Les bases du contrôle du Covid-19 au Vietnam

Le 4 mai 2020, l’AAFV a envoyé à ses adhérents une revue de presse qui contient des d’articles couvrant beaucoup d’aspects de la vie au Vietnam au temps de la pandémie (1). L’article présenté ici se propose de traiter les aspects techniques du contrôle vietnamien de la pandémie du Covid-19 d’une manière précise et concise mais quand même facile à comprendre. Il est pour une bonne part une traduction d’un article du même auteur paru le 29 avril dans le quotidien allemand « Neue Westfälische ».

La stratégie vietnamienne du contrôle du Covid-19 a été largement remarquée mais apparemment moins que celles d’autres états de la région. On devine facilement pourquoi il en est ainsi… Lorsque par exemple un Français ou un Allemand apprenait les résultats extraordinaires de la stratégie vietnamienne il se demandait : « Pourquoi ça n’a pas marché chez nous? » Nous essayons ici de lui donner une réponse.

La stratégie vietnamienne repose sur trois piliers. Le premier est une planification précoce. Dans le Ministère de Santé il existait bien avant l’apparition du Covid-19 un Comité de pilotage pour des épidémies de ce genre. Lorsque, le 23 janvier, la première personne infectée se présenta au Vietnam, ce Comité a mis en route un plan précis et clair qui s’appliquait de manière uniforme au pays entier. Les écoles furent fermées le 25 janvier, les frontières ne devinrent franchissables après le 1er février que pour des personnes prêtes à se rendre en quarantaine durant deux semaines. Il a fallu modifier ce plan plus tard pour tenir compte de l’évolution de la pandémie, notamment lors du confinement léger imposé le 1 avril suivi d’un assouplissement, ou encore concernant l’utilisation de masques. Mais ce plan restait toujours précis et clair et concernait toutes les régions du pays.

Le second pilier est l’information de la population qui est aussi une demande de coopération. L’information est permanente, facile à comprendre et pratique. Elle est diffusée par tous les moyens, y compris les « smartphones » que presque tout le monde possède. Dans un « guide de survie » trois catégories de personnes ont été définies selon leur position dans l’épidémie. F0 : cas confirmé ; F1 : suspectée d’être infectée ou d’avoir contacté une personne infectée ; F2 : avoir contacté une personne de F1 ; etc. À l’aide du guide chacun saura tout de suite ce qu’il devra faire. Il suffit de trouver la catégorie dans laquelle il ou elle se trouve. L’information requise est imprimée dans le guide, concise et claire.

C’est surtout le troisième pilier qui montre le mieux la spécificité de l’approche vietnamienne. Tout le temps et partout, on repère les cas suspects et leurs contacts, on teste et on met en quarantaine. Cela se fait selon des règles précises et ingénieuses.

Le Ministère de Santé n’a pas essayé de se servir d’un traçage téléphonique. Ce sont des membres formés des services de santé en grand nombre qui s’en chargent. Parmi eux, il y a beaucoup d’enseignantes et enseignants des facultés de Santé Publique qui avaient participé à notre projet de formation décrit dans l’article du numéro 109 de Perspectives « La Santé publique au Vietnam » (2). Notons aussi que le livre en vietnamien sur l’épidémiologie écrit dans ce cadre, et paru en 2012 à Hanoi, contient les concepts fondamentaux du contrôle d’une épidémie : que faire tout au début ; modélisation mathématique de son évolution ; immunité des populations ; efficacité d’une immunisation et comment la mesurer par un essai ; etc. Il y a aussi dans ce livre l’exemple de la grippe dite à tort « espagnole ».

Le bon choix des tests est d’une importance capitale pour le succès de la stratégie. Le Vietnam a systématiquement opté pour le test ACP (Amplification en chaîne par polymérase) en temps réel par lequel on analyse le matériel génétique d’un virus pour savoir s’il s’agit d’un SARS-CoV-2. On évite les tests qui se fondent sur l’apparition d’anticorps, phénomènes pas encore suffisamment étudiés.

Les résultats de cette stratégie font qu’au 1er juin il y avait 328 cas confirmés et aucun décès. Fin 2019, le Vietnam comptait 98 257 747 habitants.

Klaus Krickeberg

(1) https://www.aafv.org/le-vietnam/la-pandemie-au-vietnam-une-revue-de-presse-nationale-et-internationale/

(2) page 22

http://www.aafv.org/wp-content/uploads/2019/05/PERSPECTIVES_109_BD.pdf

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