Idées reçues sur le Vietnam par Hiên Do Benoit*

Hiên Do Benoit, docteur en sciences politiques, maître de conférences et chercheur au CNAM, nous propose une seconde édition de son petit volume qui devrait être de toutes les valises des voyageurs qui désirent connaître à fond le Vietnam …. Et en repartir plus intelligents.

Le Vietnam reste en effet entouré de toutes sortes d’images disparates. Pour les anciens, c’est l’image coloniale portée par des chansons où les Tonkinoises étaient en même temps des Annamites, sur les bords de l’Amour qui traverse l’Empire du milieu, ben voyons. Pour les gens de droite, c’est un pays communiste pur et dur où l’on condamne encore à mort des opposants politiques ; pour les gens de gauche, c’est une contrée où les inégalités se creusent avec l’apparition de très grandes fortunes…. Enfin, alors que le pays sortait totalement exsangue d’une longue guerre coloniale, voilà que le conflit au Cambodge le mettait tout à coup en position d’oppresseur !! Non, rien n’est simple et l’ouvrage de Hiên Do Benoit ne prétend pas tout expliquer.

Dans le premier chapitre, Une identité à part, certaines originalités du pays sont mises en évidence : le Vietnam fait évidemment partie de l’Asie du Sud-Est, regroupée maintenant économiquement dans l’ASEAN. Mais…. comment oublier dix siècles de domination chinoise, apportant avec elle le confucianisme (comme en témoigne le Van Miêu à Hanoi) ? L’adoption du quôc ngu allait par ailleurs grandement faciliter le rapprochement avec le monde occidental. Et puis, dans un pays tout en longueur, marqué par une large amplitude de climats, uniformiser un « tempérament vietnamien » n’a pas de sens, et les rivalités entre les seigneurs féodaux du Nord et du Sud ont toujours existé, les Trinh contre les Nguyen, etc… Encore un point distinctif : la présence d’une forte identité locale et de communautés villageoises soudées vivant dans une relative indifférence des lois nationales. Ce qui est par contre simple à appréhender, c’est le pragmatisme du peuple vietnamien qui semble avoir tout oublié des exactions de ses anciens persécuteurs, et qui accueille à bras ouverts les Viêt Kieu revenant au pays.

Dans les deux chapitres suivant, ces idées reçues vont être étudiées sur le plan sociétal, puis économique. Dans Une société unique, l’auteur s’interroge tout d’abord sur la signification de « pays communiste ». Tout en le restant strictement, théoriquement parlant, le pragmatisme a joué avec la subtile notion « d’économie de marché suivant l’orientation socialiste ». Les droits de l’homme sont mis en exergue, mais sous-tendus par l’idée qu’ils peuvent être interprétés différemment dans une démocratie capitaliste et une démocratie socialiste…  L’auteur traite ensuite du grave problème de la corruption généralisée (la notion de « corruption » n’étant d’ailleurs pas exactement la même dans nos contrées occidentales et dans un pays de l’Orient comme le Viêt Nam), du développement rural et du statut des femmes.

Le troisième chapitre, très documenté, s’appelle L’économie vietnamienne, vrais miracles, faux paradis. Le miracle économique ne s’est pas obtenu sans mal… les investisseurs étrangers affluent en masse mais l’opacité du fonctionnement administratif, le manque de centralisation des décisions restent des problèmes. Donc, dragon certes, mais encore petit dragon par rapport aux vedettes de l’ASEAN.

Avant de terminer par un sous-chapitre sur le Covid-19 (sujet éminemment fluctuant où la vérité d’hier n’est pas celle de demain), Hiên Do Benoit aborde ce serpent de mer du développement durable. Quand on a apprécié la saleté de certains quartiers et la désinvolture avec laquelle nos amis vietnamiens traitaient leurs déchets (canettes balancées dans la belle nature et mouchoirs en papier dans le ruisseau…) on se dit qu’il y a fort à faire. Les politiques en sont conscients, qui ont instauré dès 2002 un ministère des Ressources Naturelles et de l’Environnement, et le pays a signé les accords de Paris de la COP21. En attendant, une grande partie de la population reçoit encore de l’eau non potable et 90% des rejets industriels et hospitaliers ne sont pas traités. Si on ajoute à cela le réchauffement climatique qui peut avoir des effets dévastateurs dans les deltas, on voit que c’est sans doute dans ce domaine que vont se profiler les pires difficultés du pays.

En plus des voyageurs novices…. Je recommande ce petit livre à tous ceux qui souhaitent avoir une vision large, documentée, non partisane de la situation actuelle du petit pays que nous aimons tous.

* Editions Le Cavalier Bleu, 2021, 141 pages, 12€

Anne Hugot Le Goff

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *