Les lieux de la Solidarité : commune de Van Dinh, district Ha Quang dans la province de Cao Bang

Alain Dussarps

L’AAFV a financé en 1994 un dispensaire dans la ville de Cao Bang ; il était destiné aux ethnies minoritaires. Lors du repas qui suivit l’inauguration Dung et Hoa, deux jeunes filles de l’ethnie H’Mong Blanc, via deux interprètes (un ethnie/vietnamien et l’autre vietnamien/français) me demandèrent si notre association ne pourrait pas financer une école primaire dans leur village. Agées de 17 et 21 ans elles désiraient apprendre à lire, écrire et parler vietnamien.

Mme le Pr Nguyen Thi Hoi alors Vice-Présidente de la Croix Rouge du Vietnam leur expliqua la marche à suivre pour obtenir notre aide. Quelques semaines plus tard nous recevions un projet de construction commune Van Dinh, district Ha Quang de deux classes primaires, de 23 zébus et des machines à coudre. Sans difficulté nous avons trouvé le financement. Plus tard nous recevions des photos de l’école construite, de la distribution des zébus et des machines à coudre.

En 1999 en compagnie de ma fille Sandrine et de Mme Hoi nous les avons retrouvées ; elles étaient mariées, mères de famille, elles savaient lire et écrire. Elles pouvaient parler en vietnamien avec Mme Hoi. Sachant que ma fille m’accompagnait elles l’habillèrent avec le costume traditionnel qu’elles lui avaient fait avec les machines à coudre.
Depuis à chaque passage province de Cao Bang je demandais à les rencontrer : impossible car l’accès à leur village frontalier avec la Chine est interdit aux étrangers.

Vingt ans après j’ai pu réaliser mon rêve. Lors de ma mission en Novembre 2019 en compagnie d’Eliane Bonnet nous nous sommes rendus province de Cao Bang pour voir des réservoirs de stockage d’eau. Une équipe de la télévision assistait à notre visite le matin. Pendant le repas avec les autorités locales je renouvelais ma demande de rencontre. Après discussion et quelques échanges via internet j’obtenais satisfaction : ne connaissant pas leurs noms il a fallu que nous envoyons les photos de 1999 pour s’assurer qu’elles vivaient toujours au village. Dung la plus jeune avait déménagé lors de son mariage. Elle habite à une demie heure de moto et a accepté de venir nous voir.

C’est avec émotion et joie que nous sommes retrouvés. Sans difficulté je les ai reconnues. Que d’émotions des deux côtés vingt ans après Elles sont aujourd’hui grand mères. Une de leur première parole fût de me demander si Sandrine avait conservé leur costume. Je leur ai expliqué que oui et que ce costume était le premier de notre collection de vêtements des diverses ethnies du Vietnam.

A la journaliste de la télévision Dung a mis en valeur l’action de l’AAFV : « j’étais tellement ravie de revoir Alain. C’est un souvenir inoubliable pour moi ; avec la machine à coudre j’ai fait beaucoup de vêtements pour moi et ma famille. La machine à coudre a été un cadeau précieux. Cela m’a beaucoup touchée. A l’époque ma famille comme tout le village était en grande difficulté. L’arrivée du zébu a permis l’amélioration de notre vie. Surtout j’ai pu ainsi que mes frères et sœurs aller à l’école et apprendre le vietnamien. Mon mari et ma belle-mère sont analphabètes et ne parlent que le H’Mong. Merci à Alain et à l’AAFV d’avoir par leurs aides financières transformé notre vie quotidienne. J’espère avoir encore la chance de revoir Alain malgré son grand âge et qu’il continuera encore longtemps à aider les démunis de mon pays »

Dung m’a expliqué que lors de son mariage elle n’avait porté chez son mari que la machine à coudre. Elle a fait promettre à ses trois fils de la garder après sa mort. A la demande de l’équipe de télé nous nous sommes rendus dans sa maison pour voir la fameuse machine à coudre. Elle m’a montré le bétail acquis grâce au premier zébu offert par l’AAFV : un superbe zébu vainqueur de nombreux combats, trois buffles, deux vaches, des truies et des volailles.

Très dynamique Dung est la Présidente de l’Union des Femmes de sa commune. Hoa mère de quatre filles est beaucoup plus timide et réservée. C’est à regret que nous nous sommes quittés pour rejoindre la ville de Cao Bang située à quatre vingt kilomètres. Nous nous sommes promis de nous revoir ; les autorités m’ont assuré que j’aurai l’autorisation d’aller dans ces villages frontaliers avec la Chine.

Pour moi ces retrouvailles sont un bel exemple de solidarité et d’amitié entre les peuples malgré la barrière linguistique. Lors de notre première rencontre j’avais apprécié qu’elles osent exprimer leur désir de s’intégrer à la communauté vietnamienne. Suite à une rencontre lors d’un repas et à l’audace de deux jeunes filles ce petit projet a changé le destin d’un village en amenant l’école primaire et amélioré les vies quotidiennes avec les zébus et les machines à coudre. Tout le monde devrait avoir cette chance. Cette journée restera à jamais gravée dans ma mémoire et me fait oublier la déception lorsque nous ne trouvons pas les financements de certains projets.

Le Courrier du Vietnam, seul journal en Français a publié une double page dans son numéro de Noel et mis en ligne l’article avec trois photos ; La télévision a passé le reportage. Bonne publicité pour l’AAFV.

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