Une expérience prometteuse

Depuis 2008 un programme d’association des familles à la rééducation fonctionnelle des victimes des épandages a été mis à l’essai dans les provinces de Thai Binh (nord) Quang Ngai (centre) et Dong Nai (sud). Il est intitulé Community on-site réhabilitation (réhabilitation sur place dans les communautés). Il est placé sous la responsabilité de l’École de Santé publique de Hanoi, sous l’égide du Ministère
de la santé. La durée de la première phase s’étend jusqu’à 2013.

Un premier bilan a été présenté le 9 juillet 2012 au Centre du VUFO pour les ONG (VUFO-NGO Center) par le Professeur Tran Trong Hai, président de
l’Association de Réhabilitation du Vietnam. Les résultats très encourageants font espérer sa généralisation progressive à tout le pays.

- Objectifs
Le but global est d’améliorer la qualité de vie des victimes de l’AO et des personnes souffrant de traumatisme de guerre et de favoriser leur insertion dans la communauté villageoise. Il s’agit de transférer aux victimes et à leurs familles les connaissances
utiles à la rééducation et de leur fournir une assistance technique, grâce à la formation d’éducateurs de terrain, eux-mêmes formés par les services centraux
de santé. On vise à augmenter la prise de conscience de la question et la circulation de l’information, ainsi qu’à développer des guides de mise en
œuvre et d’évaluation des résultats au niveau local, avec la création d’un Bureau de supervision au niveau des districts.

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6 000 victimes de l’Agent orange et de traumatismes de guerre connaîtront les méthodes de réhabilitation à la maison.
1 000 victimes seront dirigées à l’échelon supérieur pour des opérations appropriées.
900 victimes et traumatisés recevront des équipements d’aide.
600 membres des équipes locales augmenteront leurs compétences en réhabilitation.
Des livrets, des manuels et d’autre matériel éducatif seront édités.
Un rapport final sera établi.

- Domaines d’application

Les types de handicap visés par le programme sont au nombre de 7 :
• Difficultés motrices
• problèmes de vue
• problèmes d‘audition et de langage
• difficultés d’apprentissage
• troubles du comportement
• épilepsie
• cancers et autres maladies chroniques

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- Réalisations de 2008 à 2011
I-Transfert de connaissances et services d’aide
• Formation aux enquêtes sur les handicaps : 750 collaborateurs ont été formés et 15 000 victimes de l’AO et traumatisés de guerre ont été vues dans les trois provinces.
• Transfert de connaissance par des sessions de formation à la réhabilitation : 900 stagiaires formés
• Formation au suivi et à l’évaluation : 700 personnes. Trois réseaux locaux de collaborateurs ont été créés. Ils comportent 600 membres.
• Des fiches de diagnostic des besoins des traumatisés de guerre et de suivi de leurs progrès ont été mises au point. 5 900 personnes ont été suivies.
• Formation à la réhabilitation à domicile : 7 300 familles ont été formées (gymnastique, massages, exercices divers). 1 000 familles ont appris à fabriquer
du matériel utile aux traitements.
• Examens et aide en matériels : 6 700 bilans de santé (victimes de l’AO et traumatisés de guerre), 400 ont été opérés, 950 ont reçu du matériel (fauteuils
roulants, tricycles, chaises de bébé, prothèses auditives) et ont appris à s’en servir. 25 enfants ont eu de la chirurgie esthétique.

2-Amélioration des compétences des éducateurs et des équipements des services
• Équipement : 120 équipements ont été fournis a à des hôpitaux de province et de district (générateurs d’ultrasons, par exemple).
• Création d’un logiciel pour les besoins du programme (collecte des données, suivis individuels, rapports, informations…)
• Rencontres de suivi et d’évaluation des formateurs : tous les mois (point sur les mises en œuvre, entraînement aux techniques de réhabilitation, suivi des activités…)

3- Communication et partage de l’information
• 2 000 petites brochures sur la dioxine et son influence sur la santé
• 2 000 affiches sur la détection précoce de la dioxine et de ses troubles possibles
• Édition de manuels illustrés de croquis et de photos pour chacun des handicaps soignés à domicile
• Utilisation de la télévision nationale : 02 TV et VTV2 (présentations du programme, débats, matériel téléchargeable, clips vidéo sur les actions, clips vidéo pour la propagande en faveur de la réhabilitation des victimes de l’AO…)
• Émission sur les télévisions et radios des provinces et sur les radios locales (3 000 émissions sur les activités du projet, la détection des handicaps, l’action locale…)

Conclusions
L’expérience a remporté un vif succès dans la création d’un réseau de collaborateurs et montré l’efficacité du modèle de réhabilitation intégré au système de santé existant au niveau local, elle a impliqué différents secteurs et mobilisé les familles et les traumatisés de guerre pour les soins et la fabrication de matériel d’aide. Elle a obtenu des soutiens à différents niveaux. Une fondation pour le projet a été créée et le modèle d’organisation a été validé. Les victimes de l’AO et les traumatisés de guerre ont été traités systématiquement. Le concept de « Community Based Rehabilitation » [1] (CBR, Réhabilitation basée sur la communauté) a été largement accepté et
la participation des communautés a été très bonne.

En 2012-2013, l’action sera poursuivie et élargie, avec pour objectif de toucher tous les districts des trois provinces. Pour cela il faudra surmonter plusieurs obstacles : les ressources humaines pour les rencontres de formation des éducateurs sont limitées
 ; leurs indemnités sont faibles ; les victimes souffrant de handicaps graves ont des difficultés à bénéficier du programme.

Pour l’avenir, l’extension à d’autres provinces requiert une formation de leurs personnels de santé à la réhabilitation. Un effort particulier doit être fait en direction des grands handicapés. La clé du succès est le transfert des compétences aux familles et aux handicapés eux-mêmes chaque fois que possible. Le modèle implique trois composantes, la Santé, les Affaire Sociales et l’Association des victimes de la
dioxine. La coopération avec d’autres secteurs tels que l’éducation, la formation professionnelle et la recherche d’emplois doit être recherchée et consolidée.
Marie-Hélène Lavallard d’après le texte du Pr. Tran Trong Hai

Notes

[1Le programme ici présenté est une variante vietnamienne du programme international CBR qui a été utilisé à moindre échelle au Vietnam de 1987 à 2005 mais ne concernait pas les victimes de l’Agent orange.