Le Vietnam et le ballon rond : une passion qui descend dans la rue
Du nord au sud du pays, le football vietnamien brûle d’une flamme unique. Entre culture de la victoire, héros nationaux et ambassadeurs à l’étranger, retour sur un sport devenu religion.
« Đi Bão » : quand la victoire embrase les rues
Au Vietnam, une victoire de l’équipe nationale ne se fête pas dans un salon. Elle se vit dehors, en masse, à pleine vitesse. Le terme « Đi bão », qui signifie littéralement « chevaucher la tempête », est aujourd’hui indissociable des célébrations footballistiques vietnamiennes. Quand le coup de sifflet final retentit, les moteurs rugissent, les drapeaux rouges à étoile jaune s’agitent et les klaxons résonnent jusqu’à l’aube.
Le soir du 5 janvier 2025, après la victoire éclatante du Vietnam sur la Thaïlande (3-2) en finale du Championnat de l’ASEAN, les rues du pays entier étaient envahies de drapeaux. À Hanoï comme à Hô Chi Minh-Ville, les habitants étaient encore dehors après minuit, incapables d’aller dormir. Une fête populaire, spontanée, qui dépasse le simple sport.
Ces célébrations incarnent un profond sentiment de fierté nationale et d’unité, transcendant le football lui-même : familles, amis et visiteurs étrangers se joignent à la liesse, créant une communion qui va bien au-delà du résultat sur le terrain.
Lê Công Vinh, l’étoile d’or du football vietnamien
Impossible d’évoquer le football vietnamien sans parler de Lê Công Vinh. Né en 1985 dans la province de Nghệ An, il est devenu le visage de toute une génération. Il est le joueur le plus sélectionné de l’histoire de l’équipe nationale avec 83 capes, et détient le record de buts en sélection avec 51 réalisations.
Son geste le plus mythique ? En finale de l’AFF Suzuki Cup 2008, alors que le Vietnam était mené depuis 92 minutes, Công Vinh égalise à la 93e minute et offre à son pays le titre de champion d’Asie du Sud-Est pour la toute première fois. Un but, une nation en larmes. Sa carrière l’a même conduit en Europe, où il a été prêté au Portugal, devenant l’un des tout premiers footballeurs vietnamiens à fouler un championnat professionnel européen.
Quang Hải, le « Messi vietnamien » à la conquête de la France
Trente ans après Công Vinh, une nouvelle idole est née : Nguyễn Quang Hải.
Surnommé le « Messi vietnamien » pour son style de jeu et son palmarès impressionnant (trois titres de champion de V. League, deux Coupes du Vietnam, et meilleur joueur de l’Asie du Sud-Est en 2019), sa popularité est telle que les grandes marques locales se battent pour en faire leur égérie.
En 2022, il franchit un cap historique. Le Pau FC annonce son recrutement, faisant de lui le premier footballeur vietnamien à rejoindre un club de football français.
L’impact est immédiat et foudroyant : le compte Facebook du club connaît une croissance de 1 200 % du nombre d’abonnés. Le Vietnam découvre la Ligue 2, et la Ligue 2 découvre les supporters vietnamiens.
Son aventure en Béarn fut certes exigeante (le niveau physique de la Ligue 2, une nouvelle langue à apprivoiser) mais elle restera dans l’histoire comme une première symbolique et lumineuse, une passerelle naturelle entre deux pays que la culture et l’histoire ont toujours rapprochés.
Ibrahim Maza, l’enfant de trois cultures
Le football a parfois cette magie de réunir des mondes que la géographie sépare.
Ibrahim Maza en est l’incarnation parfaite. Né le 24 novembre 2005 à Berlin d’un père algérien originaire d’El Harrach et d’une mère d’origine vietnamienne, le jeune milieu offensif porte en lui un triple héritage : algérien, allemand et vietnamien.
Recruté par le Bayer Leverkusen pour succéder à Florian Wirtz, le prodige de la génération 2005 s’est rapidement imposé dans le onze de Leverkusen, enchaînant buts et passes décisives en Bundesliga comme en Ligue des champions. Ses performances ont été reconnues par la Fédération algérienne de football, qui lui a décerné le prix du meilleur jeune joueur algérien 2025 lors du gala Fennec d’Or.
Fier de ses trois racines, le Vietnam a même officiellement tenté de le séduire pour sa sélection nationale, une démarche qu’il a lui-même confirmée. Il a finalement choisi l’Algérie, pays de son père, par choix du cœur. Mais le sang vietnamien coule bel et bien dans les veines de ce joueur d’exception, et la communauté vietnamienne peut légitimement le revendiquer comme l’un des siens.
Un pont entre les cultures
Ces trajectoires illustrent quelque chose de plus grand que le sport. Le football est devenu, pour la diaspora vietnamienne comme pour les communautés au Vietnam, un langage commun. Que l’on soit à Hanoï, à Paris ou à Berlin, un but de l’équipe nationale provoque la même onde de choc émotionnelle. Pour l’AAFV et ses membres, ce dialogue entre les peuples est précisément ce qui donne au football vietnamien toute sa saveur : un sport ancré dans la fierté d’un peuple, rayonnant désormais bien au-delà de ses frontières.
L’AAFV, Association d’Amitié Franco-Vietnamienne, œuvre chaque jour à renforcer ces liens entre la France et le Vietnam, à travers la culture, le sport et le partage.
Curieux d’en savoir plus sur nos actions et nos événements ? Rejoignez-nous et faites partie de l’aventure !
Hicham ALIM
Sources : Vietcetera, Le Courrier du Vietnam, MaLigue2, Footmercato, Zoom Algérie, Marafoot, Wikipedia
