Santé Publique : un voyage Klaus Krickeberg

Dernier ajout : 26 juillet 2015.

Santé Publique : un voyage

 Klaus Krickeberg

Même dans un projet dont un des piliers est la rédaction de nouveaux textes pour l’enseignement de la Santé Publique et qui fonctionne par un échange de courriels presque ininterrompu entre enseignants-chercheurs vietnamiens et européens, il faut de temps en temps des contacts personnels. Nous nous réunissons donc une fois par an au Vietnam pour un "atelier", soit dans une seule université ou faculté de médecine, soit dans plusieurs que les participants étrangers visitent l’une après l’autre.

Le projet avait débuté en 2006 et faisait suite à mon travail dans le système de santé vietnamien entre 1978 et 2004, surtout à l’ancien Institut Pasteur de Hanoi devenu l’Institut National d’Hygiène et d’Épidémiologie (INHE). Il implique toutes les sept universités et facultés de médecine (ou, à Đà Nẵng, de technologie médicale) en dehors de Hanoi et Ho Chi Minh-Ville. Pour le 9e Atelier dont il est question ici nous avions choisi celles de Thái Bình, Hải Phòng, Tây Nguyên (à Buôn Ma Thuột) et Cần Thơ. Or, les horaires de Vietnam Airlines pour aller de Hải Phòng à Buôn Ma Thuột prévoyaient un délai de 24 heures et 15 minutes pour changer d’avion à Đà Nẵng. Nous avons donc ajouté au programme une longue réunion à Đà Nẵng, qu’il fallait raccourcir au dernier moment parce que le vol de Hải Phòng à Đà Nẵng avait environ 3 heures de retard. Heureusement les gens de Đà Nẵng sont très flexibles et motivés.

Notre groupe de quatre voyageurs consistait de ma compagne Helga, ancienne institutrice et très engagée dans l’éducation sanitaire, de Hajo et Steffen, deux collaborateurs de l’Institut Leibniz pour la Recherche sur la Prévention et pour l’Épidémiologie (BIPS) à Brème, et de moi. Le BIPS fonctionne un peu comme un Institut Pasteur pour les maladies non-infectieuses. Il s’est joint à notre projet en mars 2014.

Arrivés à Hanoi le matin du 4 mars, Helga et moi avons tout de suite rencontré, comme chaque année, les amis à l’INHE, y inclus son ancien directeur, Hoàng Thủy Nguyên ; c’est lui qui avait rétabli les contacts avec l’étranger après la guerre franco-vietnamienne. Hajo et Steffen vinrent du Japon le soir du 4. Le 5 nous avions une longue réunion au Mi-nistère de la Santé avec la Directrice du Cabinet du Département de Recherche, Technologie et Formation du Ministère. Elle est d’ailleurs aussi enseignante de biostatistique à l’Université Médicale de Hanoi.

Parlons d’abord du cadre de notre voyage et ensuite du con-tenu. Le 6 et 7 mars nous étions à Thái Bình pour la visite d’un Centre Communal de Santé et le travail en commun. On me décerna le titre de "Professeur d’honneur".
La réunion à Hải Phòng se déroulait le 8, un dimanche et par ailleurs Journée Internationale de la Femme à laquelle on fait très attention au Vietnam. Néanmoins tous les enseignants et enseignantes concernés par la Santé Publique y étaient. La Faculté de Santé Publique est encore jeune à l’image de son animateur principal, qui a étudié à Paris et est toujours heureux d’échanger avec moi des paroles ou des courriels en français.
J’ai déjà mentionné notre séjour à Đà Nẵng le 10 mars.
A l’Université de Tây Nguyên le Département de Santé Publique de la Faculté de Médecine se réduit actuellement à une seule en-seignante, jeune et surchargée. Pourtant des personnes en dehors du Département s’y intéressaient et le 11 mars nous avons eu de longues discussions approfondies. La dé-cision principale prise : notre projet va développer la Santé Publique de la province de Tây Nguyên, très pauvre, avec tous nos moyens disponibles et chercher d’autres apports. En particulier, notre 10e Atelier, en mars 2016, aura lieu à Buôn Ma Thuột.

Un autre monde nous attendait le 13 mars à Cần Thơ. Une Vice-Présidente de l’Université de Médecine et Pharmacie est également Doyenne de la Faculté de Santé Publique qu’elle développe de façon très déterminée.

Et qu’est-ce que nous faisons dans nos ateliers ? Surtout pas de conférences des étrangers où l’on écoute passivement. Dans notre projet en général nous utilisons les échanges mentionnés au début pour élever le niveau des enseignants. Dans la première partie de chaque atelier nous leur demandons de présenter leurs travaux. Ils apprennent alors énormément de choses par les discussions qui s’ensuivent.

La deuxième partie des ateliers consiste en des "Sessions de travail" sur des thèmes très variés. Au Vietnam les études de médecine de base comprennent les cours de Santé Public fondamentaux ce qui est excellent mais ces cours sont mauvais et mal intégrés dans le cursus entier. Par conséquent il y a dans chaque atelier une session "Programmes des études". Voici quelques exemples d’autres thèmes qui ont été traités dans au moins un atelier :
-  Comparer les contributions de la Santé Publique, de la Médecine et de la Pharmacie à la santé de la population.
-  Qu’est-ce qu’un médecin doit savoir de la Santé Publique ?
-  Pourquoi les enseignants sont-ils surchargés ?
-  Les postes de travail dans la Santé Publique ne doivent pas être réservés à des médecins.
-  Histoire de la Santé Publique.
-  Enseignement de la Santé Publique auprès de la population.
-  Quels sujets pour les textes suivants ? Nos livres, toujours bilingues en anglais et vietnamien, apparaissent dans la série "Textes de Base en Santé Publique" que nous avons fondée dans la Maison d’Éditions Médicales de Hanoi. Les volumes sur l’épidémiologie, l’éducation sanitaire, la démographie, mathématique et statistique, et santé environnementale sont prêts. Dans le 9e atelier il y avait un consensus sur "Facteurs sociaux" et "Méthodes de travail, planification d’études scientifiques". Un sujet plus classique serait "Épidémiologie nutritionnelle et professionnelle".

Le projet est financé par la fondation "Else Kröner-Fresenius-Stiftung". Helga paie toujours elle-même ses voyages.

Vietnam National University Ho Chi Minh-City

 3rd April 2014

Conferment of an Honorary Doctorate of Mathematics on
Klaus Krickeberg
Acceptance Speech

My ties with Vietnam are old, about half a century old. I have visited Vietnam 29 times. This experience has much influenced my scientific work and my conception of science. Let me tell you how it all happened.

In the years 1960 I was a Professor of Mathematics at the University of Heidelberg in Germany. One day a student from Saigon approached me. He had a “licence” in mathematics, which is a degree between a Bachelor and a Master, and he wanted to acquire the German degree that corresponded to a Master. We became friends and I got interested in Vietnam. He is still my friend, and is among us today.

In the 1970s I was a Professor at the University of Paris V. At that time there existed in Hanoi already the forerunner of the present Mathematical Research Institute. It made great efforts to develop high-level research in both pure and applied mathematics. In 1972 it published an excellent English-Vietnamese Mathematical Dictionary and in this way created the modern Vietnamese mathematical terminology. It invited me and in summer 1974 I travelled from Paris to Hanoi by train. That was quite cheap, so I could afford it. I gave a 6-weeks research seminar in Vietnamese to mathematicians in Hanoi.

In those days scientists in Hanoi were of course very much isolated and eager to learn about new developments abroad. The first who came to me for discussions was the Minister of Higher and Intermediate Professional Education, Tạ Quang Bửu. He was also a mathematician and before the war he had played a role in mathematics in France. He is one of the founding fathers of modern Vietnamese science.

Later the Head of the General Statistical Office in Hanoi asked me to teach a course on sample surveys, which I did. It was probably the first course ever given in Vietnam on that subject ; nowadays it is being applied everywhere.

However, there were also many scientists from other fields who wanted to know about mathematical tools in their area. In particular people from the health sciences came to me. The first one was Tôn Thất Tùng, the foremost Vietnamese physician. Our contacts continued until shortly before his death.

In the year 1978 I lectured again to Vietnamese mathematicians, both in Hanoi and in Ho Chi Minh-City. Then the Head of the former Pasteur Institute in Hanoi, Hoàng Thủy Nguyên, persuaded me to make a plan for using in his institute mathematical methods for the study and control of infectious diseases. This I did and while doing it I realized that working in Public Health and applying there mathematical methods and mathematical ways of thinking would no doubt be an extremely useful activity.

So I started to work in the Vietnamese health system, and I got to know it on all levels and in every detail. First I organized high-level training of upper Vietnamese Health Personnel by French colleagues and by myself. This was financed over 10 years by the French Ministry of Foreign Affairs.

Then I worked with UNICEF on diarrhoea of children and with the German Society for Technical Cooperation (GTZ) on family planning. After that I took part in the Vietnamese-European Health Systems Development Programme.

Finally, in the year 2005, the Thaí Bình Medical University asked me for help in improving the teaching of Public Health. This gave rise to a project that has been growing all the time and is continuing. From the year 2008 on it has been funded by the German foundation “Else Kröner-Fresenius-Stiftung”. It concerns the training in Public Health of normal medical students a well as of specialists in Public Health. It covers now all provincial Medical Universities and Faculties in Vietnam. Besides other activities we have founded a series of bilingual books in the Medical Publishing House in Hanoi. It is called “Basic Texts in Public Health” and is the first book series in the health sciences in Vietnam. Here are our first three books in this series, on Epidemiology, Demography and Health Education. The next one will be on Mathematics and Statistics in Public Health, Medicine and Pharmacy.

Based on these experiences, let me give you my general impression of the Vietnamese health system. One of the great Vietnamese achievements in recent times has been the network of Commune Health Stations. However, it looks as if this is now being neglected and that it is decaying. Instead, private physicians are being privileged. In fact, unlike the Commune Health Stations they are not required to fulfil certain highly important duties such as health education of the population, various preventive measures and taking part in the Health Information Systems. In my eyes this is a real tragedy.

Finally, to conclude, let me make a remark on Vietnamese science in general. I am a member of the Academy of Sciences for the Developing World (TWAS), which also has a few Vietnamese members. This Academy carries on various programmes and awards various prizes. On the whole I found that the role of Vietnamese scientists in activities of this kind is still fairly small. Much remains to be done. The Vietnam National University of Ho Chi Minh-City has been making great efforts in this direction. It has contributed a lot to building modern imaginative science in Vietnam. I am therefore very much honoured, very happy, and very grateful for receiving its Honorary Doctor’s degree.

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