ENVIRONNEMENT et SANTE PERINATALE

Quels enjeux au Viêt Nam en 2022 ? Des perspectives innovantes  pour la coopération franco-vietnamienne

Dr Gildas Tréguier, pédiatre (mai 2022)

« Longtemps considérée comme autant de problèmes locaux, la question environnementale ne s’arrête pas aux frontières, mais elle doit aujourd’hui être considérée comme une problématique globale qui doit trouver des réponses à l’échelle de la planète » (Rachael Kupka, coautrice du rapport publié par The Lancet planetary Heath, 18 mai 2022, Golden Burden of Disease, Institute for Heath Metrics and Evaluation Seattle, USA (Le Monde, jeudi 19 mai 2022)

Comme dans tous les pays soumis aux contraintes de la « modernité », le Viêt Nam a depuis quinze ans affiché les questions environnementales au premier rang de ses préoccupations en matière de santé publique, et, de manière plus large, en termes de protection, voire de survie, pour une partie de plus en plus large de sa population. Menée par Mr Pham Minh Chinh, premier ministre, la délégation de haut rang présente à la COP 26 de Glasgow en novembre 2022 avait aussi comme mission de témoigner auprès de la communauté internationale de l’engagement des autorités vietnamiennes dans le combat planétaire contre l’étendue de la dégradation climatique.

Chaque jour, des publications nouvelles montrent combien notre planète est soumise à une pression environnementale de moins en moins supportable, qui a été longtemps considérée comme des « problèmes locaux » alors qu’elle se joue des frontières, alors que les réserves en ressources indispensables à la vie (eau, sol, air) s’épuisent ou se dégradent, et alors que la santé des populations apparait de plus en plus menacée par des contraintes écosystémiques pourtant évitables.

Au Viêt Nam, pays qui compte près de cent millions d’habitants en 2022, comme dans tous les pays de la planète, les populations les plus vulnérables sont les premières victimes des désordres environnementaux, au premier rang desquelles le million et demi d’enfants qui naissent chaque année.

En France, la Commission des « 1000 premiers jours » a émis en 2020 un ensemble de recommandations fondées sur des actions préventives et pluridisciplinaires dont une large part est consacrée à l’environnement, afin de protéger la santé périnatale et de promouvoir l’épanouissement physique et neurodéveloppemental du jeune enfant.

Alors que l’étau « Covid », qui a entravé depuis plus de deux ans les échanges internationaux, commence à se desserrer, des enjeux nouveaux apparaissent en 2022 pour la coopération médicale franco-vietnamienne, avec, en ce qui nous concerne, les différents domaines de la périnatalité.

Au cœur de ces engagements, la prévention constitue un axe de plus en plus important dans l’élaboration des actions de coopération en matière de santé, le mot santé étant considéré dans son sens le plus large, celui du « bien-être physique et psychique » tel qu’il est défini par l’OMS= « Khoé » + « Y Te ».

Dans toutes les stratégies de prévention en santé, les questions environnementales ont aujourd’hui acquis une place majeure et largement légitimée par une actualité brûlante, en particulier en santé périnatale.

1.. ENVIRONNEMENT ET SANTE PERINATALE Chaque année, neuf millions de personnes meurent dans le monde à cause de la pollution, soit un décès sur six, ce qui en fait un facteur de risque majeur, probablement au premier rang en termes de maladies et de décès prématurés (The Lancet planetary Heath, 18 mai 2022, Golden Burden of Disease, Institute for Heath Metrics and Evaluation Seattle, USA, Le Monde, jeudi 19 mai 2022). Ce nombre est probablement inférieur à la réalité.
Dès les premiers jours de la vie embryonnaire, l’enfant se développe sous une double influence :

. Le patrimoine génétique : l’enfant est porteur d’un héritage génique « universel » commun à tous les « homo sapiens », mais il est aussi « unique » grâce à un ensemble de gènes qui définissent sa spécificité et le différencient de tous ses semblables.

. L’environnement : d’innombrables influences physiques, chimiques, sensorielles et affectives contribuent à modifier l’architecture moléculaire mais aussi à réguler l’expression de ces gènes (épigénétique).

Dès la conception, puis à la naissance et de manière cruciale jusqu’à l’âge de deux ans, le nourrisson se construit en interactions permanentes avec son environnement. Ces interactions interviennent dans la qualité de son organisation neuronale, dans sa maturation psycho-affective et dans le développement de ses grandes fonctions vitales, de manière heureusement le plus souvent favorable, mais aussi parfois avec des conséquences dommageables qui peuvent être de révélation tardive, certaines pathologies pouvant ne se déclarer qu’à l’âge adulte.

Les pathologies non transmissibles sont aujourd’hui les premières causes de mortalité au monde : cancers, maladies cardio-vasculaires et respiratoires, désordres métaboliques, troubles du neurodéveloppement (autisme) … Des publications scientifiques de plus en plus nombreuses, s’appuyant sur des travaux de recherche et des études épidémiologiques réalisées dans tous les pays qu’ils soient industrialisés ou en voie de développement, montrent que ces pathologies risquent d’être d’autant plus sévères que l’enfant a présenté précocement des facteurs initiaux de vulnérabilité neurodéveloppementale, alors qu’elles pourraient être évitées par un environnement sain : alimentation, pollution, sédentarité, stress…

Ainsi, une malnutrition précoce et prolongée chez le jeune enfant peut être responsable de maladies de révélation tardive : diabète, cardiopathies, obésité… (Travaux menés au niveau international avec l’UNICEF en 2013, en France avec le Programme National Nutrition Santé, PNNS4, depuis 2001).

A ces interactions physiques s’ajoutent des influences comportementales, familiales et psycho-sociales (précarité, fragilités parentales, migrations …).

La vulnérabilité périnatale englobe l’ensemble des problématiques associées au « risque » pour un nouveau-né de présenter des anomalies du développement neuro-psycho-moteur. La moitié des handicaps avant l’âge de 6 ans est en relation avec un problème périnatal. Ces problématiques concernent 4 à 8 % des enfants à la naissance : prématurité, asphyxie périnatale, malformations congénitales, hypotrophie fœtale, environnement défavorable… et toutes les situations qui menacent le développement ultérieur.

Par son immaturité, mais aussi par la possibilité que l’harmonie de son développement puisse être entravée par des lésions d’origines multiples, l’enfant présente toujours un haut risque de vulnérabilité, accru par son haut niveau de dépendance face à un environnement qui n’est pas toujours bienveillant.

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