Interview donnée par Mme Nguyen Thuy Anh, présidente de l’AACVF, à « Perspectives France-Vietnam »

Le 31 août 2025, la délégation de l’AAFV présente à Hanoï pour les cérémonies du 80e anniversaire de la déclaration d’indépendance du 2 septembre 1945, a rencontré Mme Nguyen Thuy Anh, présidente de l’Association d’amitié et de coopération Viêt Nam – France (AACVF), association sœur de l’AAFV. A cette occasion, la Direction de publication de la revue « Perspectives », souhaiterait lui accorder un entretien mettant en valeur la longue histoire et la profondeur des liens d’amitié et de coopération entre nos deux associations, nos deux pays et nos deux peuples, en esquissant des pistes d’échanges futurs.

Tout d’abord, pourriez-vous nous présenter brièvement l’AACVF : quand a-t-elle été créée et avec quelles missions ? Quelle est la gouvernance issue de son dernier congrès ? A-t-elle des ramifications dans les provinces ?

 L’Association d’Amitié et de Coopération Viêt Nam – France (AACVF), anciennement connue sous le nom d’Association d’Amitié Viêt Nam – France (AAVF), a été officiellement créée le 2 juillet 1955 par l’arrêté n° 187 NV/DC/ND du ministère de l’Intérieur de la République démocratique du Viêt Nam. Elle figure parmi les toutes premières organisations membres de l’Union des organisations d’amitié du Viêt Nam (VUFO).

La création de l’AACVF en 1955 à l’initiative du Président Ho Chi Minh – à l’époque sous le nom d’Association d’Amitié Viêt Nam–France – revêt une portée symbolique très forte. Fondée seulement un an après la bataille de Diên Biên Phu, l’Association portait avant tout une mission d’amitié et d’ouverture, dans un contexte encore marqué par les tensions et les blessures de la guerre. Sa création témoignait d’un choix courageux et visionnaire : celui de renouer le dialogue, de maintenir les liens humains et intellectuels entre la France et le Viêt Nam, et de jeter les bases d’une relation plus apaisée. En cette année ou le Viêt Nam fête ses 50 ans de sa réunification et l’AACVF fête son 70e anniversaire, la solidarité avec le Viêt Nam que l’AAFV avait mobilisée en France et par la suite dans le monde entier à travers les actions des intellectuels, des médecins, des enseignants, des journalistes et de nombreux amis français constitue l’un des héritages les plus forts et les plus émouvants de la coopération et de l’amitié franco-vietnamiennes.

C’est en 2009, après la politique de Đổi Mới, lorsque le Viêt Nam a choisi la voie de l’ouverture et de l’intégration internationale, qu’une nouvelle dimension s’est progressivement ajoutée « la coopération » et l’Association a adopté son nom actuel :« Association d’Amitié et de Coopération Viêt Nam France ». Ce changement de nom n’est pas anodin : il traduit la volonté de construire les projets concrets, les échanges scientifiques et professionnels, et de faire de l’amitié historique un levier pour une coopération durable, mutuellement bénéfique vers le partenariat stratégique global d’aujourd’hui.

Aujourd’hui, cet héritage – à la fois sentimental, humaniste et tourné vers l’avenir – continue d’inspirer l’action de l’AACVF.

Pourriez vous nous parler de l’organisation de l’Association ?  

La gouvernance actuelle de l’Association, issue de son dernier congrès, est composée d’un Comité exécutif de 50 membres, dont 17 au Comité permanent pour le mandat 2023-2028 et un Secrétariat. Pour ce mandat, l’AACVF s’organise autour des Commissions (Communication, relation extérieure, Santé et affaires sociales, Culture-Education et Francophonie, Economie et Entreprises dont la Santé et Affaires sociales est nouvelle). Le président et les vice-présidents sont des personnalités, souvent en poste. Cette organisation lui permet de rester en étroit contact avec les administrations et de travailler en synergie avec les priorités de la coopération bilatérale.

L’AACVF est structurée à travers un réseau national comprenant 32 organisations membres réparties dans tout le Viêt Nam. Ce maillage inclut des associations d’amitié régionales et des clubs de francophones. Nos actions ne se limitent pas aux grandes villes comme Hanoï et Hô Chi Minh-Ville, mais s’étendent à de nombreuses provinces du Nord au Sud, telles que Tuyên Quang, Quảng Ninh, Hải Dương, Hải Phòng, Huế, Đà Nẵng, etc. Cette présence à l’échelle nationale nous permet d’adapter nos activités aux besoins spécifiques de chaque région.

Et quel est profil des membres du Directoire et des adhérents de l’AACVF ?

Nos adhérents et dirigeants sont issus de divers horizons, notamment de l’administration, des universités, des entreprises, du secteur médical, des diplomates… Ils partagent tous une profonde affection pour la France qui guide leur participation à l’Association. Notre force réside dans la diversité de nos membres, qui inclut des administrateurs et des professionnels dans des domaines clés de la coopération bilatérale.

Parmi nos membres les plus dynamiques, on peut citer :

L’Union des anciens élèves vietnamiens en France (UAVF), qui rassemble et connecte les alumni pour promouvoir les liens culturels et académiques entre les deux pays.

Le Club des anciens étudiants du Centre Franco-Vietnamien de Formation à la Gestion (CFVG), qui regroupe des centaines d’adhérentes, dont 80% occupent des postes de direction. Ils sont un levier important pour le développement des relations économiques bilatérales.

Nous comptons également 5 membres institutionnels qui sont des grands hôpitaux du Viêtnam :  Hôpital de l’Amitié Vietnam – Allemagne, Hôpital Bạch Mai, Hôpital K, Hôpital E, Ecole de de Pharmacie et de Médecine (Université nationale de Hanoi). Ces membres institutionnels sont très actifs dans la coopération avec la France. À noter que lors de la dernière Conférence médicale Vietnam France (2 Novembre 2025), nous avons pu recenser presque 100 partenariats dans le secteur de la Santé.

Quant aux universitaires et des enseignants, ils sont très nombreux. Rien que pour l’Association des professeurs de français de Hanoï, il y a déjà 135 professeurs de français, d’âge moyen de 35 ans. A cela s’ajoute des centaines de professeurs de diverses disciplines scientifiques qui ont obtenu une formation en France.

Cette adhérence à la fois diverse et multiplicatrice

Pour beaucoup d’entre nous en France, les liens entre des associations comme l’AACVF et le VUFO sont parfois peu compréhensibles. Pourriez-vous nous apporter un éclairage ? 

Le VUFO (Viêt Nam Union of Friendship Organisations) a été créé en 1950 sous le nom de « Comité vietnamien pour la défense de la paix dans le monde ». À l’origine, il avait pour mission de promouvoir la paix et la solidarité internationale, dans un contexte de guerre et de reconstruction nationale.

Au fil des décennies, le comité a élargi ses missions pour devenir le VUFO que l’on connaît aujourd’hui, agissant comme un cadre fédératif pour regrouper et soutenir environ 100 associations d’amitié. Grâce à ses membres, dont l’AAVF, VUFO joue un rôle essentiel dans la diplomatie populaire, en promouvant les échanges culturels, scientifiques et éducatifs, et en renforçant l’amitié et la compréhension mutuelle entre le Viêt Nam et les peuples du monde.

La VUFO, dont fait partie l’AAVF, agit comme un cadre central pour coordonner et soutenir les activités de ses associations membres, leur transmettant les grandes orientations de la politique étrangère du pays et les guidant dans leurs activités. Cette structure permet de mutualiser les ressources, de partager les expériences et de renforcer l’impact des actions sur le plan national et international. Elle joue ainsi un rôle clé dans la diplomatie populaire en promouvant les échanges culturels, scientifiques et éducatifs, ainsi que la solidarité entre le Viêt Nam et les autres pays. Les associations membres, en participant à des programmes d’échanges, des conférences et des projets communs, incarnent concrètement la mission de VUFO : faire de l’amitié et de la coopération un moteur durable pour la paix et le développement.  

Nous savons que vous avez des liens personnels profonds avec la France. Pourriez-vous nous en dire un peu ? 

Oui, mes liens avec la France remontent à l’époque où j’étais élève, puis étudiante et stagiaire, lorsque j’ai eu l’occasion de découvrir la littérature, la culture, les personnes et le milieu académique français. Par la suite, dans le cadre de ma carrière, j’ai toujours eu l’opportunité de rester étroitement lié à la France et de contribuer au développement des relations entre nos deux pays. Avant de devenir Présidente de l’Association d’Amitié et de Coopération Viêt Nam – France, j’ai été Présidente du Groupe interparlementaire d’amitié Viêt Nam – France,  pendant deux législatures, Présidente de la Commission des Affaires Sociales – où de nombreux dossiers de coopération avec la France ont été traités – et Présidente de la Section Vietnamienne de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), Vice-Présidente de l’APF, Déléguée de la  région d’Asie-Pacifique de l’APF et maintenant, Vice – Présidente du Réseau des femmes parlementaires de la Francophonie. Ces responsabilités ont renforcé plus que jamais mon attachement à la Francophonie, à la France et à l’amitié et coopération entre nos deux peuples.

Mes liens avec la France sont construits sur la synergie entre ma carrière politique et mes activités diplomatiques. J’ai eu l’opportunité de travailler avec de nombreux amis et partenaires français dans les domaines de la politique, de l’économie, de l’éducation et de la santé. Ce lien n’est pas seulement le résultat d’échanges officiels, mais il est aussi nourri par une profonde affection pour la culture et le peuple français, enrichie au fil de mes formations, de mes missions, de mes rencontres et de mes échanges.

Elue comme Présidente de l’AACVF pour 2023-2028, vous pouvez partager avec les lecteurs de Perspectives vos priorités ?

Tout d’abord, la priorité est d’assurer la continuité et pérenniser les acquis que mes prédécesseurs et l’Association ont réussi de réaliser. C’est en énorme héritage quand on voit l’organisation et la couverture des actions engagées.

Mes priorités, nos priorités sont de contribuer à approfondir et dynamiser le partenariat stratégique global entre le Viêt Nam et la France, avec des pistes d’actions suivants :  1) Développer notre réseau en créant de nouvelles antennes, en particulier dans les secteurs porteurs comme l’éducation, la santé, le sport et la jeunesse ; 2) Renforcer les partenariats existants, notamment avec l’AAFV, et en établir de nouveaux pour promouvoir les échanges culturels, économiques et scientifiques ; 3) Intensifier la communication en France sur les réalités du Vietnam, ses réalisations et ses défis, afin de donner une image juste et complète du pays ; 4) Mettre accents sur certains domaines où l’Association dispose des ressources en terme humaine et d’expérience comme  Education et la Francophonie, Santé, Culture, Coopération décentralisée, Sport et Jeunesse.

Des délégations de l’AACVF visitent régulièrement la France. Pouvez-vous nous parler des dernières effectuées en France ? De nouvelles visites sont-elles prévues dans un avenir proche ?

Echanger des délégations fait partie de nos missions, permettant de se rencontrer et dialoguer en personnes, en complément avec des échanges virtuels que nous offre la technologie. Elles nous permettent de partager nos expériences, de mettre à jour nos informations sur les priorités de coopération, de construire ensemble des projets/programmes communs, de faciliter la mise en place des projets…   

En marge de la visite en France du Secrétaire Générale To Lâm, l’Association a organisé une grande mission à Paris du 6 au 10 Octobre 2024. En étroite collaboration avec notre Ambassade à Paris, la mission a facilité la signature de la Lettre d’intention entre VNVC (la Société de Vaccin du Viêt Nam) et   Sanofi sur le transfert de technologie, ouvrant la voie à la production de vaccins et au Vietnam. Lors de sa visite au Vietnam en mai 2025, le Président français Emmanuel Macron et la Vice-présidente Võ Thị Ánh Xuân ont lancé la pose de la première pierre de l’usine de fabrication de vaccin de VNVC.  Toujours dans le domaine de la santé, la Mission a travaillé avec la Fédération Sante France Vietnam (FSFV) pour préparer le 2e Conférence médicale Viêt Nam- France en Novembre 2025 à laquelle l’Association a activement participé, notamment en organisant la Table ronde réunissant le vice-ministre de la Sante du Viêt Nam, l’Ambassade de France, la FSFV, les directeurs de nombreux hôpitaux vietnamiens. La délégation a pu également travailler avec les fondateurs de la future Association Francophone pour le Sport (AFS) pour construire ensemble le projet de formation des athlètes vietnamiens de haut niveau, en perspective des Jeux olympiques et paralympiques de 2028, 2032 et 2036 où le Viêt Nam ambitionne de gagner des médailles.  Cette rencontre a conduit à la signature d’un protocole d’accord visant à former en France 64 athlètes talentueux et 16 entraîneurs dans 4 disciplines : cyclisme, la natation, l’athlétisme et le tir. Les premiers athlètes ont terminé la première session de formation en France en octobre 2025.  Cette mission a réussi à organiser à l’Ambassade du Viêt Nam une table ronde sur la start-up et les jeunes… Il s’agit d’une mission très fructueuse qui a conduit à la réalisation des projets bien concrets. 

Pour sa part, la France demeure- t-elle un des partenaires majeurs du Viêt Nam lorsqu’elle ne représente plus que 1% des échanges économiques internationaux du Viêt Nam… ?

Malgré la perception que la France ne représente que 1% du commerce international du Viêt Nam, elle demeure un partenaire de premier plan. Notre relation va bien au-delà des simples chiffres commerciaux et s’appuie sur une coopération diversifiée et de longue date, sur des liens uniques comme je vous ai expliqué.

L’élévation du lien bilatéral au rang de Partenariat stratégique global témoigne d’une volonté politique forte. La visite au Viêt Nam du président E.Macron a fait suite à la visite en France du Secrétaire général Tô Lâm et précède la visite du Premier Ministre Pham Minh Chinh… Ces contacts réguliers entre dirigeants, cette densité politique, ancrée dans une histoire partagée, constituent le socle d’une relation stable et prévisible, rare dans le paysage géopolitique actuel.

Il est vrai que la France ne représente qu’environ 1 % des échanges internationaux du Viêt Nam, mais elle reste le 4e partenaire commercial et le 2e investisseur européen au Viêt Nam. Les entreprises françaises sont présentes dans des domaines stratégiques : énergie, infrastructures, aéronautique, transports, santé, agroalimentaire, technologies durables. Elle demeure un partenaire « qualitatif » capable d’apporter expertise et innovation. L’AFD vient de fêter ses 30 années au Viêt Nam et elle reste parmi le plus grand bailleur de fonds qui accompagne les transformations profondes du pays et soutient un développement durable.

Mais au-delà de l’économie, la relation Viêt Nam – France repose sur un capital immatériel exceptionnel :  Une proximité culturelle et humaine, un atout unique. Il s’agit de la coopération décentralisée qui réunit très de 60 partenariats entre régions, villes des deux pays, de la coopération dans le domaine de la sante avec presque 100 partenariats entre les hôpitaux et universités, renforçant la dimension “people-to-people” de la relation. La France est peut-être le Pays qui a une présence marquée dans l’éducation, la recherche, la culture avec Campus France, l’EFEO, le réseau des lycées français, les programmes universitaires conjoints, l’Institut Français du Viêt Nam, l’Université des science et technologie de Hanoi (USTH), Cirad, IRD, Instituts Pasteurs … Ce capital humain compte aussi de plus de 300 000 Vietnamiens en France  dont 7000 étudiants, de plus de 270 000 visiteurs français au Viêt Nam (10 mois de 2025)…

Ce tissu d’échanges culturels, touristiques, éducatifs et scientifiques donne à la relation une profondeur que peu d’autres partenaires du Viêt Nam peuvent offrir.

La relation ne se limite plus à l’héritage historique : elle se réinvente autour de nouveaux enjeux stratégiques : transition écologique, adaptation au changement climatique, innovation scientifique et technologique, transformation numérique, société du savoir, villes durables. C’est un partenariat singulier, fondé sur la confiance et l’avenir

En conclusion, même si les volumes commerciaux ne reflètent pas l’ambition politique, la relation entre la France et le Viêt Nam demeure l’une des plus riches, diverses et profondes que le Viêt Nam entretient avec un pays européen. Elle est faite de confiance, d’histoire, de valeurs partagées, de coopérations humaines, scientifiques, culturelles et stratégiques. C’est précisément cette combinaison de facteurs — tangibles et intangibles — qui explique pourquoi la France reste, et restera, un partenaire stratégique global du Viêt Nam. :

L’apprentissage du français au Viêt Nam et le rôle de l’AACVF

Aujourd’hui, le français bilingue et renforcé est proposé dans 11 provinces et grandes villes, tandis que le français, en tant que langue étrangère 1, est enseigné dans 32 provinces. Plus de 170 établissements scolaires, représentant environ 1 190 classes, accueillent près de 38 000 élèves encadrés par plus de 400 enseignants spécialisés. Au niveau universitaire, le français est présent dans une quarantaine d’institutions, auxquelles s’ajoutent plusieurs formations diplômantes « délocalisées » couvrant des domaines variés tels que la médecine, l’hôtellerie, les mathématiques ou encore le marketing. Cet ancrage illustre non seulement la vitalité de la francophonie au Viêt Nam, mais aussi la richesse des coopérations académiques entre nos deux pays. En 2025, l’apprentissage du français au Viêt Nam se trouve à un carrefour important, marqué à la fois par une tradition académique forte et de nouveaux défis liés à la concurrence de l’anglais.

Si le Français continue à attirer, c’est qu’elle fait partie d’un héritage académique et une coopération éducative continue : Le français est toujours considéré comme une langue de culture et d’excellence éducative au Viêt Nam. La coopération éducative entre la France et le Viêt Nam reste solide.  L’offre d’apprentissage du français est variée au Viêt Nam, incluant : des écoles bilingues et internationales qui proposent des cursus en français, souvent homologués par l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger (AEFE), des instituts français qui offrent des cours de français pour tous les niveaux et tous les âges (lycéens, étudiants, adultes, enfants), des programmes de coopération universitaire qui permettent aux étudiants vietnamiens de suivre des formations en français, notamment dans le domaine du management (comme le Centre Franco-Vietnamien de formation à la Gestion – CFVG).

Actuellement, il y a près de 40 000 élèves vietnamiens apprennent le français. Le français est enseigné dans 35 provinces et villes du pays, et 13 d’entre elles disposent de classes bilingues. Le Viêt Nam a renforcé sa position en Asie avec 21 établissements labellisés « LabelFrancÉducation », une marque de qualité pour les filières bilingues. Le Viêt Nam est un partenaire important de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF). Plusieurs universités vietnamiennes proposent des formations en français, notamment dans des domaines comme le droit, l’économie ou l’informatique. L’Institut Francophone International (IFI) de l’Université Nationale du Viêt Nam à Hanoï en est un exemple. Ce type de programme attire des étudiants vietnamiens et internationaux. Le maintien de nombreux programmes de coopération francophones montre que le français reste une langue d’étude importante, même si l’anglais domine.

L’AACVF essaie de jouer son plein rôle dans le développement et la promotion du Français.  Elle fédère les francophones en soutenant activement des structures comme le Club des Anciens Élèves Francophones (CAEF), fondé en 1996, et l’Union des étudiants vietnamiens en France (UEVF), Club des enseignants francais, Association des enseignants de français de Hanoï, Université de Langues et d’Etudes internationales, relevant de l’Université nationale du Viêt Nam à Hanoï (ULIS – VNU), qui contribuent à former un réseau solide et solidaire. Plusieurs nouvelles associations francophones ont récemment vu le jour au sein des écoles et des universités, telles que l’Espace francophone de l’Université de Médecine et de Pharmacie (VNU), ou encore celui du lycée à option de Hai Duong, etc.

Promotion et développement : L’AACVF organise des événements culturels, des concours et des séminaires pour encourager la pratique du français et créer des ponts entre les étudiants et les professionnels. Elle contribue également à la co-organisation des activités comme le festival « Balade en France et en Francophonie», un programme annuel qui se compose de marché gastronomique présentant des spécialités françaises et francophones, concerts, spectacles artistiques et même une course populaire réunissant près de 3 000 participants. Ce festival met en valeur la diversité des cultures francophones, renforce les liens éducatifs et souligne l’importance de la langue française dans l’employabilité. Organisé en partenariat avec l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), plusieurs ambassades et l’AACVF, il illustre la coopération culturelle et institutionnelle.

Dans les universités et écoles, les activités francophones sont tout aussi dynamiques. À l’ULIS, par exemple, la fête « Couleurs culturelles 2025», organisée par le département de français à l’occasion du 20 mars, réunit plusieurs centaines d’étudiants, enseignants et partenaires autour de musiques, danses, gastronomie et jeux interactifs. D’autres initiatives, telles que concours, séminaires et activités expérientielles, viennent enrichir ce paysage festif et éducatif, renforçant ainsi les ponts culturels et linguistiques entre le Viêt Nam et l’espace francophone.

L’AAFV a joué un rôle significatif dans le développement des relations bilatérales, ayant été fondée en 1961 à une époque où Paris n’avait pas de relations diplomatiques complètes avec Hanoï. L’AAFV a aussi été présente dans les combats pour la réunification du pays. Puis la solidarité a pris une place déterminante. Aujourd’hui quel rôle pourrait et devrait selon vous jouer l’AAFV pour continuer à être un acteur majeur des relations franco-vietnamiennes ?

Depuis sa création, l’Association d’Amitié France–Viêt Nam (AAFV) a joué un rôle essentiel dans le rapprochement entre nos deux peuples. Pendant les années de guerre, elle a été une voix engagée pour la paix, la solidarité et la justice, mobilisant l’opinion publique française en faveur du Viêt Nam. Après la réunification, elle a poursuivi sa mission en soutenant des programmes humanitaires, éducatifs et sociaux, contribuant directement à l’amélioration des conditions de vie dans de nombreuses localités vietnamiennes.

Aujourd’hui, dans un contexte de partenariat stratégique global, l’AAFV est appelée à renouveler son action : renforcer les échanges culturels et citoyens, rapprocher les jeunes générations, valoriser les coopérations décentralisées, et mieux faire connaître au public français les réalités contemporaines du Viêt Nam. Fidèle à son histoire, l’AAFV reste un acteur irremplaçable du dialogue, de l’amitié et de la coopération entre la France et le Viêt Nam.

Dans l’esprit du thème de votre dernier congrès, « Le Viêt Nam change, l’AAFV doit changer », je pense que l’AAFV a déjà trouvé sa voie d’un acteur majeur de notre relation. Elle a été fédératrice des amoureux du Viêt Nam, mobilisatrice des forces progressistes pour un Viêt Nam réunifié, pour la paix. Elle est appelée à le rester, en s’adaptant bien entendu au nouveau contexte. Si la solidarité demeure toujours le cœur des actions, comme le soutien des victimes de l’agent orange dans leur quête de justice, un combat qui reste d’actualité, la coopération apparait comme une nouvelle opportunité en fédérant et mobilisant les acteurs de la coopération. Je pense en particulier à la coopération décentralisée :  encourager les jumelages entre villes et établissements éducatifs, accompagner la Francophonie au Viêt Nam, promouvoir le Viêt Nam en France via les évènements économiques et culturels ou via les publications comme Perspectives. Cette communauté de plus de 300 000 Vietnamiens dont les étudiants pourraient être votre alliée naturelle pour concevoir des projets et les mettre en réalisation.

Je vous remercie encore une fois pour ces échanges. Je souhaite beaucoup de succès à Perspectives, à l’AAFV et beaucoup de santé à chacun de ses membres.   

Propos recueillis par Nguyen Hai Nam et Benoît Quennedey

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