pour le volet agricole, qui en représente 70 – 80 %, il aurait fallu des directives fermes des autorités concernées pour créer des aires de production concentrées où l’on pourrait la mécanisation, appliquer des techniques avancées pour améliorer la qualité de la canne et élever la compétitivité de la branche. De nombreuses sucreries furent construites, du Nord au Sud, tandis que la canne était laissée à l’initiative des paysans. Au début, ceux-ci plantent bien la canne. Cependant dès qu’apparaît la possibilité de gains meilleurs avec une autre culture, hop, nos paysans abandonnent allègrement la canne à sucre et la remplacent par la nouvelle culture. Nombre d’usines ont dû ainsi, à beaucoup de reprises, tourner au ralenti.

C. L’environnement dans lequel nous vivons se dégrade sérieusement, il n’est pas respecté, protégé, préservé

Tout en développant l’économie, il faut constamment protéger l’environnement qui est une ressource particulièrement précieuse, mais très vulnérable. Moins de 30 ans après le Doî Moî, la dégradation de l’environnement au Vietnam s’accentue avec un effet direct sur le degré comme sur l’envergure de la pauvreté, de la faim dans notre pays. On peut le constater sur quelques aspects :
D’abord, c’est la conséquence de la production industrielle. Les zones industrielles, les usines polluent les cours d’eau, les nappes souterraines, l’environnement, les champs, les rizières dans les alentours de leurs implantations suite à la non-observation de la réglementation liée au traitement des déchets. L’environnement, les moyens de production sont agressés, les maladies, les soins appauvrissent la population.
Ensuite, il faut savoir que la production agricole elle-même engendre la pollution du sol, des étangs, cours d’eau, des nappes d’eau souterraines, la presque totalité des déchets agricoles, mais aussi jusqu’à 50 voire 70% du volume des engrais chimiques non résorbés par les cultures ne font pas l’objet de traitement approprié et sont laissés tels quels dans la nature. A cela il faut ajouter les déchets ménagers, les eaux usées rejetés par les habitants, traités très rudimentairement ou sans l’être du tout.
Troisièmement, ce sont les effets du changement climatique mondial : le niveau de l’eau de mer s’élève, couvre de grandes superficies, réduit les surfaces vitales, en particulier dans les 2 grands bassins aux deux bouts du pays, les plaines le long des côtes du Centre, le Vietnam étant l’un des 5 premiers pays touchés dans le monde par le phénomène.

S’agissant d’effets de l’environnement sur le développement socio-économique du Việt Nam, on doit inclure les valeurs géo-économiques qui y sont attachées. Avec ses 3260 km de côtes, ses plus de 3000 îles et îlots, une superficie maritime triple de celle du continent, ce sont autant d’atouts pour une croissance économique qui réduira la pauvreté, à travers l’exploitation des potentiels de la mer.

De près, comment se présentent les programmes de réduction de la pauvreté ?

Pour mieux comprendre le travail de réduction de la pauvreté déployé depuis plusieurs années, examinons d’abord les 2 programmes d’objectif national, les plus souvent cités.

1. Le Programme 135 (Résolution 135/1998/QĐ-TTg) vise le développement socio-économique des communes particulièrement en difficulté dans les zones d’habitat des ethnies minoritaires et des populations montagneuses.
Les objectifs concrets de la première phase (1998-2006) :
• Développer la production, élever le niveau de vie des foyers minoritaires ;
• Développer les infrastructures de base ;
• Développer les services publics indispensables tels l’électricité, les établissements scolaires, les centres médicaux, l’eau courante ;
• Élever le niveau de vie culturelle.
Les objectifs fondamentaux de la deuxième phase (2006-2010) :
• Inciter à l’amélioration rapide de la production,
• Pousser la transformation de la structure de l’économie agricole en vue d’une production marchande,
• Rehausser la vie matérielle, spirituelle de la population,
• Rétrécir l’écart du niveau de développement entre les diverses ethnies et entre les différentes régions du pays,
• En 2010 : éradiquer la faim de la zone, amener le pourcentage des foyers pauvres en dessous de 30%.
Dans la phase 3, en cours, le programme donne la priorité à 2 contenus :
• Aide liée aux infrastructures de base,
• Aide pour le développement de la production.

Suite aux deux premières phases, des améliorations socio-économiques ont été enregistrées. Une forte réduction du nombre des foyers pauvres des ethnies minoritaires est constatée : de plus de 57,2% en 2007 le taux est ramené à 49,2% en 2012. Le revenu des habitants accuse une hausse d’environ 20% après 5 ans. De nouveaux progrès sont enregistrés, ces régions disposent de voies de communication des communes aux hameaux, de l’électricité, d’ouvrages hydrauliques, d’écoles, de centres médicaux, de bureaux de poste.
À noter un plus du programme 135, phase 2, dans l’organisation, la distribution des tâches. Plus de démocratie, car en 2010, jusqu’à 85% des travaux/projets du programme 135 ont été décidés après consultation de la population, 45,9% des travaux entrepris par les communes elles-mêmes, un pourcentage doublé par rapport à précédemment.

2. Un autre programme d’objectif national : le Programme 30a (Résolution 30a/2008/NQ-CP du 27/12/2008) est un programme destiné à la réduction rapide et durable de la pauvreté dans 62 districts les plus pauvres du pays.
La grande majorité de ces districts se situe dans les zones montagneuses et frontalières. Les familles précaires dans ces districts sont 3,5 fois plus nombreuses que la moyenne nationale. 2.400.000 d’habitants dont 90% viennent des ethnies minoritaires, y vivent. Le revenu moyen annuel par habitant se chiffre aux environs de 2.500.000 đồng, provenant principalement d’activités agricoles aux techniques arriérées.
Les objectifs fixés pour 2020 du programme :
-  réduire le taux de pauvreté pour le ramener au niveau moyen de la région,
-  multiplier par 5 ou 6 le revenu moyen des foyers,
-  le taux des travailleurs formés, recyclés dépassera 50%,
-  les réseaux des transports, des communications devront être accessibles pendant les 4 saisons depuis toutes les communes et des routes carrossables joindront les villages et hameaux,
-  presque la totalité des habitants auront accès à l’électricité
-  les habitants seront assurés de l’accès aux formations et études, au service sanitaire, aux activités culturelles, spirituelles préservant l’identité culturelle nationale.
4 groupes de mesures sont sollicités :
1. Aide à la production, à la création d’emplois, visant l’augmentation des revenus
2. Éducation, formation professionnelle, relèvement du niveau culturel
3. Encadrement des divers échelons et des équipes de service
4. Investissement dans les infrastructures de base des villages/hameaux, communes, districts

Notons par ailleurs la mise en place du programme de recrutement de 600 jeunes intellectuels, meilleurs diplômés du supérieur en renforcement de l’encadrement des Comités Populaires des communes relevant des 62 districts pauvres, en 2011. Ces jeunes manquant d’expérience et ne possédant que des connaissances livresques, en plus ne connaissant ni les coutumes et mœurs locales, ni les langues des ethnies, cependant, animés de l’ardeur et du désir de contribuer à une rapide éradication de la pauvreté, prêts à s’investir, très à l’écoute, ont obtenu en 3 ans des résultats positifs et ils jouissent de l’approbation des habitants de ces districts.

Globalement, les résultats des expertises montrent qu’il y a trop de programmes de mêmes objectifs sur une même aire d’application : le Programme 30a, le Programme 167 ; le Programme de construction de la campagne nouvelle ; le Programme de plantation de 5 ha de forêt ; le Programme 135 ; le Programme d’objectif national sur la culture ; l’Aide directe en liquide aux habitants des foyers démunis dans les zones difficiles selon la Résolution 102QĐ-TTg ; le Programme de formation professionnelle aux travailleurs de la campagne ; le Programme d’Objectif National sur l’Eau potable & l’Hygiène de l’Environnement rural ; le Programme d’aide de Viettel…

Le 28/7/14, le Vice Premier Ministre Vũ Văn Ninh, Chef du Comité Central de la Direction de Réduction durable de la Pauvreté a signé la décision de la création d’un Comité central de Direction de révision avec tâche de proposer des rectifications aux politiques de réduction de la pauvreté dans le sens de la durabilité. Cette proposition doit être prête avant le 30/9/14 pour présentation à l’approbation du Premier Ministre et du Gouvernement. Vũ Văn Ninh recommande de se centrer sur l’objectif de la réduction durable de la pauvreté, de privilégier les bénéficiaires dans l’ordre : les foyers pauvres très nécessiteux des ethnies minoritaires les moins nombreuses, les foyers minoritaires très nécessiteux, les foyers pauvres en général.
Tout en nous associant aux recommandations de précautions du Vice Premier Ministre, nous soulignerons toutefois que :
α. Vu le climat politique actuel de la région du Sud-Est Asiatique, oui pour le choix d’un rythme posé, bien réfléchi, mais la rapidité est un facteur prioritaire, donc il est important d’établir une liste de priorités,
β. La priorité des zones doit être dans l’ordre : 1. les côtes, les îles et d’abord celles donnant sur la Mer Orientale ; 2. les zones frontalières, en particulier le Nord-Est, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.

Dans les objectifs, tous sont importants mais donnons la priorité à :
a. l’éducation-la formation professionnelle notamment celle des marins-pêcheurs,
b. aux questions financières en particulier le niveau des emprunts à taux préférentiel surtout pour les foyers de pêcheurs qui doivent pouvoir disposer d’une flotte moderne de bateaux de pêche.

Pour l’ensemble du travail de réduction de la pauvreté, le mot d’ordre doit être la QUALITÉ, car si en permanence on pense et on agit avec qualité, il en résultera des “productions matérielles et spirituelles” de qualité. Il n’y a pas de raison de faire l’effort de changer, pour accepter de n’avoir qu’un revenu par habitant de 1400 dollars américains au lieu de 7000, parce que nous pensons et agissons peu/pas encore avec le souci de qualité (chiffres cités par Olin McGill, expert international de développement de l’environnement d’affaires à un colloque de l’Institut Central de Gestion Économique à Hà Nội le 21/7/14).
Devons-nous rêver de voir apparaître un jour une société vietnamienne où on ne jurera plus que par la QUALITÉ, qu’une CULTURE DE LA QUALITÉ animera tous les moments de la vie ?
Si cela est, nous aurons trouvé les solutions à tous nos problèmes.