Victimes de l’agent orange : une stèle inaugurée dans le parc de Choisy à Paris
Le 25 avril 2026, une stèle mémorielle dédiée aux victimes de l’agent orange a été inaugurée au parc de Choisy dans le 13e arrondissement de Paris, en présence de S. E. Trinh Duc Hai, ambassadeur du Vietnam en France, de parlementaires, d’élus parisiens, d’associations (dont une délégation de l’Association vietnamienne des victimes de l’agent orange/dioxine (VAVA), représentée par son vice-président, Nguyên Hông Son), et de centaines de citoyens, tous réunis autour de Tran To Nga qui a solennellement dévoilé la stèle – soulignant ainsi l’actualité de son combat judiciaire contre les firmes ayant répandu cette arme de mort qu’était la dioxine (sur lequel nous revenons par ailleurs).
Arme de destruction massive (ADM) employée à grande échelle par les Etats-Unis pendant la guerre du Vietnam, l’arme chimique qu’est la dioxine n’a pas seulement détruit la biosphère : elle a empoisonné la terre et les corps en causant encore, des décennies plus tard, la naissance de trop nombreux enfants lourdement handicapés.
C’est ce dont a rendu compte en des termes très émouvants Alexandre Florentin, conseiller de Paris (Génération Ecologie) pendant la mandature 2020-2026, initiateur du vœu adopté par le Conseil de Paris pour que soit érigée la stèle aux victimes de l’agent orange :
« Si ce projet a compté pour moi, c’est à la fois de par mes origines vietnamiennes, et aussi en souvenir de deux enfants rencontrés au Vietnam, en 2000. J’avais 14 ans. Eux, une dizaine d’années.
Dans un marché de Saigon, l’un d’eux, sans bras et aveugle, attirait l’attention des passants en touchant leurs pieds. Il était guidé par son petit frère.
À l’époque, je n’ai pas compris. Je n’ai pas su pourquoi il y avait autant de personnes aux corps abîmés, à la rue. Et les adultes ne m’ont pas vraiment expliqué.
Aujourd’hui, je comprends.
Alors cet hommage, 26 ans plus tard, c’est aussi pour ces 2 petits garçons.
J’espère qu’ils vont bien. J’espère qu’ils sont heureux. »
Ce projet, Alexandre Florentin a aussi su la mener à bien grâce à l’engagement du comité de soutien à Tran To Nga, cheville ouvrière du collectif Vietnam Dioxine : lors d’un dîner au Foyer Vietnam, Léa Dang et Kim Vo Dinh ont partagé leurs combats avec l’élu écologiste : le soutien aux victimes, le travail de mémoire, les enjeux juridiques, la modification des programmes scolaires. Après plus de quatre ans d’engagement, ce combat s’incarne désormais dans l’espace public, en associant une stèle, pour dire, une illustration et un arbre, pour ressentir. La stèle – la première en Europe pour les victimes de l’agent orange – a été conçue par l’artiste Kim Doan Quôc.
Comme l’a souligné Léa Dang, au nom du collectif Vietnam dioxine, la stèle vise à « lever le voile de l’oubli ». Et aussi à ne pas falsifier l’histoire et à refuser l’impunité, ainsi que l’a rappelé avec force William Bourdon, avocat de Tran To Nga.
Car lutter pour les victimes de l’agent orange, c’est aussi continuer à dénoncer, aujourd’hui et demain, l’emploi des ADM en temps de guerre, comme en a témoigné Audrey Pulvar, adjointe au maire de Paris, qui partage la souffrance des victimes du colonialisme et du néocolonialisme par ses origines guadeloupéennes.
Membre du collectif Vietnam dioxine, l’AAFV a déposé une gerbe : plus que jamais, elle est pleinement engagée dans ce combat pour la justice, la paix et l’humanité.
Benoît Quennedey, Rédacteur en chef de « Perspectives »
