Đừng đốt - Ne le brûlez pas de Dang Nhat Minh

Dernier ajout : 20 septembre 2011.

Les Mémoires du grand cinéaste Dang Nhat Minh, traduits du vietnamien par Vu Ngoc Quynh et Thanh Hoa, et adaptés par Alain Guillemin vont être publiés dans la collection "Cinéma" des éditions du Cerf. Dang Nhat Minh et ses collaborateurs nous ont fait l’amitié de nous communiquer les bonnes feuilles du chapitre consacré au tournage de son dernier film, Đừng đốt ! (Ne le brûle pas), que nous sommes heureux de publier ici.
Anne Hugot Le Goff

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Ne le brûlez pas

À la fin de l’année 2005, la découverte du Journal de la doctoresse Dang Thuy Trâm, sacrifiée au combat, mit en fièvre tout le pays. Le quotidien La Jeunesse fut le premier à publier des passages de ce Journal dans plusieurs numéros successifs. Finalement le Journal fut édité en volume [1]. Je ne restai pas indifférent à l’événement et achetai un exemplaire. À la lecture de l’ouvrage, ma première impression fut une immense compassion pour la jeune fille auteur du Journal. Une âme si sensible, si fragile est ainsi projetée dans un terrible champ de bataille. Je me souviendrai toujours de l’une des phrases de ce Journal : « Ici, il est plus facile de mourir que de prendre un repas ».

Il semble qu’aucune autre parole n’a mieux exprimé toute l’atrocité de ce coin de terre où elle a vécu. Je pense instantanément à la chanson « Bougie dans le vent » qu’Elton John a écrite après la mort de la Princesse Diana. Oui, vraiment, elle ressemble à la flamme d’une lampe dans la tempête. Les sentiments qu’elle exprime dans son Journal me font penser à mes sœurs cadettes, nées à la même époque qu’elle, éduquées dans un milieu semblable au sien, passionnées par le même personnage, Paven Corsaghin, dans le roman L’acier a été trempé. C’est une génération à laquelle je ne suis pas du tout étranger. J’ai donné le livre à ma sœur Dang Nguyêt Anh et elle se reconnaît dans le personnage de la jeune fille qui porte le même nom de famille que nous, Dang.

Le jour où je rendis visite à ma tante maternelle, le médecin militaire Nguyên Ngoc Toan, elle venait de terminer la lecture du journal et me demanda de rechercher l’adresse de la famille Dang Thuy Trâm à Hanoi pour faire sa connaissance. J’envoyai une lettre à Nguyên Trong Chuc, un vieil ami qui travaille au journal, La Jeunesse. Peu de temps après, Chuc me donna cette adresse. Je conduisis ma tante chez la famille de Dang Thuy Trâm. Cette famille habitait un logement situé dans une petite impasse près de la rue Dôi Cân. La maman, Madame Doan Ngoc Trâm, native comme nous de Hué, nous réserva un accueil très chaleureux. J’avais l’impression qu’elle faisait partie de notre famille depuis toujours. La sœur cadette était là aussi pour nous accueillir (toutes les filles de cette famille portent le prénom Trâm comme la mère, seul le prénom intermédiaire change).

Dans la conversation, Mademoiselle Kim lança une idée en l’air : " Cher Minh, si vous pouviez réaliser un film tiré du Journal de ma sœur, ce serait formidable".

Jusque-là à vrai dire, je ne pensais pas du tout à réaliser un film tiré du Journal. Ce journal est très intéressant, mais de là à en réaliser un film, c’est très difficile. Chaque page est un événement, un état d’âme, il n’y a pas de lien entre les choses, pas de structure cohérente susceptible d’en faire un film. Malgré tout, la suggestion de Mademoiselle Kim retint mon attention.

Je perçus confusément que dans cette histoire, il y avait quelque chose qui dépassait le cadre du Journal proprement dit. Cette idée fut renforcée après ma rencontre avec Fred en Caroline du nord en mai 2008 [2] Je ne lui ai posé alors qu’une seule question : « Vous avez lu ce Journal maintes fois. Qu’est-ce qui vous a impressionné dans ce Journal ? Sans avoir à réfléchir longtemps, Fred lut instantanément deux vers dans le Journal qu’il déclama en vietnamien :

  « Qui donc ne sait ceci Que l’amour m’a donné de longues ailes ? »


Ainsi ce qui de la jeune femme combattant de l’autre côté du front a conquis l’ancien officier américain, c’est l’amour du prochain, l’amour des camarades de son unité combattante, les sentiments de nostalgie et d’attachement profond aux êtres chers de la famille.

Et c’est là où réside sa force. Le scénario du futur film prit forme peu à peu en moi avec netteté. Je voulais réaliser un film où les gens de notre bord et ceux du camp adverse sont de braves gens, mais s’entretuent car ils combattent dans des camps opposés. Ceci est entièrement différent des films sur le thème de la guerre du Viêt Nam qui ont été faits jusqu’ici, que ce soit au Viêt Nam où aux États-Unis. Cette idée me captiva, car personne n’avait réalisé un film sous cet angle.

Dès mon retour à Hanoi, j’entrepris d’écrire le scénario du film dont je trouvais immédiatement le titre :
Ne le brûlez pas ! Il y a du feu dedans ! (plus tard, le titre, raccourci, devint Ne le brûlez pas !).
Le scénario écrit, je ne savais pas où l’envoyer. Je suis maintenant un réalisateur à la retraite et ne suis sous contrat avec aucune agence de cinéma, que ce soit avec l’État ou une entreprise privée. J’avais également entendu dire qu’un certain nombre d’agences de cinéma avaient déjà demandé à des réalisateurs et à des scénaristes d’écrire un scénario et envisageaient de tourner un film sur ce Journal. Une agence de HCMV avait semble-t-il contacté le réalisateur américain Oliver Stone pour mettre en scène le futur film. Cependant, le seul fait de mettre sur papier mes idées était déjà une joie pour moi. J’envisageais d’emporter le scénario pour le montrer à ma fille qui vit à Budapest, pour lui demander son avis. Alors que j’étais en train de préparer mon voyage, je reçus un coup de téléphone.

Monsieur Thanh, directeur de l’Office du Cinéma était au bout du fil. Il me fit savoir que l’Office du Cinéma, souhaitait réaliser à la demande de l’État un film sur le Journal de l’héroïne Dang Thuy Tram et me demanda si ce sujet m’intéressait ? Je lui répondis que non seulement je m’intéressais à ce sujet, mais que j’en avais déjà écrit un scénario. Puis je lui posais une question : « Il me semble que les agences de cinéma ont déjà contacté vos collaborateurs ». Monsieur Thanh me dit qu’en effet des agences avaient déjà envoyé quelques scénarios, mais que la commission souhaitait bénéficier de plus de choix et me proposais d’envoyer le mien à l’Office du Cinéma.

Au bout de deux mois, Monsieur Thanh me téléphona pour me dire que mon scénario avait été examiné par la Commission qui acceptait de le produire.
L’État m’attribua 11 milliards de Dongs [3] pour la réalisation du film, un chiffre plutôt élevé par rapport aux autres films réalisés au Viêt Nam, sans être le plus coûteux (le film sur Diên Biên Phu a coûté 13 milliards.)

Une fois l’argent reçu, l’Office du Cinéma forma rapidement l’équipe de réalisation avec tous les spécialistes. L’essentiel de l’équipe, en dehors de moi, comprenait le caméraman Vu Duc, le décorateur Pham Quoc Trung et certains de mes anciens collaborateurs. La première chose à faire c’était de rechercher le cadre de tournage et les interprètes. Nous nous rendîmes d’abord à Duc Pho, Quang Ngai, là où était située l’antenne médicale de la doctoresse Dang Thuy Tram. Pour parvenir à cet endroit, il faut traverser un large lac en canot, puis grimper une montagne pendant environ deux heures. Au milieu de l’ascension, Tat Binh, le directeur de la production devint tout pâle et dut s’accroupir au bord de la route. Il décida de ne plus poursuivre le voyage, car il était extrêmement fatigué et préférait rester là en attendant le retour de l’équipe. Mais les camarades de la région qui nous guidaient, nous dirent que nous ne prendrions pas la même route pour le retour et Binh fit l’effort de continuer la marche. L’antenne médicale avait été restaurée à l’identique de l’originale, avec du bambou, des feuillages et une casemate. Encore une demi-heure de marche, puis nous arrivâmes à l’endroit ou Dang Thuy Tram avait fait le sacrifice de sa vie. Ce lieu est maintenant un fossé peu profond recouvert de fleurs sauvages et cerclé de blocs de pierre.

Je brûlai des bâtons d’encens en priant Trâm de nous aider à réaliser le film dans les meilleures conditions. Sans doute ces vœux sont-ils parvenus jusqu’à elle, car par la suite nous avons rencontré beaucoup de chance sur le parcours de la réalisation du film.

Après avoir parcouru le pays du Sud au Nord, nous en arrivons au constat que nous devons reconstituer tout le cadre du tournage, car aucun endroit dans le milieu naturel ne s’y prête et c’est la partie du film la plus pénible. De plus, le tiers du film devra être tourné aux États-Unis. Et il est évident que ce qui est plus important encore, que ce qui va décider du succès ou de l’échec du film, c’est le choix des interprètes, surtout de celle qui jouera le rôle de Dang Thuy Tram. Si nous ne choisissons pas judicieusement cette interprète, il est a prévoir que tous nos efforts seront tombés à l’eau. Je fixe trois impératifs aux assistants pour choisir l’interprète de ce rôle : premièrement, elle ne doit jamais avoir joué dans aucun film auparavant, deuxièmement elle doit cependant avoir une formation de comédienne, troisièmement elle doit être naturellement belle, lumineuse et simple. Après deux séries de casting, aucune de la centaine de candidates rencontrées n’avait le visage que nous voulions donner à Dang Thuy Tram.
That Binh suggéra que l’on fasse des annonces dans les journaux, mais je m’y refusai, ne voulant pas chercher à faire du tapage médiatique, comme c’est le cas pour d’autres films. Je n’aime pas me mettre en avant.
L’équipe du film ne convoqua pas non plus de conférence de presse avant le tournage, comme c’est la mode actuellement. C’est discrètement que nous avons organisé le troisième casting et trouvé une interprète dont les traits du visage correspondaient pour nous à ceux de Dang Thuy Tram.
Minh Huong, est rédactrice de la chaîne de télévision numérique. Elle réunit les trois critères que j’ai exigés : elle n’a jamais paru sur l’écran, elle a suivi une session de cours d’interprétation organisée par la chaîne télévisée, elle a un visage lumineux, naturel et ses sourcils ne sont pas éclaircis comme ceux de nombreuses autres interprètes. En dépit de son manque d’expérience professionnelle, grâce à son talent elle a très bien joué son rôle. Je n’ai jamais rencontré de jeune interprète d’une telle intelligence.

Cependant, les premiers mètres du film ne sont pas tournés au Viêt Nam mais à New Jersey, aux États-Unis. Nous voulons profiter de la saison où les feuilles sont jaunes, c’est pourquoi notre calendrier de travail débute par les États-Unis.
L’Agence de Cinéma a signé un contrat avec Madame Tran Anh Hoa et son mari Richard Connors qui vivent à New Jersey, ils sont chargés de trouver des interprètes et des lieux de tournage aux États-Unis.

Grâce à Internet, j’ai pu travailler avec Madame Hoa, de l’autre côté de l’hémisphère, très facilement et même de façon très efficace car quand je dors, elle travaille et quand elle dort, je travaille. Madame Hoa publie une annonce dans un journal de New Jersey pour recruter des interprètes. Dans un court laps de temps, plus de deux cents personnes répondent au casting en envoyant leurs photographies. Par internet, j’ai choisi celles qui me convenaient pour que Madame Hoa et son mari leur fassent tourner un essai, en définitive sept ont été choisies et Madame Hoa leur a fait signer un contrat officiel. C’est également par Internet que nous avons choisi les lieux de tournage à New Jersey.

Le 15 Octobre 2007, les principaux membres de l’équipe du film se mettent en route pour les États-Unis. Au total, nous sommes vingt personnes, l’équipe de réalisation, les cameramen, les décorateurs, les responsables du matériel, l’équipe de direction etc. Une société de service américaine se charge de fournir du personnel pour la réalisation, les prises de vue, le maquillage, les décors, le service logistique et une forte équipe de techniciens se charge de la lumière, du rail et de la grue pour le tournage du film (la caméra a été amenée du Viêt Nam). De nombreux vietnamiens, particulièrement de la région de New York demandent de participer à l’équipe du film. Un groupe mixte de Vietnamiens et d’Américains d’origine vietnamienne est ainsi formée, comprenant plus de soixante personnes, sans compter les interprètes. C’est une vivante image de l’acculturation dans le domaine cinématographique.

La première scène de tournage se déroule au bord d’un lac situé dans la zone forestière d’Ocean Grove dans l’état de New Jersey. La brume recouvre encore la surface du lac quand l’équipe de tournage arrive tôt pour commencer le travail. Avant de déclencher la caméra, toute l’équipe, Vietnamiens comme Américains, observe une minute de silence à la mémoire de la doctoresse Dang Thuy Tran. Cette minute de silence dans une forêt lointaine où bruissent des feuilles suscite en moi de l’émotion.

C’est le premier souvenir du tournage du film qui reste vif dans ma mémoire. Comme je leur ai envoyé le scénario auparavant, les acteurs américains prennent connaissance du contenu du film et des scènes qu’ils vont jouer. Tous connaissent leurs dialogues et lors de notre rencontre ils ont tous à la main le livre Last night I dreamed of peace, la version américaine du Journal de Dang Thuy Tram, qui vient d’être édité aux États –Unis. J’invite tous les acteurs américains à s’asseoir autour de moi. Je leur demande en premier lieu leurs impressions sur le scénario qu’ils ont lu. Ils disent tous qu’ils l’ont beaucoup aimé. Je leur demande s’il faut modifier, rectifier certains passages. Ils disent qu’il y a peu de choses à modifier, si ce n’est la nécessité d’adapter certains dialogues à la manière américaine de s’exprimer. Tout le monde se met au travail avec enthousiasme. Fred Whitehurst est arrivé de la Caroline du Nord, une semaine plus tard, pour rencontrer l’équipe de tournage. Il reste trois jours avec nous, participant à la vie de l’équipe et joue même un rôle de figurant pour marquer le souvenir de son passage. Avant son départ, il me fait une confidence : depuis qu’il a en main le journal de Thuy, il sent que toutes ses activités sont dirigées par elle et a le sentiment que ce film sera un succès.

Je constate en passant du temps avec Fred que c’est un être très marqué, depuis son retour du Viêt Nam par le Journal de Thuy
Après deux semaines de travail intensif, des journées de travail de 9 heures à 22 heures (on a mangé sur place), les scènes de tournage aux États-Unis sont terminées. C’est avec nostalgie que je quitte ces êtres chers, qui sont devenus des amis, comme s’ils étaient de même famille. Mark Ross, qui interprète Fred jeune, part aussi au Viêt Nam pour pouvoir jouer les scènes qui traitent des actions de l’armée américaine pendant la guerre du Sud Viêt Nam. Nous avons dû cependant attendre plus de quatre mois pour continuer le tournage, dans l’attente du financement du ministère. On a parfois l’impression que l’équipe de tournage va se défaire. Puis l’argent arrive enfin et on reprend le travail. C’est en avril 2008 que les premiers mètres de pellicules sont tournés au Viêt Nam.

La première scène tournée est en fait la dernière du film. Dang Thuy Tram roule seule à bicyclette sur une route déserte. Cette voie routière est en fait la route goudronnée qui relie Noi Bai à Vinh Phuc. Assis à côté du monitor, je regarde sur l’écran l’image de cette jeune fille à la chemise blanche qui s’éloigne à bicyclette, avec sa longue chevelure qui lui tombe sur le dos, et j’en ai la chair de poule. Au cinéma, une scène simple, sans artifice suscite parfois chez le spectateur plus d’émotion qu’une scène complexe, avec foule. Cette scène finale suscitera une profonde impression.

Les scènes suivantes sont tournées dans l’ordre prévu par l’équipe de scénaristes.
Le village de Quang Ngai a été reconstitué à Dong Mo, à 40 kilomètres de Hanoi. L‘artiste peintre Pham Quoc Trung a dû faire transporter des cocotiers de Than Hoa et les replanter dans le village pour donner de l’authenticité. L’unité médicale de la doctoresse Dang Thuy Tram a été construite dans la forêt de la zone K (là où l’on a conservé le corps du Président Hô Chi Minh juste après son décès). La base de l’armée américaine a été reconstituée dans l’aéroport de Tan Son Nhat. Le terrain d’atterrissage d’hélicoptères où s’était déroulée la scène de ratissage par les soldats américains est aménagé dans le champ de Cu Chi, à 50 kilomètres de Hô-Chi-Minh-Ville (alors que le village a été construit au Nord Viêt Nam). Le parcours à la recherche de la tombe de Tram est tourné là même où elle est tombée, à Duc Pho, province de Quang Ngai. C’est ainsi que nous avons tourné scène après scène, exactement selon le plan prévu, dans l’ordre chronologique des journées. Tous les membres de l’équipe croient que Tram nous a accordé sa protection. De fait, au cours d’un tournage, il est rare que les circonstances aient été, à ce point, favorables.

Nous sommes en train de tourner, la pluie survient brusquement, la journée de travail semble perdue, puis la pluie s’arrête et le soleil se pointe.
Le travail le plus important, lors de la post-production est la synchronisation du son (le cinéma vietnamien n’a pas encore les moyens d’enregistrer le son en direct, mais nous avons pu le faire lors du tournage aux États-Unis), Minh Huong a enregistré les dialogues de son propre personnage et dans ce domaine, elle a réalisé aussi une excellente performance. Elle a appris à chanter pour interpréter elle-même le Chant de l’Espérance à la fin du film, avec sa voix très simple et très attachante. Je n’ai aucun regret d’avoir choisi Minh Huong pour interpréter Dang Thuy Tram. Ce choix a été particulièrement judicieux et c’est ma plus grande chance dans ce film. Depuis longtemps je cherche l’occasion de travailler avec un musicien et un orchestre étranger. Cette fois, je suis bien décidé à réaliser ce vœu. Ma fille Dang Phuong Lan est médecin à Budapest, en Hongrie. Après un échange de lettres elle me promet de chercher un musicien hongrois et de me le présenter. Sa clientèle lui conseille rapidement un jeune musicien qui s’appelle Benedecfi Istvan.

Je lui envoie un DVD sur lequel sont enregistrées des images extraites du film. Il me répond qu’il les a regardées avec beaucoup d’émotion et accepte avec enthousiasme de composer la musique du film. J’en parle à Tat Binh. Il approuve entièrement mon idée d’employer un musicien étranger, mais m’informe que le budget prévu pour la musique du film ne dépasse pas cent million de dongs vietnamiens (ce qui équivaut à 6000 dollars). Je peux employer qui je veux, enregistrer la musique où je veux, pourvu que le budget ne dépasse pas 6000 dollars. Quoique le film soit commandé par l’État, avec un budget prévisionnel de 11 milliards de dongs vietnamiens, toutes les dépenses sont étroitement contrôlées. Par chance, ma fille et son mari Dinh Xuan Tho sont déterminés à réaliser la partie musicale en Hongrie. Ils me paient mon billet d’avion pour le voyage en Hongrie et sont prêts à m’aider financièrement pour que je puisse avoir les sommes nécessaires à la meilleure musique possible. Ma fille et moi travaillons avec les deux musiciens hongrois, élaborant minutieusement chaque fragment de la musique du film, nous leur procurons des disques vietnamiens pour qu’ils s’en imprègnent dans leur travail. Au fil de la composition, ils interprètent cette musique au piano chez ma fille pour qu’elle leur communique ses remarques (elle a appris le piano avec sa mère et possède une grande sensibilité musicale). Certains passages ont dû être écrits et réécrits une dizaine de fois. Quand ils jugent le résultat satisfaisant, ils font un essai d’enregistrement, puis écoutent la musique sur les images pour voir si ça convient, modifiant la partition là où ce n’est pas encore satisfaisant, ajoutant ou retranchant des instruments avant de passer à l’enregistrement définitif. L‘interprétation d’ensemble est exécutée par l’orchestre du Conservatoire de musique où Benedek Istvan est professeur de piano. Lui joue du piano et son frère Benedekfi Zoltan du violon (avant d’être compositeurs, ils étaient interprètes professionnels).

Mon gendre Dinh Xuan Tho a contacté un grand spécialiste du son hongrois.
L’enregistrement de la musique a été fait au Bold studio qui appartient à ce dernier. Comme il est obèse, il mange très peu. Il s’assied à sa table de travail dix heures de suite, sans se nourrir, se contentant de boire une gorgée d’eau de temps en temps. Les musiciens Benedek Istvan et Benedekfi Zoltan travaillent d’arrachepied, car ils aiment vraiment le film. De nombreux spectateurs au Viêt Nam et à l’étranger, ont été surpris de la capacité chaleureuse des deux musiciens hongrois à se mettre en harmonie avec l’âme des personnages du film. Si l’on ajoute la qualité de l’enregistrement musical et la modernité des technologies, il est certain que la musique a été déterminante pour le succès du film. C’est vraiment la première fois que la Hongrie et le Viêt Nam ont coopéré dans le domaine cinématographique, depuis l’époque du camp socialiste.

Le film fut présenté au public le 30 septembre 2009 au Centre National du Cinéma. Bien des spectateurs n’ont pu retenir leurs larmes. Il ne s’agissait pas seulement des gens d‘un certain âge, de la génération de la doctoresse Dang Thuy Tran, mais aussi de ceux de la génération qui sont nés et ont grandi dans la paix. Ainsi, les positions répercutées par les journaux, selon lesquelles la jeunesse d’aujourd’hui n’aime que les films d’action et les films avec des scènes hot, et n’apprécie pas les films dont le thème est la guerre, sont erronées. De jeunes étudiants m’ont dit après avoir vu le film : ce genre de film nous plaît beaucoup. Et nous regrettons que les salles de cinéma n’en projettent pas, nous en sommes réduit à ne voir que des films de distraction. Beaucoup de journaux ont apporté leur soutien au film, sauf quelques un considérés comme les porte-parole des jeunes. Je sais qu’une journaliste, à peine après avoir vu le film, est partie et a rédigé en une heure, une critique qu’elle a envoyé à Hô-Chi-Minh-Ville pour être publiée par un journal, dès le lendemain matin.

Ses remarques critiques se focalisent sur des détails très bizarres et elle en conclue que le film ne correspond pas à la réalité. Sans doute ignore-t-elle que Fred n’était qu’un agent de renseignement militaire et non un combattant.

Alors que les journaux destinés à la jeunesse réagissent de cette façon, la Maison de la Culture des jeunes de Hô-Chi-Minh-Ville organise des séances de projection pour les jeunes spectateurs. Ces séances sont pleines à craquer. Je sais que le film a beaucoup plu à la majorité des spectateurs du pays, mais la réaction des spectateurs non vietnamiens suscite mon anxiété. La trame du film a trait à ma mémoire et à l’expérience des Vietnamiens, que les étrangers connaissent très peu. La plus grande surprise pour moi est l’accueil très chaleureux des Japonais. Au Festival de Fukukoa en octobre 2010, c’est à ce film que les spectateurs donnent leur préférence. Le film est ensuite présenté dans le Nord-Est des États-Unis. Partout, après la projection du film, je retrouve des spectateurs aux yeux rougis, à la sortie de la salle. Alors que je regarde parfois le film avec les spectateurs, j’ignore encore aujourd’hui, quelle séquence précise, quel détail du film les ont fait éclater en sanglots. Personne ne peut programmer l’écoulement des larmes. Elles viennent tellement spontanément, que je ne peux pas le prévoir pendant le tournage du film. La séance de projection qui m’a le plus impressionné est celle qui a eu lieu à New-York, à la fin de l’année 2009. Dans cette salle qui contient 500 places, tous les billets ont été vendus.

Fred Whitehurst, et sa nièce, la fille de son frère, et tous les interprètes américains sont présents à la projection, certains ont même amené leurs parents et leurs proches. Après la projection, les échanges entre les spectateurs et l’équipe du film ont duré une heure. Sur scène sont présents, Madame Tran Anh Hoa et les trois Fred : Fred Whitehurst, l’interprète de Fred jeune et celui de Fred âgé. À chaque fois qu’un spectateur pose une question à Fred, Fred Whitehurst rétorque : « Lequel Fred ? Le vrai Fred ou celui du film ? Ce qui fait éclater de rire le public. Sur la première rangée, devant moi est assis John Mac Auliff, Président de l’Association de Réconciliation avec le Viêt Nam, un homme qui a lutté sans relâche pour normaliser les relations entre les États-Unis et le Viêt Nam. Je constate qu’il a les yeux rougis. Il lève le premier la main pour parler et quand on lui amène le micro, il reste étranglé par l’émotion pendant un long moment avant de pouvoir parler. Il dit que c’est le film le plus émouvant qu’il ait vu sur le thème de la guerre. Il ajoute que tous les Américains devraient voir ce film et espère qu’il sera largement diffusé aux États-Unis. De nombreux vétérans sont de son avis. Certains se reconnaissent eux-mêmes, dans l’image de Fred, sur le champ de bataille. Plusieurs vétérans pleurent en évoquant leurs souvenirs de guerre. Lors de la projection du film à l’Université Deanza, un jeune noir déclare après avoir vu le film : « J’ai un frère qui est mort lors de la guerre du Viêt Nam".

À dater de ce jour, je me suis mis à haïr les Vietnamiens… mais en regardant aujourd’hui ce film, je pense qu’il faut que je ne garde plus cette haine en mon cœur ». Les spectateurs demandent aux interprètes américains leurs impressions sur le travail en commun avec les interprètes vietnamiens. Ils disent tous qu’ils ne voient aucune différence entre l’équipe vietnamienne et l’équipe internationale.

Pour marquer l’anniversaire du 30 Avril 2010, L’Ambassadeur du Viêt Nam en Hongrie, Monsieur Nguyên Quôc Dung, décide de projeter Ne le brûlez pas dans une grande salle de cinéma, au centre de Budapest, la capitale, à la place de la réception annuelle habituelle. Les invités comprennent toute la délégation diplomatique de Budapest, les responsables du Ministère des Affaires étrangères de Hongrie, et les Hongrois qui ont eu des relations avec le Viêt Nam. d’hier et d’aujourd’hui. Les frères musiciens sont bien sûr là avec leurs parents. Ma fille Dang Phuong Lan, vêtue de la tunique traditionnelle sert d’interprète sur la scène. C’est un souvenir exceptionnel pour le père et la fille. Un cocktail est offert au deuxième étage du cinéma, après la projection. Je ne savais pas que tant de Hongrois avaient été au Viêt Nam. C’étaient surtout des spécialistes qui s’étaient rendus au Vietnam pour y travailler et beaucoup ont été membres de la commission Internationale de contrôle de l’armistice au Viêt Nam, après 1954.

Plusieurs diplomates en poste à Budapest portent un toast et remercient l’Ambassadeur pour le film qu’ils viennent de voir. Monsieur Dung me glisse à l’oreille : "Il suffit de deux heures de film pour rehausser fortement mon prestige aux yeux du corps diplomatique. Vraiment, la force de la culture est à nulle autre comparable". Il y a fort longtemps, et peut-être que ce fut jamais le cas, que les Hongrois ont eu l’occasion de regarder un film du Viêt Nam.

C’est pour cela que cette soirée de projection a laissé de fortes impressions. Par la suite, un journal hongrois a publié un article, affirmant que le niveau des films vietnamiens n’est nullement inférieur à celui des films européens. Lorsque je suis revenu de Budapest, Phaù Xuan Sinh, le Directeur du Centre Culturel du Viêt Nam en France, à Paris, m’a proposé de rester à Paris pendant deux semaines pour présenter le film. Les séances de projection au Centre Culturel et spécialement la séance au cinéma de la rue de La clef, organisée par Nguyên Ngoc Giao et Hac ont attiré un très nombreux public de Viêt Kieu de Paris et d’amis français.
Un article de Giao, publié auparavant dans le journal en ligne, Dien Dan ( Le Forum) des Viêt Kieu de Paris, a enthousiasmé beaucoup de gens. Giao insiste sur le côté authentique du film et conclut ainsi : "C’est probablement cette authenticité – la fidélité à l’esprit de Dang Thuy Tram, le respect de la personnalité de Fred et Hieu…, surtout, l’admiration mêlée d’affection entre les deux mères, la Vietnamienne et l’Américaine – que Ne le brûlez pas a conquis le cœur des gens. Autrement dit, Dang Nhât Minh a choisi le bon angle d’approche. J’ignore comment il a su si bien comprendre des personnes comme Dang Thuy Tram et Fred Whitehurst et comment il a communiqué cette sympathie aux interprètes de l’équipe de tournage, de même qu’aux musiciens hongrois qui ont écrit la musique". Après Paris, Monsieur Sinh m’a conduit lui-même, à Lyon et à Toulouse où les Associations vietnamiennes ont présenté le film. Partout, mes compatriotes lui ont réservé un accueil chaleureux et émouvant.

Le film a été couronné par le prix des Spectateurs au Festival de Fukukoa, au Japon, en octobre 2009 et par le Lotus d’or au 16ème Festival des Films du Viêt Nam, en Décembre 2009, par le prix du scenario et celui de la presse. Au mois de Mars 2010 le film remporte le prix du Cerf-volant d’or de l’Association du Cinéma vietnamien, celui des décors et du son, et le prix du meilleur rôle féminin a été attribué à l’actrice Minh Huong, prix largement mérité en raison de son interprétation du rôle de Dang Thuy Tram.

Au début de l’année 2010, le Ministère de la Culture a décidé de présenter le film aux États-Unis, pour l’Oscar du meilleur film étranger. Le film n’a pas obtenu cette récompense, ce qui ne m’a pas surpris. Je m’étais préparé à ce résultat car la porte de cette compétition est très étroite : chaque année, un seul film parmi ceux du monde entier est couronné par cet Oscar et même un géant du cinéma comme notre voisin, la Chine n’a jamais reçu cette récompense. Cependant, six mois plus tard, L’Académie du Cinéma des États-Unis m’a encore invité pour rendre hommage à ce que j’ai fait pour le cinéma vietnamien, ceci fut pour moi une grande surprise.

De Hanoi à Hollywood
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En septembre 2010, l’Académie Arts et Sciences du cinéma américain (Academy of Motion Picture Arts and Sciences) m’informe donc qu’elle a pris la décision de m’inviter à Hollywood pour rendre hommage à mes qualités de de réalisateur dans le cinéma vietnamien. J’ai reçu cette nouvelle avec autant d’émotion que lorsque, en 2008, j’ai su que la chaîne de télévision américaine CNN (Cable News Network) avait placé mon film Quand viendra le dixième mois parmi les 18 meilleurs films asiatiques de tous les temps. Ces deux événements m’ont fortement surpris car je n’avais pas eu vent de cette décision. Ainsi, le 9 Novembre 2010, je quitte Hanoi pour Hollywood. Avant le départ, on m’informait qu’il fallait que je prononce une courte allocution à l’occasion de la cérémonie. Le discours est envoyé au comité d’organisation pour être traduit en anglais. C’est ce discours que j’ai prononcé dans la nuit du 10 Novembre 2O10, au Cinéma Samuel Goldwyn de l’Académie Arts et sciences du Cinéma américain :

Chères Mesdames, chers Messieurs,

Lorsque j’ai reçu la lettre d’invitation d’Ellen Harrington, j’ai été très étonné car je ne comprenais pas pourquoi on m’accordait ce grand honneur que de toute ma vie de réalisateur je n’avais jamais osé espérer. Je sais bien que cet honneur ne s’adresse pas seulement à moi, mais aussi à tout le cinéma vietnamien.

Tout d’abord, permettez-moi d’exprimer ma gratitude envers l’Académie des Arts et des Sciences du cinéma américain (Academy of Motion Picture Arts and Sciences), au Président de l’Académie, Monsieur Tom Sherak. Je tiens à remercier également Monsieur Phil Robinson, le vice-président, Madame Ellen Harrington, et les principaux organisateurs de cet événement. Je remercie également Monsieur Michel Digrego qui a coordonné mon séjour et m’a aidé pour ce voyage.
Je suis réalisateur de cinéma, chaque année notre pays produit environ 10 à 15 longs métrages, beaucoup moins que la centaine de films télévisés réalisés chaque année. Mais ce cinéma, présent sur la péninsule indochinoise, n’est assimilable ni au cinéma indien ni au cinéma chinois. Depuis plus d’un demi-siècle d’existence, il a su trouver sa propre identité, comme vous pouvez vous en rendre compte à travers les films présentés à cette occasion à Los Angeles.

Pendant bien longtemps, notre cinéma a eu un seul producteur qui était l’État, un seul distributeur de films, qui était aussi l’État. L’État nous a financés pour réaliser des films à des fins idéologiques et sans but mercantile. Néanmoins dans ce cinéma, il restait toujours un espace, même limité, pour ceux qui voulaient rendre compte de la condition humaine dans la vie tumultueuse de notre pays. Et c’est dans cet espace étroit que j’ai réalisé mes films.

Je suis devenu cinéaste, pendant les années 70 du siècle dernier. Le cinéma alors n’allait pas dans le sens de divertissement. Pour se distraire, les gens allaient au cirque ou au concert. On allait au cinéma pour en savoir plus sur l’homme, sur la société qui nous entourait. Voir un film, était une source de méditation et une recherche de perfectionnement.
Mais aujourd’hui le tableau du cinéma vietnamien a changé. Depuis le Dôi Moi (la politique du Renouveau), l’économie vietnamienne est soumise aux mécanismes du marché. Il en est de même pour le cinéma. L’État continue à financer la réalisation des films mais leur nombre baisse progressivement. Un secteur de production privée de plus en plus dynamique se met en place. Actuellement le cinéma privé assure jusqu’à 70% de la production de films de longs métrages et près de 90% de la production de films télévisés. Dans le domaine de distribution, le privé représente près de 100%. Les cinéastes de nos jours s’intéressent au profit et ils commencent à penser aux spectateurs, ceux qui paient les billets et regardent leurs films. De ce fait, beaucoup de films de la production privée ont attiré un nombreux public et réalisé de fortes recettes.

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Chères Mesdames, chers Messieurs,
Je revois rarement mes films, car à chaque fois, j’en vois les défauts, défauts auxquels je ne peux plus remédier car le film a déjà été réalisé. Je ne suis pas à la recherche de découvertes et d’innovation. Je ne vise qu’à raconter des histoires qui parlent de mon pays. Je les raconte avec toute ma sincérité. Ma seule préoccupation est de m’efforcer de faire des films qui parlent des sentiments du sort du peuple vietnamien à travers les vicissitudes de l’histoire, et les convulsions de la société.
Est-ce pour cette raison que je suis présent ici aujourd’hui, afin de vous raconter une histoire dans le film que vous allez voir ?
Cette soirée est pour moi est une soirée exceptionnelle et lourde de significations..
Je remercie les spectateurs, qui sont présents ici, ce soir.
Encore une fois je tiens à remercier l’Académie des Arts et des Sciences du cinéma américain

Après un court temps d’échanges et de discussion, on projeta le film La saison des goyaves que j’ai réalisé il y a 10 ans. Les membres du Comité d’organisation ont décidé de choisir ce film car ce film est pour eux représentatif de l’ensemble de mes œuvres. Durant la projection du film j’étais impatient de voir la réaction du public américain. Mais curieusement, tout le monde en était très satisfait. Monsieur Phil Robinson, l’animateur de la cérémonie ainsi que son épouse n’ont cessé de faire l’éloge du film. Certains qui avaient déjà vu ce film 10 ans auparavant, m’ont dit : « Revoir ce film aujourd’hui, c’est toujours intéressant, voire plus significatif ». Donc le temps n’a pas rendu ce film obsolète. Beaucoup sont restés longtemps à la sortie de la salle de projection à échanger leurs émotions et à en parler avec l’auteur du film. Les gens n’ont commencé à rentrer chez eux que lorsque les lumières ont commencé à s’éteindre annonçant la fermeture de la salle.
Il est vrai que cette soirée-là a été pour moi une soirée exceptionnelle et lourde de signification. L’actrice Kiêu Chinh, une star de cinéma de Saigon avant 1975 qui vit et travaille actuellement à Hollywood, m’a confié très émue : « C’est un jour historique pour le cinéma vietnamien ». Vivre de tels moments est un bonheur bien rare dans la vie d’un homme. Je ne peux que remercier Dieu, remercier mes proches qui ne sont plus là, et qui, j’en suis sûr, sont toujours silencieusement à mes côtés pour me protéger. Merci aussi à tous mes collaborateurs, à ceux qui m’ont aidé à réaliser mes films.
Quelques images de la cérémonie envoyées dans mon pays par la Télévision vietnamienne, ont été diffusées aux infos, aussi, quand je suis rentré à Hanoï, tout le monde était au courant. J’ai reçu des félicitations de beaucoup de gens, même de ceux qui n’avaient rien à avoir avec le cinéma comme les conducteurs de moto-bike, auxquels je fais appel pour me déplacer, les marchandes de boissons, de xôi (riz gluant) des trottoirs dans mon quartier, etc. et naturellement, tous les membres de ma famille à Hanoï comme à Hué. De retour au pays, j’ai pu lire le bulletin d’information du 17-20 Septembre de l’Agence d’information du Vietnam, qui relate cet événement en ces termes :

L’Académie des Arts et des Sciences du cinéma américain (Academy of Motion Picture Arts & Sciences) en partenariat avec l’Institution des archives cinématographiques et télévisées de l’Université de Californie à Los Angeles a organisé un événement « Une nouvelle voix venue du Viêtnam », avec la projection de plus d’une dizaine de films vietnamiens.
Cette programmation du 5 au 14 novembre à Los Angeles en Californie, fait partie des activités du programme d’échanges culturels et éducatifs de l’Académie des Arts et des Sciences du cinéma américain.

Durant ces 10 jours de festivité, 17 films produits au Vietnam après l’an 2000 dont 7 films de fiction, 6 documentaires et 4 courts métrages, ont été projetés au grand public.

Plusieurs réalisateurs connus du Vietnam ainsi que les acteurs, Dustin Nguyên et Do Hai Yên, ont été invités à visiter le plus grand studio de cinéma d’Hollywood et à prendre connaissance de visu des nouvelles techniques de tournage dans un esprit d’échange et de recherche avec le plus grand cinéma du monde.

L’Académie des Arts et des Sciences du Cinéma américain a organisé la cérémonie annuelle de remise des Oscars aux meilleurs films internationaux, et a tenu également à honorer particulièrement le réalisateur Dang Nhật Minh pour ses contributions au cinéma, l’Académie l’honore comme le réalisateur légendaires d’œuvres classiques du cinéma vietnamien telles que Nostalgie à la campagne, La saison des goyaves et plus récemment Ne le brûle pas, ce dernier film a représenté le Vietnam pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2009.

Lors de la cérémonie en l’honneur du réalisateur Dang Nhật Minh, étaient aussi présents des réalisateurs vietnamiens des films de fiction projetés à cette occasion, parmi lesquels le réalisateur Phan Dang Di (film, N’aie pas peur), Nguyên Phan Quang Binh (film, Des champs à l’infini, Nguyên Vinh Sơn (film, La lune au fond du puits), Bui Thạc Chuyên (film, À la dérive), Lê Thanh Sơn (film, Le piège du dragon) et Stephane Gauger (film, Le Hibou et le Moineau).

Dans son discours prononcé lors de la cérémonie,le soir du 10 novembre, le réalisateur Đặng Nhật Minh a tenu à affirmer que ce n’est pas seulement sa personne qui était ainsi honorée, mais aussi tout le cinéma vietnamien.
AVI / Agence Vietnamienne d’Information
Il y a plus de 40 ans, mon père est tombé sous les bombardements des B52 des Forces de l’Air américaines, aujourd’hui, je suis honoré dans la capitale du cinéma international, sur le sol américain même. Les deux événements n’ont aucun rapport entre eux. Les organisateurs du second événement n’étaient pas du tout au courant du premier. C’est ça les États-Unis. J’y suis venu plusieurs fois mais je suis incapable de définir moi-même ce que sont les États-Unis.

Un jour, pendant le tournage du film Un Américain bien tranquille du réalisateur Phillip Noyce, ce dernier m’a demandé : Que pensez-vous d’un Américain bien tranquille ? J’ai répondu : ainsi, le pilote américain qui était aux commandes d’un B52, l’après-midi du 1er avril 1967 et qui déversait ses bombes sur la forêt de Truong Son où mon père et ses collègues se livraient à des recherches sur le vaccin contre le paludisme, était donc un Américain bien tranquille… Et maintenant je voudrais rajouter ceci : les Américains qui suivent en silence mon travail depuis de nombreuses années, au point d’organiser aujourd’hui une cérémonie en l’honneur de mes contributions au cinéma vietnamien, sont eux aussi des Américains bien tranquilles. C’est ça les États-Unis, c’est ça les Américains.

(3) En 2007, 1 euro valait 23 589 dongs
Septembre 2011

Notes

[1Les carnets de Dang Thuy Tram ont en effet été publiés au Vietnam, en 2OO5, à Hanoi, par les éditions Hôi Nha Van, sous le titre Nhât Ky Dang Thuy Trâm (Journal de Dang Thuy Trâm). La traduction anglaise est parue la même année aux États Unis, sous le titre, Last nignt I dreamed of peace : The diary of Dang Thuy Tram par Harmony Book. En 2010, les éditions Philippe Picquier, publient une édition en français, Les carnets retrouvés (1968-1970), traduite du vietnamien par Jean-Claude Garcias.

[2Fred Whitehurst est cet avocat américain qui servait au Vietnam dans un détachement militaire et qui sur le conseil de son interprète, le sergent Nguyên Trung Hiêu, refusa de brûler le premier carnet de Dang Thuy Tram. Nguyên Trun Hiêu lui déclara :

« Ne le brûlez pas, il est déjà incandescent » .

Plus tard, Fred sauva de la destruction un second carnet. Il les conserva pendant 35 ans. En mars 2005, lui et son frère Robert, autre vétéran de la guerre du Vietnam rencontrèrent, lors d’une conférence sur la guerre du Vietnam, à la Texas Tech University le photographe Ted Engelmann, également vétéran du Vietnam, qui réussit à retrouver à Hanoi la mère du docteur Dang Thuy Tram, Doan Ngoc Tram, et à lui transmettre un Cédérom des journaux de sa fille. Le contact était renoué. En août 2005, Fred et Robert Whitehurst, purent rencontrer à Hanoi les membres survivants de la famille Dang...

[3En 2007, 1 euro valait 23 589 dongs