LN Connaissance du Vietnan N°1 – La forêt vietnamienne

… des effets de la guerre à la reconquête des espaces meurtris Conférence d’Amélie Robert, géographe, CNRS Université de Tours le 12 mars 2020 à la Société de Géographie

Résumé de Nicole Duchet Trampoglieri


L’objectif de ce travail scientifique, qui repose sur des observations de terrain, est d’identifier l’impact de la colonisation, de la guerre d’Indochine et de la guerre américaine sur la forêt vietnamienne et les reconquêtes qui ont suivi.


Terrain d’observation : La province de Thua Thiên Hué

Dates clés retenues (en fonction des sources disponibles)

Dates et sources

  • 1909 : cartes (ex la Carte de la
    végétation de Chabert et Gallois),
    archives, rapports, …
  • 1954 : photographies aériennes prises
    par l’Armée française
  • 1975, 2003 – 2007 : images satellites

Et bien sûr consultation des archives vietnamiennes et américaines, observations de terrain, enquêtes, …


Résumé de chaque état des lieux

1 – Paysages d’avant-guerre et effets de la colonisation française

Avant la colonisation, la forêt était prédominante, mais pas omniprésente. En plaine, la population pratiquait la riziculture qui nécessitait une main d’oeuvre importante.
Dans les montagnes, le paysage était « en mosaïque ». Les cinq ethnies minoritaires qui y vivaient appartenaient à une civilisation du végétal, une civilisation de la forêt. Qui n’a vu les feuilles de latanier sur le toit des maisons en bois ? Ces ethnies pratiquaient une agriculture itinérante sur brûlis ; après avoir cultivé une parcelle de terre pendant deux ou trois ans, ils procédaient à sa reforestation pendant 15 – 20 ans, d’où des formations préforestières, plus que des forêts. Cette pratique a été interdite par les colons, puis par le gouvernement vietnamien. Le colonisateur a favorisé l’exploitation commerciale des forêts, développé les plantations d’hévéa, …

2 – Impact des guerres

Guerre d’Indochine : La guerre d’Indochine a eu peu d’impact sur les paysages et les forêts.

Guerre américaine : L’armée américaine a procédé à des bombardements incendiaires au napalm et à des épandages d’herbicides (près de 80 millions de litres) : Agent orange (dioxine) sur les forêts, Agent bleu (arsenic) sur les cultures, Agent blanc, … Ces herbicides avaient un taux de concentration 10 à 15 fois supérieur à la normale (en usage civil) et les épandages ont été répétés tant sur les forêts denses que sur les savanes, les cultures, les mangroves, les cours d’eau, les voies de communication, … L’objectif militaire était de détruire le couvert foliaire.


Rappel : pour les combattants du Nord rejoignant le Sud, les déplacements étaient compliqués par le relief et le paludisme.

Les dégâts provoqués sur les forêts par l’armée américaine sont-ils irréversibles ?

En fait, il ne faut pas oublier que :

  • avant-guerre, la forêt n’était pas omniprésente
  • les épandages ne détruisent pas la forêt, mais une partie seulement des arbres (supprimant leurs feuilles qui changent d’abord de couleur) ; ils tuent les herbacées, les buissons, …
  • le recul des forêts s’est poursuivi après-guerre.

Amélie Robert tient à souligner qu’un épandage ne mène pas à la destruction de la totalité d’une forêt, mais à la mort de 10 à 30 % des arbres de la strate supérieure. Elle s’est bien sûr intéressée aux dynamiques post-guerre et a observé que les pratiques post guerre ont aggravé les dégâts.

Bien qu’il ne soit plus visible dans les paysages, l’impact de la guerre américaine sur les sols, les écosystèmes et les hommes n’est pas moins violent et durable, en raison de la persistance de la dioxine.
Sur les trois bases militaires, lieu de stockage des herbicides, les sols ont été mis à nu et le taux de TCDD (dioxine) est resté très élevé ; on peut encore observer de véritables entonnoirs de bombardements ; des mines menacent toujours. Et la contamination des hommes s’est faite par la chaîne alimentaire (contamination du lait maternel).

Il s’agit donc bien d’un véritable écocide, d’une catastrophe écologique et humaine dont toutes les conséquences ne sont ni connues ni reconnues. C’est sur la population que les traces de la guerre sont les plus durables car se transmettant de génération en génération.

3 – Dynamiques post-guerre américaine

L’immédiate après-guerre se caractérise par une forte pression sur les forêts et une accélération de leur recul. Le gouvernement adopte une politique de création de nouvelles zones économiques ; il préconise la sédentarisation des montagnards, l’arrivée de colons, kinh, l’adoption de la riziculture irriguée, l’exploitation des forêts pour le bois de chauffe et le bois d’oeuvre.
L’arbre est vu comme une ressource financière. Résultat : dans les années 1940, les surfaces forestières représentaient 45% du territoire du Viet Nam. En 1990, elles ne représentaient plus que 17% du territoire. On peut donc parler d’une forte pression anthropique.

4 – Reconquête des espaces meurtris à partir des années 1990

À partir des années 1990, la politique change : les plantations forestières sont en plein essor, la superficie
forestière augmente. Comme l’avait dit Ho Chi Minh : 10 ans de plantation d’arbres, 100 ans de bienfaits pour l’homme.


Les espèces locales étant longues à pousser, on leur préfère les pins (pour du bois d’oeuvre), les eucalyptus (pour la pâte à papier) et surtout l’acacia, une espèce à croissance rapide venue d’Australie (pour les copeaux).
Cette politique monospécifique répond plus à des réoccupations financières qu’à des préoccupations environnementales et sociales.


En effet, l’absence de biodiversité pose problème : une plantation uniforme est plus vulnérable aux aléas (insectes, tempêtes, incendies, …) ; les risques d’érosion, d’invasion (cf. l’Afrique du Sud) … sont plus grands. Sans parler des ethnies minoritaires pour lesquelles le changement culturel est total.

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