Une campagne au Tonkin

Dernier ajout : 16 mars 2013.

Docteur Charles-Edouard Hocquard Une campagne au Tonkin
Edition présentée et annotée par Philippe Papin
Arléa 1999

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Qui croirait que le récit par un médecin militaire de la campagne du Tonkin en 1884-86 ne peut aujourd’hui intéresser que les experts de la colonisation ou ses nostalgiques se tromperait lourdement !

La lecture de l’étude du docteur Hocquard est absolument passionnante. Ce d’autant plus qu’elle bénéficie des apports de l’appareil de notes remarquable de Philippe Papin. Ce dernier accompagne, complète, précise, actualise les renseignements recueillis par Hocquard, confirme ou non ses descriptions, propose des traductions, des étymologies, commente le contexte du récit, bref, ajoute encore à la lisibilité de l’ouvrage par une érudition qui sait rester simple et savante à la fois.
La présence de 4 cartes et de 225 gravures réalisées d’après les photos de l’auteur (photographe passionné et doué) donne une présence exceptionnelle aux sujets abordés par Hocquard, et achève de faire de lui ce que Philippe Papin appelle justement un « peintre des travaux et des jours ».
Car ce médecin est un observateur curieux, précis, soucieux de comprendre et d’expliquer tout ce qu’il voit et particulièrement les êtres humains, leurs comportements, leurs coutumes, leurs croyances, les instruments de leur vie quotidienne. Son écriture est alerte, ses descriptions minutieuses mais jamais lourdes ni didactiques. En fait, elles sont animées par l’intérêt qu’il porte aux gens qu’il évoque : s’il voit l‘altérité, il n’en fait pas un exotisme et c’est là un fait rare en cette fin du XIXème siècle.

En effet, si l’on peut trouver la trace de certains préjugés de son époque dans le texte d’Hocquard elles sont rares et on ne peut qu’admirer la plupart du temps sa capacité d’empathie, la considération qu’il montre pour les hommes qu’il rencontre et le respect qu’il manifeste pour leur civilisation.
On croise, en suivant les huit expéditions de Hocquard dans tout le Tonkin mais aussi vers Da-Nang et Hué, des personnages d’importance, ambassadeurs, gouverneurs, mandarins, mais ce sont les artisans, les commerçants, les paysans, les coolies qui peuplent vraiment son ouvrage. Brodeurs, fabricants d’images, charcutier ambulant, cureur d’oreilles … tous sont décrits avec attention ainsi que les outils de leur art. La nécessité et l’intégration de leur profession dans la société tonkinoise sont précisées et des anecdotes vécues ou rapportées viennent tout naturellement se greffer sur la description, transformant ce qui pourrait être des notes ethnographiques en véritable récit, amusant, touchant, plein d’enseignements sur une société aujourd’hui disparue. Disparue… encore qu’on ne puisse nier reconnaître çà et là des permanences, dans les gestes artisanaux bien sûr, mais aussi dans la philosophie de l’existence : l’humour la débrouillardise, la solidarité, la capacité de résistance et de résilience sont des constantes que Hocquard sait voir et transmettre et qui forment sans nul doute un héritage culturel précieux qui ne s’est pas perdu.

La lecture de la Campagne au Tonkin du docteur Hocquard, est un moment de pur plaisir, de ceux qui vous offrent à la fois des savoirs et une complicité humaine rare et délicieuse. Françoise Paradis