Procès de Tran To Nga, un jugement inique, le combat continue ! Un communiqué de presse du Bureau National de l’AAFV

Photo de Gérard Memmi.

Le 16 décembre 2015 une rencontre a eu lieu entre le bureau de notre association et celle qui va devenir notre amie, Mme Tran To Nga, victime de l’Agent Orange-dioxine, actrice et symbole de la lutte contre les ravages passés, présents et à venir de ce poison, les souffrances des victimes vietnamiennes qui se sont comptées par millions, et se comptent encore aujourd’hui par millions.

Un long combat

Certes l’AAFV n’ignorait pas les dégâts perpétrés par les épandages de la dioxine fournie à l’armée américaine par des sociétés chimiques, dont Monsanto, sur les végétations mais aussi sur les êtres humains qui y étaient exposés. Ainsi, dès 1966, notre jeune association, créée en 1961, attirait l’attention sur ce qui allait devenir la plus grande guerre chimique de tous les temps, en organisant une réunion publique à Paris, le 4 juin.

À maintes reprises, au cours des années qui ont suivi, y compris après la fin de la Guerre du Vietnam, des initiatives ont été prises auxquelles nous avons participé comme organisateur ou co-organisateur, pour dénoncer les crimes de guerre et contre l’humanité et l’écocide commis par les États-Unis d’Amérique et exiger un droit à reconnaissance et réparation pour les victimes. C’est pourquoi nous nous sommes mobilisés aux côtés de Nga dans son procès, sans hésiter et sans compter, pour que justice lui soit rendue et, à travers elle, à toutes les victimes des épandages d’Agent Orange-dioxine.

C’est ainsi que de multiples manifestations publiques ont eu lieu pour faire connaître son combat, des réunions-débats, des présences dans de nombreuses fêtes de villes, des ventes dédicaces de son livre « Ma Terre Empoisonnée », etc… Récemment, il y a eu notamment le rassemblement à Paris place du Trocadéro le 30 janvier, des conférences de presse, la Marche contre Monsanto le 15 mai, la campagne de signature en cours de la lettre de soutien au combat de Nga (1).

Un déni de justice

Le Bureau National de l’AAFV dénonce ce déni de justice que constitue le jugement rendu par le Tribunal judiciaire d’Évry, une décision inique et inacceptable.

Comment le Tribunal a-t-il pu faire droit et reprendre in extenso les « arguments » des avocats des firmes chimiques, lors des plaidoiries, arguant que l’État américain aurait été menacé, lui qui se trouvait en occupation illicite dans un pays dont le peuple venait de se libérer du joug colonial et s’engageait dans un processus de construction d’un état souverain ?

Comment le Tribunal a-t-il pu ignorer ce que les avocats de notre amie Nga ont exposé dans leurs conclusions, à savoir que l’État américain n’était pas donneur d’ordre auprès des firmes chimiques, mais que celles-ci avaient répondu à un appel d’offre qui ne leur était nullement imposé, fournissant des produits dont elles connaissaient la dangerosité pour les humains, la végétation et la faune ? Des produits semant massivement la désolation, les handicaps et la mort pour une période dont on ne connaît pas la durée (des dizaines, voire des centaines d’années) ?

Mais déjà une victoire, le combat continue

Mais l’espoir demeure. Après le jugement, Tran To Nga a déclaré :  » Je suis déçue mais je ne suis pas triste. Être arrivée jusqu’à la décision du 10 mai est déjà une victoire. « 

En effet, nous avons sorti de l’oubli les crimes perpétrés par les Américains pendant la Guerre du Vietnam. Nous avons porté à la connaissance de plein de gens les souffrances des victimes vietnamiennes et l’écocide conséquences des épandages de dioxine par l’armée américaine. Le procès de Nga connaît un grand retentissement en France, au Vietnam et dans d’autres pays. La couverture médiatique témoigne d’un fort et chaleureux soutien de l’opinion au courageux et juste combat de Nga. Il s’agit bien d’une victoire sur laquelle s’appuyer pour que justice soit rendue à Nga.

Un épisode de ce long combat, épuisant pour notre amie Nga, dont la force morale impose le respect, vient d’être écrit. Le Tribunal dans ses conclusions n’a pas répondu aux attentes légitimes de Nga et des victimes, souffrant pour les unes d’une infirmité physique, pour d’autres d’un handicap cérébral.

Tran To Nga a donné immédiatement instruction à ses avocats d’interjeter appel de la décision rendue. Le second épisode reste à écrire dans lequel nous pourrons nous appuyer sur la victoire déjà remportée. Nous y prendrons toute notre place, fidèles aux valeurs dont notre association est porteuse à l’égard du peuple vietnamien.

Il faut que les firmes chimiques sachent que leur impunité d’aujourd’hui n’est qu’un sursis et qu’elles devront répondre à terme des crimes de l’Agent Orange- dioxine dont elles portent une lourde responsabilité.

Le Bureau National renouvelle à notre amie Nga son soutien indéfectible dans la poursuite de son combat en appel, sous toutes les formes d’actions envisageables, impliquant nos adhérents, nos comités locaux, avec nos outils de communication, notre revue Perspectives et notre site web, dans la continuité de ce que nous avons fait dans la période passée. Et avec tous les amis de Nga, en particulier de son Comité de soutien.

À Montreuil le 18 mai 2021

Le Bureau National de l’AAFV

(1) https://www.aafv.org/lagent-orange/premiere-liste-de-signataires-de-la-lettre-de-soutien-a-tran-to-nga/

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