Le Vietnam d’hier et d’aujourd’hui


Hanoi 1945, l’indépendance nationale (photo ci-dessus).

Bien comprendre le présent suppose de bien avoir à l’esprit le passé du Vietnam des XIXéme et XXème siècles et leurs conséquences. Comme le disait l’historien Marc Bloch, supplicié puis fusillé par les nazis : « L’ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent, elle compromet, dans le présent, l’action même. » Connaître le passé aussi donc pour agir aujourd’hui, développer des coopérations, des partenariats, la solidarité et l’amitié entre les deux peuples.

Ci-après quelques rappels de l’Histoire du Vietnam au 20ème siècle.

Le Vietnam a remporté des victoires historiques dans ses longues et héroïques luttes pour son indépendance nationale, sa réunification et sa liberté. Au prix de souffrances infinies.

Un pays dévasté

Il y eut le temps de la colonisation française, le temps de l’oppression barbare et de la répression féroce des colonialistes.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, rentré au Vietnam, Ho Chi Minh fonde un Front de libération nationale, le Viet Minh. Le 2 septembre 1945, après une insurrection nationale, il proclame l’indépendance du Vietnam.

La France, alors, est à la croisée des chemins : guerre de reconquête ou acceptation d’une situation nouvelle ? En 1946, le clan belliciste l’emporte à Paris.

Au temps de la colonisation française

Ce sera le temps de la guerre française, violente avec l’utilisation du napalm. La Guerre d’Indochine s’achève avec la victoire de Dien Bien Phu, seule victoire militaire d’un peuple colonisé sur le colonisateur dont Ferhat Abbas, président du Gouvernement provisoire de la République algérienne, dira qu’elle est « le Valmy des peuples colonisés ».

Le pays ne sera pas réunifié. Les Accords de Genève ne seront pas appliqués. Le président Eisenhower s’en est parfaitement expliqué dans ses Mémoires : « Je ne me suis jamais entretenu avec une personne au fait des affaires indochinoises sans qu’elle tombe d’accord qu’en cas d’élection, de l’ordre de 80 % de de la population aurait voté en faveur du communisme et de Ho Chi Minh ».

Ce fut ensuite la répression dans le Sud-Vietnam puis la guerre américaine. Il faudra encore pour le peuple vietnamien 21 ans d’une lutte héroïque et victorieuse contre les agresseurs américains, coupables de crimes de guerre et contre l’humanité, au prix de souffrances infinies, pour qu’enfin le pays soit réunifié et l’indépendance nationale totale.

L’agression des Etats-Unis

En 1975, le Vietnam est l’un des pays les plus pauvres au monde, complètement dévasté après 35 ans de guerre, des millions de morts, des millions de victimes de l’Agent Orange-dioxine (plus de 40 ans après 1975, l’Agent Orange-dioxine tue encore, on en est à la 4ème génération de victimes), un écocide. Les chiffres sont effrayants. L’agression des États-Unis d’Amérique c’est aussi, au Nord, 28 capitales provinciales bombardées. 3 000 écoles, 500 hôpitaux, des dizaines de milliers d’habitations, d’édifices divers détruits, totalement ou partiellement. Au Sud, les campagnes avaient énormément souffert : napalm, dioxine, bombes…

Et la guerre n’allait pas être finie avec les attaques de Khmers rouges dès 1976 et de la Chine en 1979. Puis ce fut la libération du Cambodge. Et il y eut l’embargo des États-Unis et des pays occidentaux jusqu’en 1994.

Un développement et des progrès remarquables

À partir de 1986, le Doï Moï, le « renouveau » va enclencher un développement et des progrès remarquables, et ce dans les conditions particulièrement difficiles que l’on vient de rappeler, et malgré ces difficultés. Quelques chiffres qui en attestent. La grande pauvreté a significativement reculé. Elle touchait 58% de la population en 1993, contre 5% en 2015. Le revenu par habitant et par an était de 2 300 dollars en 2017. Il a été multiplié par 11 de 1986 à 2017 (il était de 400 dollars en 2000). En 2010, le Vietnam a quitté le groupe des pays les plus défavorisés pour intégrer celui des pays à revenus intermédiaires (2 100 dollars par habitant et par an). En 2017, le taux de chômage était de 2,5%.

Cela étant, il y a des défis à relever : améliorer la compétitivité des entreprises, ce qui suppose de poursuivre les efforts de formation, notamment professionnelle ; lutter contre le développement inégal entre les villes et les campagnes confrontées à des problèmes d’eau potable, de sécurité alimentaire, de pesticides et de déchets (sacs plastiques le long des routes par exemple) ; faire bénéficier pleinement toute la population de la politique du renouveau ; éradiquer des fléaux sociaux (corruption, inégalités entre riches et pauvres) ; et il y a l’épée de Damoclès du changement climatique et la montée du niveau de la mer, la salinisation des eaux du Mékong.

Des progrès remarquables donc en 25 ans, peu de temps à l’échelle de l’Histoire, cela mérite le respect. Mais n’oublions pas que le PIB du Vietnam est actuellement de l’ordre de 6 % de celui de la France : tout n’est donc pas possible et il nous faut alors contexter nos appréciations.

Une intégration réussie dans la communauté internationale

Colonisation, 50 ans de guerre, embargo occidental : en découlait une forte volonté politique du Vietnam d’intégrer pleinement la communauté internationale, volonté qui effectivement a réussi.

Résultat particulièrement significatif de ce point de vue, lors de la 73ème Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies, le Vietnam a été élu membre non permanent du Conseil de Sécurité-mandature 2020-2021 avec un nombre record de voix (192 sur 193). Cette élection à la quasi unanimité illustre le nouveau positionnement international du Vietnam et la confiance manifestée par la communauté internationale à l’égard de sa politique extérieure.

Le Vietnam a signé des partenariats stratégiques avec une trentaine de pays dont la France. Il joue un rôle actif dans l’ASEAN, étant l’une des économies les plus dynamiques de la région. Les Assises de la coopération décentralisée avec la France ont lieu tous les trois ans. Le Vietnam a réussi son entrée dans les organismes internationaux.

La politique vietnamienne s’inscrit dans le contexte de la mondialisation, dans une dialectique ouverture/souveraineté. Les contraintes sont fortes, comme l’on montré les négociations pour l’entrée dans l’OMC ( beaucoup plus fortes par exemple que pour la Chine et son milliard 400 millions d’habitants). Dans une recherche de l’intérêt mutuel, quelles concessions ? Quels choix ? Quel équilibre marché-Etat ? Les débats ne manquent pas dans la société vietnamienne. Et, pour les amis du Vietnam, quelle solidarité dans cette nouvelle phase de la mondialisation faite de crises climatique et écologique, de développement des technologies de l’information et de la communication, de crise financière, de crise du multilatéralisme ?

Mieux connaître le Vietnam pour mieux développer les relations d’amitié et de solidarité entre la France et le Vietnam.

Jean-Pierre Archambault

Secrétaire général de l’AAFV

Une rue d’Hanoi

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